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Dans le cadre du débat que soulève la prise de position retentissante de Stanislas Dehaene concernant l’apprentissage de la lecture, un point d’histoire mérite d’être rappelé. Contrairement à ce qu’affirment trop souvent les 

 
tenants comme les adversaires de la méthode syllabique, celle-ci ne peut pas être qualifiée de traditionnelle, ni pour la langue française, dont l’orthographe est irrégulière, ni de façon certaine pour la plupart des autres langues, y compris le latin.

Platon tient pour fol le pédagogue qui tenterait d’enseigner à lire des mots avant que son élève ne sache lire les syllabes. Ce qui donne à penser qu’une stricte observance de la méthode syllabique allait de soi en Grèce antique. En revanche nous savons qu’il n’en allait plus de même au moyen âge, dans les écoles monastiques où les plus jeunes élèves apprenaient à lire en recopiant le texte de psaumes qu’ils savaient déjà par cœur (ou presque).

Le psaume est récité (chanté, murmuré) de manière rituelle par la communauté que l’élève rejoint. Il se profère et s’écrit dans un latin que le jeune moine doit apprendre. Un élève plus avancé (tuteur) copie l’un de ces poèmes (ou de ces chants) sur le recto d’une tablette, et il revient au plus jeune de le recopier sur le verso, ce qui suppose qu’il traite en mémoire le texte, et donc le déchiffre et comprenne.

Dire, comme il est arrivé qu’on fasse, que « lire c’est comprendre » ne suffit pas à définir l’activité, puisque la même définition s’applique de manière indistincte à bien d’autres pratiques (écouter, voir, répéter...).
Mais cela n’empêche que la lecture suppose bien en effet la compréhension.

Une définition aujourd’hui classique, en France comme partout dans le monde (car il existe sur ce point un accord de la communauté scientifique) consiste à dire que lire, c’est identifier (reconnaître) des mots. Cette définition a l’avantage de rendre compte de l’expérience du jeune moine évoquée plus haut, où l’apprentissage de la lecture (en latin) ne se sépare pas de l’apprentissage de la langue même, ni de l’appropriation mémorielle de textes précieux, dont la connaissance conditionne l’appartenance à une communauté.

L’approche classique est celle qui privilégie l’identification de mots prélevés dans de vrais textes que l’on a dits et répétés (en marquant les syllabes), puis que l’on reconstitue et restitue lettre à lettre.
Cette méthode est-elle bien la plus efficace ?

Des évaluations chiffrées sont toujours nécessaires. Et celles qu’annonce Roland Goigoux nous permettront de voir plus clair.

Mais, dans l’attente, il n’est pas inutile de souligner que c’est la plus naturelle. On ne définira pas la méthode la plus efficace sans retrouver le contour de la plus naturelle. Ici comme ailleurs.
 
Christian Jacomino
 
Photo Credit : Honey Pie ! via Compfight cc
Dernière modification le vendredi, 10 octobre 2014
Jacomino Christian

Docteur en sciences du langage. Inventeur des Moulins à paroles (m@p), collection de petits livres numériques dont chaque volume est consacré à une œuvre littéraire (poème, conte ou chanson) qu’il s’agit de lire puis de reconstituer, au fur et à mesure que le texte s’efface, en rétablissant les mots dans les phrases puis les lettres dans les mots.

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