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Publié le 16 avril sur Parents 3.0
 
Enseignement et numérique : les deux mots suscitent autant d’espoirs que de questionnements, aussi bien du côté des élèves que des profs ou des familles. Parents 3.0, qui a déjà eu l’occasion d’aborder cette thématique notamment en interviewant plusieurs acteurs, poursuit ses explorations au travers d’une mini-série de deux articles, qui éclairent, chacun à leur manière, les apports du numérique dans l’enseignement.
 
 
Dans la première partie, un enseignant de latin et grec ancien qui s’appuie sur le Net pour ses cours depuis une dizaine d’années revient sur son expérience. Dans le deuxième billet, qui sera publié dans quelques jours, les mathématiques seront à l’honneur : l’enseignement de cette discipline si particulière est-il soluble dans le numérique ? 
Comment dit-on Internet en grec et latin ?
 
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Aristote, l’avatar de Robin Delisle

Le premier billet de cette série donne la parole à un « vétéran » de ce que l’on appelle les TICE, technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement : Robin Delisle utilise Internet en cours depuis plus de douze ans. J’ai retrouvé sa trace récemment, au hasard d’une après-midi de tri : je suis tombée, dans mon dossier « archives », sur un reportage que j’ai effectué en 2002 dans un collège de Clamart, où il utilisait Internet et les forums pour initier ses élèves de ZEP aux joies… du latin. Un pari très audacieux à l’époque, très novateur, et qui fonctionnait bien. Douze ans plus tard, grâce aux réseaux sociaux, j’ai retrouvé Robin Delisle. Évidemment, la tentation était grande de l’interroger sur sa pratique actuelle du numérique, avec tout le recul dont il bénéficie. Voici donc un extrait de l’article publié dans Le Monde il y a douze ans, suivi de l’interview de Robin Delisle, en forme d’épilogue… épilogue qui, rappelons-le, est un discours récapitulatif, mais pas une fin en soi.
Extrait de l’article publié le 1er novembre 2002
« Comme tous les vendredis après-midi, 23 élèves de la classe de 5e D du collège Petits-Ponts de Clamart (Hauts-de-Seine), classé en zone d’éducation prioritaire (ZEP), s’installent dans la salle d’informatique. Tandis qu’ils allument les ordinateurs, le professeur leur rappelle : « Lorsque j’aurai démarré la conférence virtuelle, vous vous connecterez en TCP/IP habituel. » Dans un gentil brouhaha, chacun s’exécute sans broncher. On entend les souris cliquer, tandis que sur les écrans les messageries électroniques apparaissent. « En surfant sur le forum, vous verrez qu’Horatius a répondu à vos questions. » Aussitôt, Faelan, 12 ans, demande : « Monsieur, comment on dit déjà « j’étudie le latin » ? » Car, malgré ce que l’environnement informatique pourrait laisser croire, ces élèves ne s’apprêtent pas uniquement à découvrir les joies de la technologie : ils s’initient avant tout aux subtilités de la langue de Virgile. Et s’ils se retrouvent dans la salle informatique du collège, ça n’est pas un hasard mais bien une volonté de leur professeur, Robin Delisle, qui se reconnaît volontiers comme atypique. Celui-ci assure en effet ses cours de latin et de grec ancien en s’appuyant sur les richesses du Net. « Je donne des cours classiques, avec des thèmes et des versions, mais grâce à Internet les élèves peuvent mettre en pratique directement ce qu’ils apprennent, en communiquant avec d’autres latinistes de leur âge. Cette idée d’échange et de réseau est très importante. Le Net est un support attractif, qui offre de nombreuses possibilités aux hellénistes et aux latinistes, débutants ou non. » Autrement dit, il permet de transformer une langue morte en une langue cyber, bel et bien vivante. »
Douze ans plus tard…
« J’ai abandonné cette forme d’enseignement : elle nécessitait trop de contrôle des élèves, certes très attirés par les écrans, mais tentés de surfer ailleurs que sur les forums de langue ancienne pendant les heures de cours. Ce qui compte, c’est la pédagogie, la didactique, les rapports humains. Le numérique est utile quand il ne fait pas perdre de temps. Les outils comme Google Docs, par exemple, qui offrent la possibilité de travailler en même temps que l’élève et de partager des documents, sont très pratiques. Pour pouvoir utiliser le numérique en classe, il faut des solutions techniques simples et efficaces, qui ne sont pas chronophages. Concernant le grec et le latin, presque tous les textes sont accessibles en ligne. La Toile est un grand réservoir de connaissances, c’est époustouflant. Mais cela implique de bien connaître cet espace, de savoir chercher et organiser le savoir. Pour pouvoir manipuler les connaissances sur Internet, il faut une formation d’organisation des données, qui doit pouvoir s’appuyer sur une très solide formation disciplinaire et une culture générale étendue, afin de pouvoir discerner le vrai du faux. La Toile est une gigantesque place publique, une agora au sens grec du terme. Tout le monde peut y crier ce qu’il veut, et du coup, tout le monde pense ainsi être écouté. Les idées les plus farfelues s’y répandent, mais aussi, parfois, des choses sensées et vraies.
Aujourd’hui, je me suis tourné vers un outil qui offre de mon point de vue des possibilités pédagogiques intéressantes, le jeu et réseau social Second Life : animation de personnages en 3D, contact avec des spécialistes, formation de groupes d’élèves que l’on peut identifier facilement… Un bon exemple du numérique au service de la pédagogie. Car je pense que c’est le numérique qui doit être au service de la pédagogie et de la didactique, et non l’inverse. »
Dernière modification le lundi, 07 juillet 2014
Bee Laurence

Journaliste, observatrice des usages numériques générationnels, créatrice des sites Parents 3.0Ados 3.0 et Seniors 3.0. Auteur, conférencière et formatrice.

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