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La nouvelle gouvernance de l’Education Nationale
 
La création d’une Direction du Numérique pour l’Education au Ministère de l’Education nationale correspond, affirme le communiqué de presse publié le 18 février dernier, « à la volonté forte du ministre de l’éducation nationale de faire du numérique un enjeu majeur pour l’école et la réussite des élèves. »
Alors simple réorganisation des services, comme cela pourrait apparaître ou réforme en profondeur ?

Il faut d’abord replacer l’évolution de l’administration centrale des deux ministères dans le cadre des évaluations des politiques publiques concernant l’ensemble du champ de l’action publique que mène le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’action Publique et qui doivent renforcer l’efficacité des services publics et contribuer à l’effort de redressement des finances publiques.

Fleur PELLERIN n’affirmait-elle pas récemment que “L’État peut réaliser d’importantes économies grâce au numérique”.

Le constat des auteurs du rapport sur la filière industrielle du numérique éducatif (p22) est sans ambiguïté . « Le Numérique éducatif est dispersé parmi les différentes structures du ministère de l’éducation nationale et n’est pas l’objet d’un pilotage stratégique unique organisé en mode projet ».Ce pilotage précise le rapport, « nécessite l’introduction d ’éléments de transversalité dans des organisations historiquement fonctionnelles ».

Enfin la spécificité pour ces deux ministères c’est bien la création du service public du numérique éducatif inscrit dans la loi de refondation de l’Ecole de la République du 8 juillet 2013.
Il fallait donc construire les nouveaux piliers de leur gouvernance.

Cette mission a été confiée à Catherine BECCHETTI BIZOT, Inspectrice générale de l’Education nationale depuis 2000, agrégée de lettres classiques, ancienne élève de l’École normale supérieure, docteur ès-lettres.
Catherine BECCHETTI BIZOT est bien connue des enseignants de Lettres pour Le Rendez-Vous des Lettres qu’elle organise annuellement à la BNF avec pour fil rouge depuis 2010, les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique. Les travaux de ces journées qui réunissent de nombreux experts participent de la réflexion sur les nouvelles humanités à construire avec le numérique

Sa nomination comme directrice de projet Stratégie Numérique du Ministère de l’Education Nationale lui a permis de préparer la création administrative de cette nouvelle direction et d’en élaborer le projet tout en assurant le suivi des grands chantiers de cette stratégie numérique comme les fondamentaux M@gistere ou D’COL

Plusieurs mois de travail et de concertations ont permis la réécriture de cette nouvelle gouvernance de la centrale et de sa déclinaison en académie permettant de donner plus de lisibilité et d’efficience à la politique du numérique éducatif du ministère.
Comme le stipule le décret fixant la nouvelle « organisation de l’administration centrale des ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche » qui entrera en vigueur le 31 mars prochain, il s’agit d’accroître le rôle du secrétariat général - dont l’originalité c’est d’être placé sous l’autorité conjointe du ministre de l’éducation nationale et du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche -« en matière de coordination interdirectionnelle, d’animation des services déconcentrés et de modernisation administrative » et de créer une direction du numérique pour l’éducation, « afin de répondre aux enjeux liés à la mise en place du « service public du numérique éducatif » prévu par la loi.

Dans le décret de création il est précisé que cette nouvelle direction est « commune au secrétariat général et à la direction générale de l’enseignement scolaire »

La transversalité des missions de cette direction sur tous les niveaux d’enseignement peut-elle être une des traductions de cette originalité ?

Le rôle stratégique de cette direction dans le développement du numérique éducatif est par ailleurs affirmé à plusieurs reprises.

L’arrêté qui fixe ses attributions est à cet égard évocateur puisqu’il s’agit de « coordonner la conception et la mise en place du service public du numérique éducatif, en assurer le déploiement, le suivi et la valorisation. »

Confié à une sous-direction, ce service « favorise le développement et la diffusion des ressources, contenus et services pédagogiques et éducatifs. Il assure la maîtrise d’ouvrage de l’offre publique et de l’assistance technique adaptée. Dans son domaine, il anime et appuie les réseaux d’acteurs nationaux et académiques, développe des relations avec les partenaires industriels et les collectivités locales, conduit une activité de veille et de prospective, et impulse et conçoit des actions et des dispositifs de formation des enseignants, des cadres et des inspecteurs. »

Cette compétence qui se traduit en particulier par une coordination forte des Délégués du Numérique Académique, fer de lance en territoire de la DNE, fait apparaître de nouveaux réseaux qui se superposent ainsi aux hiérarchies traditionnelles de l’Education nationale dont certains regrettent le caractère un peu trop « top down ». Ces DAN seront en proximité avec les CARDIE- Conseillers académiques Recherche, Développement Innovation Expérimentation – dont le réseau permet de faire le lien entre l’administration centrale et les équipes en établissement en repérant, accompagnant, valorisant les équipes innovantes .

Le réseau constitue- t- il alors une alternative ou un complément des « verticalités » ministérielles ?

Cette direction sera, via les DAN, l’interlocuteur des partenaires industriels et des collectivités territoriales. Autant dire le rôle éminent que ce réseau doit jouer en particulier sur le dossier des ENT du 1er degré. Cette proximité avec ces acteurs majeurs pour structurer dans les territoires le développement du numérique éducatif était souhaité par ces partenaires et repris par les auteurs du rapport sur la filière.

Il s’agit bien en effet en renforçant et en structurant les partenariats et les coopérations entre l’Etat et les collectivités territoriales de rationaliser et de piloter pour plus d’efficacité en particulier dans la recherche des financements.Mais également en donnant aux industriels plus de lisibilité sur les stratégies nécessaire à la Recherche et Développement.

Mais c’est surtout le transfert du « service des technologies et des systèmes d’information » du secrétariat général vers la nouvelle DNE qui donne à cette dernière une nouvelle originalité : la pédagogie et les technologies des SI dans une même direction !
Les ressources pédagogiques et les infrastructures techniques sous un même toit .

Rares sont les collectivité territoriales qui ont fait ce choix d’organisation structurelle – je pense à PACA en particulier -. L’Etat le fait. Et cela me semble aussi original que pertinent. Il s’agit bien d’un autre aspect de l’horizontalité nécessaire pour permettre les convergences plutôt que les compétitions que génèrent les verticalités. On le comprend aisément, rapprocher les concepteurs des infrastructures et les usages sur le terrain, ne peut qu’ajouter à la pertinence des choix stratégiques.

Les textes organisant cette nouvelle gouvernance sont publiés. Il reste au Ministre à désigner les acteurs et en particulier le nouveau directeur du Numérique pour l’Education.

Catherine BECCHETTI BIZOT est certainement la mieux placée pour exercer cette mission. Et si les préoccupations stratégiques ont été au cœur de sa démarche on se doit de souligner celles que l’Inspectrice porte aux élèves et aux enseignants en relevant les propos qu’elle tient lors de l’ouverture des journées 2012 du Rendez vous des Lettres à la BNF.

“Si nous ne formons pas les élèves à ces compétences scripturales, le risque sera grand d’une nouvelle forme d’illettrisme se définissant non plus comme l’incapacité à lire ou à écrire mais comme l’ignorance des règles et des codes qui permettent d’avoir un usage autonome et structurant des nouveaux outils. La fracture numérique est avant tout une fracture culturelle ou une fracture intellectuelle. Là où l’écart se creuse entre des élèves défavorisés et les autres élèves, c’est au niveau de l’intelligence de l’outil et non des conditions matérielles d’accès à cet outil .

Donner aux élèves les moyens de comprendre et d’organiser la complexité qui s’offre à eux pour que les medias numériques ne soient pas des instruments d’aliénation des esprits manipulés par des constructeurs, des programmateurs ou promoteurs d’usage mais contribuent véritablement à leur enrichissement, au développement de leur autonomie, de leur imagination aussi est une nouvelle responsabilité du professeur de lettres, une responsabilité inscrite clairement désormais dans les programmes de français de collège et de lycée. Il s’agit de faire prendre conscience aux élèves des possibles mais aussi des limites de leur liberté, des contraintes inhérentes à ces supports numériques, la manière dont ces supports organisent les formes, délimitent leur espace d’initiative, imposent des cadres et des codes dont l’origine reste masquée parfois sous les signes de surface et où peuvent s’exercer toutes sortes de pouvoirs. Or l’acquisition de ces nouvelles compétences –qu’on nomme aujourd’hui « littéracie » implique une pratique régulière et réfléchie des médias informatisés et des activités en classe qui en découlent, à la fois contributives, interactives, interconnectées, praticables en mobilité également. Il ne s’agit plus comme autrefois d’exploiter la rareté mais de gérer et d’organiser l’abondance et la complexité.”

Un vrai programme !

Dans ce reportage réalisé en novembre 2013, Catherine BECCHETTI BIZOT faisait un premier bilan des travaux qui ont conduit à l’écriture de ce projet.

Claude TRAN


Catherine BECCHETTI-BIZOT


Dernière modification le lundi, 10 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc, chef d’établissement en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis administrateurà l'An@é, actuellement administrateur Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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