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Le classement PISA qui vient d’être publié met un violent coup de projecteur sur les mauvais résultats de nos élèves. C’est son seul mérite car il est bien connu et depuis longtemps que notre école excelle à former une élite et laisse sur le bas côté vingt cinq pour cent de ses jeunes.
Nul ne peut se satisfaire de ce constat, ni le monde enseignant, ni le monde politique, ni le monde économique. L’accroissement des inégalités est porteur de tous les maux dont sentiment d’injustice, manque de cohésion sociale et sinistrose ambiante ne sont pas les moindres. Nul ne peut ignorer la corrélation entre accroissement des inégalités scolaires et accroissement des inégalités sociales : ce sont deux formes du même mal et elles s’aggravent l’une l’autre dans une dangereuse spirale.
 
La responsabilité du système éducatif dans cet état de fait est réelle et sa transformation constitue indéniablement un des leviers de tout changement. La refondation de l’école en cours est une première étape et dans celle-ci la rénovation de la formation des enseignants constitue une pierre essentielle, la première peut-être.
 
Mais qu’en est-il de celle-ci ? On sait, y compris dans le grand public, ce qu’il est advenu de la formation initiale au cours du précédent quinquennat et le problème est actuellement pris en compte. On sait moins qu’au cours des vingt dernières années la part de budget consacrée à la formation continue s’est réduite pour devenir insignifiante (c’est une ligne budgétaire sur laquelle on peut jouer à la baisse sans ameuter les foules et les ministres successifs ne s’en sont pas privé). Pourtant il est illusoire de vouloir modifier des pratiques pédagogiques en laissant en l’état le « bagage » des enseignants en place. Pourtant il est malsain de laisser sans stimuli réguliers les cerveaux de ceux qui doivent éveiller les intelligences. Pourtant il est dramatique de laisser des personnels, seuls ou en équipes, se confronter à des difficultés de toutes sortes sans leur apporter l’aide théorique et pratique dont ils ont besoin. La formation continue des enseignants doit devenir une priorité budgétisée comme telle.
 
Le paramètre financier écarté, se pose la question de la mise en œuvre d’un renouveau. Appeler ESPE les IUFM en gardant les mêmes locaux, les mêmes formateurs et les mêmes stratégies ne permettra pas de faire du neuf : c’est une évidence. Pour nourrir la formation, il est indispensable de recenser, d’étudier puis d’évaluer les dispositifs d’apprentissage déjà expérimentés en France et dans le monde pour les adapter, les refondre ou les rejeter et en bâtir de plus performants. C’est un travail à mener en équipes institutionnalisées (car financées ) comprenant à la fois des chercheurs et des enseignants chargés de classes, en liaison avec les corps d’inspection. Il doit déboucher , après évaluation des démarches ( et non des élèves ou des enseignants) à un panel d’outils pédagogiques largement diffusés à tous les enseignants et par tous les moyens disponibles.
 
Sans cette mise à disposition de démarches et d’outils validés (je n’ose pas dire méthodes) la liberté pédagogique à laquelle nous tenons, à juste titre, est un leurre qui fait de l’enseignant au mieux un pseudo chercheur – expérimentateur sans les moyens intellectuels et matériels de son challenge, plus généralement un professionnel désemparé par la difficulté de la tache qui lui est confiée. N’allez pas imaginer que je suis un nostalgique des écoles normales dont j’ai été l’élève et loin de moi l’idée d’instituer des normes dans l’acte d’enseigner. Je crois seulement que l’on ne peut plus se permettre d’étaler aux yeux du public les lacunes de son école sans donner à ses acteurs de vrais atouts pour les combler.
 
Jacques Puyou
 
Photo Credit : Roberto_Ventre via Compfight cc
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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