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Pour paraphraser Arletty dans « Hôtel du Nord   » répondant ainsi à Louis Jouvet qui lui disait vouloir partir et changer d’atmosphère, j’ai eu l’occasion tout récemment de me demander moi aussi ce qui rattache ce blogue à la blogosphère, celle supposée influencer, tirer un peu les ficelles et orienter la réflexion. Il y a des jours, comme ça, où on écrit un bien bel article argumenté, convaincant, valorisé semble-t-il par les « likes » et les « retweets » idoines, où l’on croît avoir fait l’essentiel et persuadé tout le monde que ses idées sont les meilleures… Et puis, au détour d’un commentaire ou d’une autre publication, on tombe de haut…
De « e-influenceur » et faiseur supposé d’idées forcément neuves, on devient alors d’un coup tâcheron scribouillard, vil petit blogueur de l’Internet souterrain et occulte, lu par hasard et par sérendipité, certes, mais jamais écouté ni compris…

Ce matin encore, tenez, je lisais tranquillement une plateforme collaborative et l’une des questions posées à propos du numérique consistait à savoir quand son utilisation était un plus. J’ai déjà un peu de mal avec la formulation convenue « utiliser le numérique » mais, vous le savez, car j’en ai déjà longuement parlé dans ce récent billet «  Numérique : changer radicalement le questionnement  » , la question « À quoi sert le numérique » n’a pas à mon avis le moindre sens. Voyez-vous, j’imaginais bêtement que le mouvement pédagogique à l’initiative de cette réflexion avait déjà avancé sur ce sujet pour poser l’éventuelle question suivante « Qu’est ce que ça change ? », en ayant définitivement compris qu’une posture pédagogique qui échapperait au numérique était devenue impossible. Et invivable. J’imaginais… et me trompais gravement.
 
Voilà déjà un moment que le vocabulaire a, fort heureusement, changé du côté du ministère. On y évoque maintenant la stratégie pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique, on y promeut l’école numérique et la culture numérique, on y installe une Direction du numérique pour l’éducation, on y propose des services numériques… Tout le glossaire institutionnel est maintenant imprégné de cette dimension paradigmatique que propose le numérique. Fort logiquement et sans avoir à me forcer, je me suis rangé à ce choix de vocabulaire, persuadé pour ma part que ce changement était nécessaire, tant les Tice avaient fait de mal au numérique, tant résoudre ce dernier à sa seule dimension utilitaire et technologique avait entravé son déploiement dans l’école. Le choix du nom de ce blogue et mon dernier billet pour promouvoir une littératie numérique peuvent témoigner de cette évolution.
 
Et puis j’observe… et m’aperçois qu’il y a toujours, sur les cartes de visite — elles sont plus difficiles à changer — mais aussi dans les signatures des courriels que je reçois ou les profils ou les noms mêmes des abonnés aux réseaux sociaux avec lesquels j’échange des mentions relatives aux « Tice » ou, pire !, aux « Tuic », à leur maîtrise, à leur intégration, à leur usage, trois mots que je hais autant que les acronymes auxquels ils se rapportent et qui s’avèrent définitivement obsolètes. Passe encore — je les comprends — que les professeurs, le nez dans le guidon, ne réagissent pas très vite aux évolutions langagières et culturelles, mais la persistance de ces acronymes apposés au nom ou décrivant la fonction d’un cadre de l’enseignement paraît tout bonnement incroyable !
 
C’est dans ces moments-là qu’on s’aperçoit que les idées qu’on avance ont bien peu de portée et qu’il convient, en bon et traditionnel pédagogue, de répéter et répéter inlassablement… et humblement.
 
À bientôt donc.
 
Dernière modification le jeudi, 05 février 2015
Guillou Michel

Naturaliste tombé dans le numérique et l’éducation aux médias... Observateur du numérique éducatif et des médias numériques. Conférencier, consultant.

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