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Les smart cities, ou " villes intelligentes ", sont-elles la clé de la transition énergétique ? Vraisemblablement, au vu des performances des nouveaux systèmes de gestion de l’espace public. Un seul bémol : le frein que représente la question du partage des données privées et publiques.

Le 22 janvier 2018, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, révélait le retard de la France sur ses engagements de réduction des gaz à effet de serre (1). La stratégie " bas carbone " devra donc compter sur le concours des acteurs locaux et des entreprises. Transition énergétique.

Le mot d’ordre s’impose donc à tous, notamment aux élus qui doivent concilier dans leur ville développement économique et exigence écologique. Et des solutions existent. En perspective, des villes dites " intelligentes " dans lesquelles les technologies numériques permettent de simplifier la gestion des réseaux qui constituent l’espace public, de réduire la facture énergétique et, en théorie, d’améliorer la gouvernance locale au bénéfice des usagers et des citoyens.

Des villes " intelligentes "

La smart city apparaît de plus en plus comme la composante essentielle de la transition énergétique à accomplir. Au cours de la décennie à venir, l’investissement à réaliser dans ce domaine est colossal. L’enjeu est de déployer des réseaux d’infrastructures intelligents et évolutifs, des smart grids, dont la réalisation est coûteuse. Mais, pour les décideurs publics et les acteurs industriels privés, il semble que le jeu en vaille la chandelle.

Les technologies émergentes, notamment numériques, permettent en effet d’optimiser la production et d’améliorer la performance des réseaux de distribution électrique. Et, surtout, beaucoup de services nouveaux peuvent se greffer sur les réseaux existants. La liste ne cesse de s’allonger, tant le potentiel est immense. Et dans tous les domaines. Un exemple parmi d’autres dans le tri des déchets domestiques : la startup Terradonna est ainsi à l’origine d’un système original d’incitation au tri dans les points d’apport volontaire (solution « Cliink ») à partir d’un dispositif connecté intégré dans les conteneurs (2).

Le gouffre énergétique de l’éclairage public

S’il est un domaine dans lequel les économies promises se vérifient aujourd’hui, c’est celui de l’éclairage public. Les gisements de réduction de coût y sont immenses, notamment grâce à la technologie LED. Comme l’observe l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), « plus de la moitié du parc est obsolète : boules diffusantes, lampes à vapeur de mercure, etc. Près de 40 % des luminaires en service ont plus de vingt ans » (3). L’agence préconise le remplacement des ballons fluorescents (dont une directive européenne interdit la commercialisation depuis avril 2015) par des LED. Certes, le coût initial du LED est élevé, mais son rendement est très nettement supérieur. Cette technologie est en effet d’une souplesse incomparable et sa performance énergétique est une source majeure d’économie d’énergie. Avec le concours des grands acteurs industriels, des collectivités de plus en plus nombreuses s’engagent dans cette voie. Après Copenhague, Palma de Majorque, Mexico, Albuquerque ou encore Dijon Métropole, la filiale d’EDF Citelum, par exemple, multiplie les réalisations prometteuses. La réalisation d’un projet d’infrastructure d’éclairage permet en effet de réaliser des économies d’énergie très significatifs (4).

Ce que confirme Jean-Daniel Le Gall, directeur général adjoint de cette société leader dans l’éclairage intelligent : " L’utilisation de LED a changé la donne : cela a permis de réduire dans des proportions très significatives la consommation d’énergie liée à ces éclairages " (5). Les infrastructures qui permettent de réaliser ces économies d’énergie seront ainsi de plus en plus rapidement rentabilisées (6), une bonne nouvelle pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Les données au service de la mobilité

Au-delà de l’éclairage public, la clé de la smart city réside également dans la possibilité d’adjoindre une grande variété de services connectés. Airparif a voulu mobiliser autour des autorités locales un certain nombre d’acteurs privés dans le cadre du projet Airlab qui a pour objectif l’assainissement de l’air. La pollution est directement liée à la mobilité et là encore Citelum vient mettre ses outils au service de la ville car ses infrastructures d’éclairage intelligent (éclairage, feux tricolores, caméras…) permet de mesurer en temps réel les mobilités de tous les acteurs de la ville (véhicules, vélos, piétons). Ces données sont ensuite traitées via la plateforme de gestion de l’espace urbain MUSE®, développée par Citelum, pour donner aux décideurs les mesures nécessaires à la mise en œuvre d’actions correctives (7).

Toutefois le traitement des données urbaines reste un défi pour l’avenir. Le nombre de capteurs dont la smart city sera équipé ne suffira pas, à lui seul, à embellir nos vies. Car faire dialoguer des données publiques et privées ne va pas de soi.

La ville de Rennes, pionnière sur la question de l’open data, a adopté une approche fondée sur l’idée d’un "service public métropolitain de la donnée." " Les données doivent être ouvertes. Celles qui ne sont pas ouvertes doivent être partagées. Et si elles sont partagées, elles doivent l’être à des conditions qu’on va définir ensemble. Les élus sont conscients qu’ils ne peuvent pas le faire seuls. Il faut le faire avec les acteurs privés, les entreprises, les citoyens ", explique Bernadette Kessler, responsable du service innovation numérique de Rennes Métropole (8).

Ce service métropolitain de la donnée se concentre pour l’instant sur les domaines de l’énergie, de l’eau, de la mobilité et des données sociodémographiques. " On ne va pas à la même vitesse sur ces chantiers. Par exemple sur l’eau, les acteurs sont essentiellement publics. Ou très proches de l’acteur public. Ils y ont vu une opportunité pour améliorer leur système d’information. Mais quand on leur rappelle que l’idée est d’ouvrir les données, de produire des services, ils nous répondent qu’ils vont se concentrer sur leurs besoins internes ", ajoute Bernadette Kessler.

Une telle démarche, pragmatique et évolutive, ne cache pas l’essentiel : réussir à récupérer un maximum de données afin d’automatiser les tâches et d’affiner la prise de décision.
Sans partage des données, pas de ville intelligente.

Jean Boivin

(1) https://reporterre.net/La-feuille-de-route-de-Nicolas-Hulot-pour-2018

(2) www.usine-digitale.fr/article/smart-city-terradona-accelere-le-deploiement-de-ses-conteneurs-connectes-d-incitation-au-tri.N685119

(3) www.lagazettedescommunes.com/340682/eclairage-public-vous-avez-dit-smart/(4) www.economiematin.fr/news-la-nouvelle-strategie-de-citelum-entretien-avec-carmen-munoz-dormoy-directrice-generale

(5) www.carnetsdubusiness.com/Eclairage-urbain-chez-Citelum-une-performance-fonctionnelle-et-energetique-sur-mesure_a1872.html

(6) www.rse-magazine.com/Une-strategie-de-RSE-eclairee-entretien-avec-Carmen-Munoz-Dormoy-directrice-generale-de-Citelum_a2754.html

(7) http://www.airlab.solutions/fr/actualites/capter-les-mobilit%C3%A9s-pour-faire-%C3%A9voluer-les-comportements


(8) www.lagazettedescommunes.com/560276/services-urbains-numeriques-la-cle-cest-le-partage-des-donnees/

Dernière modification le jeudi, 08 novembre 2018

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