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Article initialement publié sur Parents3.0
Comme souvent sur ce blog, tout est parti des enfants :
 
« - Maman, tu peux m’aider à faire mon exercice de géométrie ?
- Mais bien sûr ma chérie
- … »
 
Observez bien ces points de suspension, tout y est : ils incarnent parfaitement cet instant de flottement où tout m’est revenu de manière assez brutale en mémoire. Tout, c’est-à-dire mes relations pour le moins compliquées avec les maths, où, pendant de longues années, mon bulletin scolaire a côtoyé le pire comme le meilleur. On ne va pas se mentir plus longtemps : je suis une handicapée des maths. Je ne sais plus faire de divisions, je ne sais plus calculer le périmètre d’un cercle, et la géométrie relève pour moi du surnaturel. Longtemps, j’ai appartenu à cette catégorie d’élèves qui se vantait d’être « nulle en maths », manière alambiquée de dire qu’on était fort en français. Une attitude pour le moins étrange, comme ne manque pas de le relever le film « Comment j’ai détesté les maths ». À l’exception notable du collège, où je dois rendre hommage à la seule prof (Madame Lecamus, si vous me lisez…) qui ait su me tyranniser de manière efficace pour que j’atteigne des sommets, je peux le dire aujourd’hui : j’ai, moi aussi, détesté les maths.
 
BlogParents-d768-37ea0Je fais partie d’une génération qui a subi les « maths modernes » : dans mon souvenir, les maths en primaire ne sont qu’une série d’ensembles abstraits où se mêlent les signes « inclus » ou « non inclus », et des calculs en « bases ». Ne me demandez pas ce qu’étaient ces fameuses bases, je n’ai jamais compris. Le lycée ? Une cata : des profs de maths aigris d’enseigner à des B (l’ancêtre des séries ES) et non à des C (ancêtres des S), incapables de la moindre pédagogie, qui m’ont dégoûtée à tout jamais.
 
Alors, oui, je le confesse, je me retrouve fort dépourvue à l’heure où ma descendance a besoin que je la soutienne : comment lui faire aimer les maths ? Évidemment, je me suis tournée du côté des réseaux sociaux. Sur Twitter, j’ai reçu des conseils pour des applis, pour aborder les maths autrement. Et c’est là qu’a germé la question : l’enseignement des maths est-il soluble dans le numérique ? Comment le numérique peut-il aider les élèves à aborder cette matière ? J’ai alors endossé ma casquette de journaliste et j’ai posé la question à trois personnes qui pratiquent maths et numérique : Georges Nivoix, qui a transformé le jeu Mathador en appli, Adrien Guinemer, jeune prof de maths 2.0, et Vanessa Kaplan, qui a conçu l’appli Math Mathews. Voici leurs réponses, éclairantes, ainsi qu’une liste de ressources en ligne autour des maths. Parce que je sais que je ne suis pas la seule pour qui les maths sont un problème sans solution…
 
Georges Nivoix, responsable éditorial de Canopé Besançon, qui propose l’appli Mathador : « Le numérique s’est substitué au hasard des dés. »
Comment l’appli Mathador a-t-elle été conçue ?
Mathador est un jeu de plateau créé il y a 11 ans par un prof de maths de l’académie de Besançon, Eric Trouillot. C’est un véritable succès d’édition, avec plus de 20 000 boîtes vendues. L’appli vient de sortir sur l’Appstore. Nous y avons passé beaucoup de temps et nos équipes sont très impliquées dans ce projet.
Pour faire un jeu de plateau, il faut un bon concept, puis ensuite, c’est la chaîne classique du print. Mais pour adapter l’appli, il faut créer une entité qui soit autonome : l’appli doit se suffire à elle-même, l’expérience utilisateur doit être la meilleure possible, et il n’y a en particulier aucune place pour un calcul impossible. Il doit toujours y avoir une solution.
Nous ne somm
es pas tous égaux face au calcul mental, et nous avons chacun notre propre niveau. Nous sommes dans une logique de progression. Il faut faire en sorte que les utilisateurs de l’appli puissent y jouer, quel que soit leur niveau : de débutant à amateurs chevronnés. Il faut que l’appli puisse plaire à tous les élèves d’une classe.
Quand on joue à l’iPad, ce n’est pas le processeur de l’iPad qui fait le calcul et lance les dés. Nous avons un calculateur interne à Canopé.
Nous avons cartographié les possibilités de calcul. Quand un calcul a 300 réponses possibles, il est accessible à un grand nombre de personnes. Nous avons joué sur le type de calcul, le type d’opération. Le numérique s’est substitué au hasard des dés.
Comment faire cohabiter plaisir et maths à l’écran ?
La qualité de la courbe d’apprentissage d’un jeu, c’est ce qui amène à découvrir un jeu avec plaisir. C’est une notion très importante. Il faut donc trouver le bon niveau pour trouver du plaisir : éviter l’ennui de la facilité, et la nervosité de l’échec, de la trop grande difficulté. Il faut progresser avec plaisir. On trouve ses points d’appui progressivement avec l’appli. Avec le numérique, il y a la médiation d’un outil, la fluidité d’une appli. L’interactivité procure du plaisir. La gamification a été introduite peu à peu. Elle n’existe pas dans le jeu physique Mathador. Nous nous sommes d’abord concentrés sur le game play, puis la gamification a été introduite. Il nous a fallu 2 ans d’adaptation, de réflexion, de tests.
Nous avons proposé un mode multijoueurs, avec un mode différencié qui permet d’adapter le niveau de chacun. Cela évite donc la frustration et l’ennui selon son niveau. Et surtout, cela permet aux parents de jouer avec leurs enfants, chacun à son niveau.
Le numérique, l’appli, génère également de l’estime de soi : on obtient une récompense si on triomphe de la difficulté. L’iPad est valorisant. L’appli permet de gérer sa propre destinée, en gérant son capital, ses bonus. C’est un héritage du jeu vidéo. C’est une manière d’obtenir et de maintenir l’engagement du joueur. Le calcul est au centre de l’école. C’est une compétence essentielle. Le travail avec un jeu décuple l’engagement et procure du plaisir, avec à la clé des performances.
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Adrien Guinemer, professeur de mathématiques en collège : « Le numérique donne du peps »
Qu’est-ce que le numérique pédagogique ? Comment l’appliquer aux maths ?
Le numérique pédagogique, c’est utiliser les moyens technologiques numériques et les ressources associées comme j’utilise les autres moyens et ressources à ma disposition pour faire cours. C’est indissociable de l’enseignement aujourd’hui je pense, car les enfants sont des êtres 3.0 ;- ) On ne peut donc pas être des enseignants 0.0 ! Les TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement), c’est le nom barbare que donnent le ministère et les textes au numérique. Mais en mathématiques, pour beaucoup, les TICE, c’est : les logiciels de géométrie dynamique (par exemple l’excellent GeoGebra), le tableur, les exerciseurs (LaboMep, MathouMatheux…), et en lycée l’algorithmique (avec AlgoBox, Scratch, parfois directement Python). Et puis c’est tout. Mais en réalité, c’est aussi :
- les vidéos que l’on peut visualiser avec les élèves, ou même réaliser, (par exemple : l’excellent travail d’Arnaud Durand :http://mathix.org/linux/archives/4469 , que je passe en 4ème)

- les sons que l’on peut écouter avec les élèves ou même réaliser, par exemple ici : un son de l’excellent Philippe Vandel sur France Info :http://www.franceinfo.fr/societe-mathematiques/les-pourquoi/pourquoi-en-math-l-inconnue-est-elle-le-x-469515-2011-12-11 (pour les 5èmes ou 4èmes)

- les smartphones des élèves qui peuvent ou pourraient contenir des applications utilisables et sollicitables en cours (mais le portable est légalement interdit comment outil pédagogique au collège), il m’est arrivé de prêter mon téléphone à deux élèves pour qu’ils fassent un jeu de calcul mental en attendant que les autres terminent (https://play.google.com/store/apps/details?id=com.mathduel2playersgame.mathgame&hl=fr ) Et cet atout des smartphones n’est intégré ni par les élèves, ni par les profs. Pour les élèves, dans la classe, le téléphone est une montre et une calculatrice. Il redevient smartphone dans la cours. C’est une absurdité.
- savoir apprendre aux élèves à trouver ce qu’ils cherchent sur internet. Il y a un PC branché dans ma salle. Si un élève ne connaît pas une formule et me répond qu’il regarderait sur internet si je lui demande comment il trouverait la formule à la maison, je le laisse essayer sur l’ordinateur et c’est l’occasion de montrer comment faire le tri dans les informations, comment Wikipedia donne trop de détail pour leur niveau en mathématiques.
- utiliser les Tableaux Blancs Interactifs (TBI) en réelle interactivité
- utiliser les réseaux sociaux comme supports pédagogiques et vecteurs d’échange (j’ai un projet en cours de maths en allemand avec un collègue du primaire @profdesecoles sur Twitter).
 
J’utilise le Mind Mapping, mais pas encore massivement. Et je l’utilise essentiellement sur le TBI et les élèves dans leur cahier. Parfois, certains élèves voyant mes réalisations avec XMind se mettent à l’utiliser chez eux. Mais c’est anecdotique.
AppIcon-150x2898-d7069Pour les IPad, n’étant moi-même pas utilisateur, j’ai du mal à savoir comment je les intégrerais à mes pratiques. Par ailleurs, je suis jeune dans la profession (3 ans titulaire dans quelques mois), je trouve donc que je n’ai pas assez de recul pour envisager ces pratiques (de même que les classes inversées par exemple). Un autre argument est que je change d’établissement à la rentrée prochaine et que je verrai donc là-bas si ce genre de projet est montable. Enfin ce n’est viable que si plusieurs collègues suivent. Je n’ai pas l’âme solitaire et je ne pourrais pas porter seul un tel projet.
Quels sont les apports du numérique pour les maths ?
Les apports du numérique sont variés. D’abord, cela donne du peps à une matière ringarde ou selon la formule de mon inspecteur, cela rend « les maths sexy ». On ne peut pas envisager l’enseignement comme on l’envisageait « avant ». L’autre jour, mes élèves me reprochaient de ne pas bien expliquer un truc et comme cela ne passait pas quelle que soit la façon de le dire, je suis allé voir sur YouTube si je ne trouvais pas quelque chose à leur montrer. J’y ai trouvé une video courte, simple, qui disait exactement ce que je leur répétais depuis une semaine. Mais ils ont écouté autrement, ils ont trouvé ça bien et même mieux que le prof. Et moi je ne suis pas vexé : ils ont compris, c’est le principal.
Travailler avec le numérique permet d’aborder des questions annexes comme les droits d’auteur, l’identité numérique par exemple.
Je pense que l’usage du numérique motive également le prof. Pour ma part, j’aime faire les choses différemment. J’aime bien mettre une touche personnelle et comme le numérique est encore assez confidentiel dans l’enseignement, je m’éclate quand je l’utilise même si c’est chronophage.
Utiliser le numérique en mathématiques, c’est l’occasion de rappeler que les nouvelles technologies et le monde actuel sont truffés de maths. Aujourd’hui, celui qui ne sait pas lire un diagramme ou comprendre un pourcentage ne peut pas comprendre le 20h !
Le blog d’Adrien Guinemer : http://adrienguinemer.wordpress.com/
Vanessa Kaplan, cofondatrice de Kiupe, société éditrice de l’appli Math Mathews : « Le numérique facilite l’immersion des enfants »
Comment avez-vous décidé de développer Math Mathews et de focaliser sur les multiplications ?
Lorsque nous avons fondé Kiupe, nous avions déjà une bonne expérience du serious game et du jeu vidéo. Nous avions envie de créer une licence en serious game pour les enfants, et avons commencé par regarder ce qui se faisait sur l’Appstore. Il y avait des choses très « sérieuses », des choses très ludiques, et pas mal d’applis de qualité plutôt moyenne, beaucoup d’apps preschool et pas énormément d’apps concernant les maths.
Cela nous a conforté dans l’idée qu’il y avait encore plein de choses à faire. Et lorsqu’on s’est dit « Quel est notre pire souvenir d’apprentissage à l’école ? », on est tous tombés d’accord : l’apprentissage des tables de multiplication avait été tout sauf un bon souvenir !
Comment transpose-t-on sous forme d’appli cette discipline ? Quels sont les atouts du numérique pour aborder cette discipline ?
Nous avons travaillé en collaboration avec une orthophoniste pour la validation du contenu et surtout pour avoir une vision plus claire du rapport que certains enfants entretiennent avec les maths. À mon avis, c’est essentiel de faire ce genre de travail.
On a aussi fait pas mal de recherches sur les différents exercices qui se font déjà en classe, et en parallèle on affinait nos recherches de personnages, l’histoire, le game design. C’était une phase de travail plutôt intense !
Les atouts du numérique dans ce domaine sont nombreux :
- les enfants s’approprient l’outil et l’app vraiment facilement, l’immersion est facilitée.
- on contourne le rapport difficile que certains enfants peuvent avoir par rapport à l’école (pour eux : tablette = jeu = fun).
- le niveau de difficulté des exercices peut s’adapter de façon quasi automatique (si je réponds correctement aux questions sur la table de 5 = je connais cette table = on me pose davantage de questions sur des tables plus difficiles)
- c’est une expérience instrumentée, le professeur/le parent peut avoir des retours immédiats et mesurés sur les progrès de chaque enfant.

 
Ressources pédagogiques
Prolonger les cours à la maison
Une sélection de sites qui proposent, à l’aide de vidéos, de revenir sur des notions vues en classe. Ces sites peuvent être très utiles pour aider les parents à expliquer certaines notions. Regardez-les avant de les proposer à votre enfant, afin de vous assurer qu’elles correspondent au niveau de l’enfant, et qu’elles correspondent également à sa manière d’appréhender les maths. Chaque enseignant a sa propre pédagogie. Vérifiez que votre enfant pourra se l’approprier, et qu’elle complètera ou éclairera ce qu’il aura vu dans sa propre classe. Elles ne doivent pas se substituer à l’enseignant de l’enfant.
Les Fondamentaux
Proposées par le réseau Canopé (ex-CNDP), ces vidéos s’adressent aux enseignants et aux parents d’enfants du primaire pour permettre aux élèves d’approfondir ce qui a été vu en classe. Elles proposent une approche ludo-pédagogique des matières, dont les maths, en fonction des notions que les enfants doivent comprendre.
BrainPop
Thomas et son ami Moby le robot sont les deux héros de films d’animation conçus pour expliquer des notions vues en classe. Des films faciles d’accès avec des explications claires.
Didamaths
Quand les élèves parlent aux élèves : une série de vidéos tournées dans une classe de CM2 par des élèves avec leur enseignant, afin d’expliquer les notions vues en cours.
Capsules vidéo Ça va ou bien ?
Des capsules vidéos proposées par une enseignante spécialisée (suisse, ce qui explique les « nonante » prononcés dans les vidéos ;- )
Explique-moi encore
Le site d’un prof des écoles, qui met en ligne des courtes vidéos pour revoir les notions vues en classe.
Maths en vidéo
Plus de 250 vidéos en ligne, proposées par un prof de collège, pour les niveaux 5e, 4e et 3e. Un site très riche.
Maths et réseaux sociaux :
Geometwitt est un des rares exemples d’utilisation des réseaux sociaux (à ma connaissance !), Twitter en l’occurrence, pour favoriser l’apprentissage des maths, et plus précisément de la géométrie. Une manière nouvelle d’impliquer les élèves.
Faire des maths en ligne : sélection d’applis pour « jouer » aux maths
Mathador
Math Mathews
Dragon Box
Une appli étonnante pour faire faire des équations aux enfants sans qu’ils s’en rendent compte (et les parents non plus d’ailleurs).
Slice Fractions
Une appli pour découvrir autrement les fractions
Pour découvrir d’autres applis de maths, la sélection de La Souris Grise :http://www.souris-grise.fr/category/par-themes/mathsetlogique/
Dernière modification le vendredi, 10 octobre 2014
Bee Laurence

Journaliste, observatrice des usages numériques générationnels, créatrice des sites Parents 3.0Ados 3.0 et Seniors 3.0. Auteur, conférencière et formatrice.

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