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Depuis plusieurs années, je recueille avec grand intérêt l’opinion de mes élèves au sujet de mes cours (j’utilise pour cela un questionnaire en ligne). Une critique revient assez fréquemment : dans mes cours, trop de temps est perdu avec l’utilisation du numérique (même si d’autres élèves expriment au contraire leur enthousiasme à l’égard de l’intégration des outils numériques). Sans avoir affiné l’enquête pour identifier avec certitude les raisons de cette critique, ni quel profil d’élève tend à la formuler, je peux avancer quelques idées.

Je reconnais d’abord volontiers que mon tropisme technophile peut me conduire à consacrer trop de temps au numérique (outils, méthodes, enjeux culturels, sociétaux et politiques…). Je reconnais aussi qu’il m’arrive de mal intégrer le numérique dans mes scénarios pédagogiques (le numérique devient alors un obstacle, comme le rappelle par exemple Alice Keeler).  Ayant conscience de ces travers, je m’efforce d’y résister et je crois avoir progressé en la matière (la critique de perte de temps liée au numérique m’est moins souvent adressée).

Je pense aussi que certains élèves peuvent être victimes d’un biais de jugement : étant habituellement peu exposés à la manipulation scolaire d’outils numériques, ils tendent à surévaluer le temps qui y est réellement consacré dans mon cours. Une bonne élève m’écrit ainsi qu’elle « trouve dommage de sacrifier plus de la moitié de nos périodes (donc de notre cours) à ce sujet », — ce qui me semble honnêtement une évaluation exagérée (je me fais d’ailleurs presque chaque semaine l’auto-critique de trop parler à mes élèves, c’est-à-dire de mener des cours trop « magistraux », sans autre outil que ma parole…).

Indépendamment de cela, je pense que le sentiment négatif de certains élèves à l’égard de l’utilisation du numérique tient à l’articulation de deux grandes raisons :

  1. l’indigence de la formation au numérique (j’enseigne dans les deux dernières années du secondaire) ;
  2. la faible compréhension de l’importance du numérique (pour toutes les dimensions du monde contemporain et futur).

La faiblesse de la formation est connue, comme le rappelle par exemple Yann Houry dans son ouvrage  : Un Centaure à l’école (2016, loc. 1224 sur Kindle) :

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De fait, il m’est quasiment impossible d’utiliser un outil numérique – même simple — sans devoir au préalable expliquer comment l’utiliser, ce qui est assez chronophage.

Cette contrainte recèle cependant une vertu : l’obligation de sélectionner des outils procurant une réelle plus-value pédagogique et de les intégrer à des scénarios pédagogiques riches. Le temps n’est alors pas perdu, mais au moins doublement gagné :

  • les élèves développent des compétences numériques et s’outillent ainsi pour mieux penser et communiquer,
  • les élèves s’impliquent davantage dans les exercices scolaires (à condition que ces derniers soient bien scénarisés), comme le rappelle en de multiples occasions Yan Houry (ici, loc. 1085) :

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Ainsi, avec le temps, je suis confiant :

  • les élèves que je reçois en aval (en fin de secondaire) seront de mieux en mieux formés en amont (primaire et collège) à l’usage des outils numériques ;
  • je serai moi-même de mieux en mieux expérimenté aux bons dosages et usages du numérique.

Article publié sur le site : https://profjourde.wordpress.com/2016/07/17/doser-le-numerique/
François Jourde

Dernière modification le vendredi, 14 octobre 2016
Jourde François

Enseignant de philosophie en lycée.

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