fil-educavox-color1

Le 30 mai 2018, sur CNEWS, Laurie Bosdecher publiait un article intitulé : La députée Catherine Fabre décrypte le projet de loi sur l’orientationLaurie Bosdecher est laRédactrice en chef de CNEWS Bordeaux7 et diplômée de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille.  Catherine Fabre, députée LREM, est rapporteure du volet formation professionnelle et apprentissage du projet de loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel[1] dont nous avons déjà parlé ici[2]. Deux personnes très compétentes, pour des raisons diverses, pour décrypter ce projet. Examinons les questions et surtout les réponses.

Le chapeau de l’article s’ouvre sur cette première phrase : « Cette loi prévoit une réforme des centres d’information et orientation (CIO). » Intéressant ! Les mots « centre d’information et d’orientation » et « CIO » n’apparaissent jamais dans le texte du projet de loi ! 

Première question et première réponse

 Les psychologues de l’Education nationale sont inquiets pour leur avenir. Que leur répondez-vous ?

La loi, si elle est votée, va leur permettre de mieux s’investir auprès des élèves. Au sein des établissements, ils seront en proximité avec eux. Ils viendront à leur public. Ce ne sera plus aux élèves d’aller dans les centres d’information et d’orientation. »

La seule occurrence de « psychologue de l’éducation nationale » dans le projet est celle-ci :

« II. – Le code de l’éducation est ainsi modifié :

1° Au deuxième alinéa de l’article L. 313-6, entre les mots : « en liaison avec » et les mots : « les représentants », sont insérés les mots : « les régions, et » ;

2° Au troisième alinéa de l’article L. 331-7, les mots : « conseillers d’orientation-psychologues » sont remplacés par les mots : « psychologues de l’éducation nationale ». »

Et que dit ce fameux article L. 331-7 une fois modifié ?

« L’élève élabore son projet d’orientation scolaire et professionnelle avec l’aide de l’établissement et de la communauté éducative, notamment des enseignants et des psychologues de l’éducation nationale, qui lui en facilitent la réalisation tant en cours de scolarité qu’à l’issue de celle-ci.

A cette fin, les élèves disposent de l’ensemble des informations de nature à permettre l’élaboration d’un projet d’orientation scolaire et professionnelle.

Ils bénéficient notamment d’une information sur les professions et les formations qui y préparent sous contrat de travail de type particulier et sous statut scolaire.

Cette information est destinée à faciliter le choix d’un avenir professionnel, de la voie et de la méthode d’éducation qui y conduisent.

Cette information est organisée sous la responsabilité des chefs d’établissement, dans le cadre des projets d’établissement ou de projets communs à plusieurs établissements. Elle est conjointement réalisée par les psychologues de l’éducation nationale, les personnels enseignants, les conseillers de l’enseignement technologique et les représentants des organisations professionnelles et des chambres de commerce et d’industrie, de métiers et d’agriculture, en liaison avec les collectivités territoriales. Elle s’accompagne de la remise d’une documentation. »

Et est-ce que cela change quoi que ce soit à la pratique ?

Continuons avec la deuxième question

« Est-ce que la manière d’orienter les élèves va changer ?

Oui. A partir de 2019, ils bénéficieront de 54 heures de cours par an à partir de la 4e pour leur orientation. Cet accompagnement va leur permettre de devenir plus autonomes et de prendre leur destin en main. Il faut arrêter de décider à la place des élèves. »

Nulle trace de ces « 54 heures de cours par an à partir de la 4e pour leur orientation » dans le projet de loi ! Ces « 54 heures » concernent les lycéens et apparaissent dans la réforme du lycée (nulle trace en collège…). « Un autre type d’accompagnement verra le jour en seconde : de « l’aide aux choix d’orientation ». Vous en suivrez 54 heures durant l’année. Cela pourra correspondre à des heures d’information, des visites d’établissement d’enseignement supérieur, le suivi d’un forum des métiers au sein de votre lycée… L’objectif est d’aider l’élève « dans la conception de son projet de poursuite d’études », grâce notamment à la découverte des métiers et des formations. Il s’agira alors de vous rendre apte à « faire des choix éclairés », notamment concernant votre passage en première. »[3]

Et d’autre part, si « Il faut arrêter de décider à la place des élèves » alors il faut également et d’abord modifier les procédures d’orientation, ce qui dépend du ministère de l’éducation nationale.

Troisième question, curieusement formulée !

« Les CIO vont-il, du coup, tous fermer ? (j’ai conservé la « faute »)

Non, on en gardera au moins un dans chaque département. La carte n’est pas arrêtée. »

Le fameux « du coup », mais du coup de quoi ? Quel raisonnement arriverait à cette conclusion ? Ce qui est amusant, enfin si on peut dire, c’est qu’on en reviendrait ainsi au schéma mis en place par le décret-loi de … 1938 qui institue un centre d’OP par département.

Quatrième question

« Quelle place auront les Régions dans l’orientation des élèves ?

Les Régions centralisent désormais toutes les informations sur les métiers pour l’ensemble des publics. Ces collectivités sont les mieux placées pour connaître les secteurs en tension. Elles sont amenées à travailler en étroite relation avec les directions régionales de l’Onisep. » 

Et on termine en beauté ! L’orientation se résume à l’information.

Bordelaise, Madame la députée Fabre a dû lire et s’imprégner du Bossu de Paul Féval et de sa célèbre formule : « Et si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ».  Sauf que l’idée que les lycéens ne viennent pas au CIO, et que les Psyen devraient aller dans les établissements, n’a aucun fondement et démontre plutôt la méconnaissance de la dame concernant la réalité du fonctionnement des services d’orientation.

Et ces gens-là veulent réformer un travail qu’ils ne connaissent pas !

Le plus intéressant, sans doute, c’est que la rapporteuse de la loi ne connait pas le contenu de « son »  projet de loi ! Elle ne fait donc pas que ne pas connaître notre travail, mais également le sien !

Bernard Desclaux

[1] http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/choix_avenir_professionnel

[2] Les « nouveaux » principes d’orientation http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2018/05/03/les-nouveaux-principes-dorientation/

[3] Erwin Canard : Réforme du lycée : ce qui change en seconde à la rentrée 2018 (16 mai 2018). https://www.letudiant.fr/lycee/seconde/reforme-du-lycee-ce-qui-change-pour-en-seconde-a-la-rentree-2018.html

Article publié sur le site : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2018/05/31/lorientation-dun-decryptage/

Dernière modification le jeudi, 07 juin 2018
Desclaux Bernard

Conseiller d’orientation depuis 1978 (académie de Créteil puis de Versailles), directeur de CIO à partir de 90, je me suis très vite intéressé à la formation des personnels de l’Education nationale. A partir de la page de mon site ( http://bdesclaux.jimdo.com/qui-suis-je/ ) vous trouverez une bio détaillée ainsi que la liste de mes publications.
J’ai réalisé et organisé de nombreuses formations dans le cadre de la formation continue pour les COP, , les professeurs principaux, les professeurs documentalistes, les chefs d’établissement, ainsi que des formations de formateurs et des formations sur site. Dans le cadre de la formation initiale, depuis la création des IUFM j’ai organisé la formation à l’orientation pour les enseignants dans l’académie de Versailles. Mes supports de formation sont installés sur mon site.
Au début des années 2000 j’ai participé à l’organisation de deux colloques :
  • le colloque de l’AIOSP (association internationale de l’orientation scolaire et professionnelle) en septembre 2001. Edition des actes sous la forme d’un cd-rom.
  • les 75 ans de l’INETOP (Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle). Edition des actes avec Remy Guerrier n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Publication dans ce numéro de « Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP » pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
Retraité depuis 2008, je poursuis ma collaboration de formateur à l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale) pour la formation des directeurs de CIO, ainsi que ma réflexion sur l’organisation de l’orientation, du système éducatif et des méthodes de formation. Ce blog me permettra de partager ces réflexions à un moment où se préparent de profonds changements dans le domaine de l’orientation en France.
Après avoir vécu et travaillé en région parisienne, je me trouve auprès de ma femme installée depuis plusieurs années près d’Avignon. J’y ai repris une ancienne activité, le sumi-e. J’ai installé mes dernières peintures sur Flikcr à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/photos/bdesclaux/ .