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 Forum Educavox 15 juin Bordeaux - Les inscriptions sont ouvertes

Olivier Bréchard est directeur général de WebForce3, réseau ESS d’écoles de formation aux métiers du numérique, depuis septembre 2015 ; au cours des huit années précédentes, il s’est consacré au développement de programmes éducatifs innovants à travers le monde. Notre récent échange fut l’occasion d’évoquer certains enjeux globaux auxquels l’éducation et la formation sont confrontées aujourd’hui, d’aborder en particulier la profonde mutation du monde du travail, l’obsolescence accélérée des compétences et des métiers eux-mêmes, les risques d’une profonde fracture digitale. Au regard de ces défis, nous avons ensuite évoqué le modèle de formation proposé par WebForce3.

Son parcours, à la recherche de l’innovation dans l’éducation :

A horizon 2030, quelque 2 milliards de personnes, pour la plupart jeunes, vivront dans des taudis à la périphérie de mégalopoles, sans accès à une éducation décente[1], mais connectés au monde entier.

Co-directeur du World Innovation Summit for Education, WISE, de 2008 à 2012, Olivier est confronté à de tels défis éducatifs globaux, appelant des solutions urgentes, complexes, d’une ampleur inédite. Dans le cadre de WISE, Olivier contribue donc à fédérer un ensemble d’acteurs influents, dotant rapidement cette initiative d’une forte portée et légitimité internationale : institutions[2], représentants du monde éducatif de tous les pays (enseignants, chercheurs…), mais aussi entrepreneurs sociaux (AshokaBRAC…) etentreprises privées (CiscoMicrosoft…) œuvrant dans l’éducation.

Il veille surtout à l’impact concret de WISE qui se fixe pour priorité d’identifier, d’évaluer avec des experts de premier plan, de faire connaître puis de soutenir des programmes ayant déjà fait leurs preuves sur le terrain. Parmi les pépites identifiées, citons le programme BBC Janala, au Bengladesh, pour l’apprentissage de l’anglais via la télévision et les SMS, dont le succès s’appuie sur la création de milliers de communautés apprenantes villageoises ; ou encore Pathways to Education, dispositif de lutte contre le décrochage scolaire né dans la banlieue de Toronto et dont le système de parrainage a ensuite été adopté largement au Canada.

Première grande leçon, la diffusion à l’échelle de l’innovation dans l’éducation requiert une formidable mobilisation de toutes les énergies à l’œuvre dans la société. Pour réussir et dépasser l’expérimentation, cette innovation doit bien souvent être à la fois pédagogique, sociale, financière et enfin technologique. La technologie — indispensable pour l’impact réel recherché sur des millions de personnes — sera donc toujours envisagée comme un moyen à mettre au service d’approches inclusives, non comme un but en soi ni comme une solution magique (ex. les folles promesses faites autour des MOOCs à leur naissance).

Dans la droite ligne de WISE, Olivier accompagne d’autres projets d’ampleur, à la pointe de l’innovation, comme l’Open Education Challenge, cherchant à faciliter l’émergence de startups éducatives européennes, et le programme Global Education Future (GEFF), ambitieux dispositif s’appuyant sur la prospective pour transformer l’éducation. Ainsi, GEFF a déjà contribué à la réalisation d’une inspirante cartographie de l’éducation en 2035, d’unAtlas des métiers émergents, ou encore à la création de lieux/hubs dédiés à l’avenir du travail (ex. : le Boiling Point à Moscou).

Olivier prend alors pleinement la mesure du défi que représente la « 4e révolution industrielle » en matière d’éducation et de formation continue pour que celle-ci puisse bénéficier à l’ensemble de la population mondiale, non pas seulement à une élite réputée créative et capable de se réinventer :

" L’accélération de la transition digitale n’est pas nécessairement synonyme de destruction massive d’emplois ; elle ne doit pas l’être. Comme l’atlas des métiers émergents l’illustre, ainsi que bien des études récentes (McKinsey, WEF, Commission européenne[5], etc.), il existe une multitude de nouveaux métiers à inventer, alors que la majorité de ceux  d’aujourd’hui sont appelés à se transformer. Mais il y a une condition pour que cette transition soit porteuse d’opportunités : que des formations voient le jour, en temps et en heure, et en nombre suffisant, pour combler les besoins, sans cesse renouvelés, de compétences digitales. "

Or, à l’heure actuelle, aucun système éducatif dans le monde ne semble en mesure de répondre au défi posé.

Selon une étude récente de la Foundation for Young Australians,

  • 71% des jeunes australiens de 15–24 inscrits dans des filières professionnelles (vocational training) se préparent à des métiers menacés à court terme par l’automatisation, l’intelligence artificielle.

Et ce pourcentage est très probablement similaire dans la plupart des pays développés. Par ailleurs, comme le souligne Valerie Hannon[7] dans un récent essai, le dur « apartheid » instauré entre enseignement académique et technique a globalement contribué à détériorer la qualité de l’éducation, du moins dans la perspective de la préparation à la vie active. Quant à la formation professionnelle continue, elle laisse souvent aux grandes entreprises le soin d’assurer leur transition digitale accélérée, via leur corporate universities.

Convaincu de l’urgence de la lutte contre la vague annoncée de destruction d’emplois et le risque de fracture digitale accrue, Olivier prend la direction générale de WebForce3 en septembre 2015 avec la ferme intention de contribuer au déploiement de solutions concrètes, accessibles à tous, de formation aux métiers du numérique, métiers déjà en tension, émergents ou encore à inventer…

Comment WebForce3 se positionne face à ces enjeux / comble ce besoin de compétences et d’emplois ?

Le modèle innovant de WebForce3 s’inscrit résolument au cœur de cette transition digitale, dans une démarche de formation tout au long de la vie, connue de longue date, mais encore peu appliquée.

Alors qu’un jeune sortant du système éducatif en 2030 a pour perspective d’occuper en moyenne 17 emplois au cours de sa vie professionnelle, en suivant tour à tour 5 carrières différentes[8], alors que la frontière entre emploi et formation s’estompera de plus en plus, chacun étant appelé à consacrer sans cesse davantage de temps à se former dans le cadre de son métier, alors enfin que la durée de vie d’une compétence technique se réduit à 2,5 ans en moyenne aujourd’hui (source le Lab RH), il n’est plus possible d’envisager éducation et formation autrement que comme un continuum.

L’idée d’un diplôme initial couronnant des études longues qui vous garantirait des emplois/une carrière à vie est sérieusement mise à mal. La capacité à s’adapter vite en développant sans cesse de nouvelles compétences devient en revanche primordiale.

L’OCDE, dans son Learning Compass 2030, vient ainsi — en plus de « soft skills » désormais très recherchées — de faire émerger trois nouvelles méta-compétences essentielles pour l’avenir dans un monde incertain :

  • Creating New Values,
  • Taking Responsabilities,
  • Coping with Tensions and Dilemnas.

Pour WebForce3, il s’agit donc d’inventer un modèle de formation alternatif, à la fois évolutif et plus inclusif, permettant à chacun de saisir les opportunités que le numérique offre, plutôt que de subir un changement permanent et anxiogène.

Concrètement, WebForce3 privilégie une double approche complémentaire, structurée autour de « shoots » de formation intensive en classe, permettant d’acquérir rapidement des savoir-faire complexes et très demandés, et un perfectionnement continu en ligne, tout au long de la vie.

Une priorité immédiate : l’emploi.

Face au chômage de masse, la priorité pour toute organisation en charge d’éducation-formation est d’œuvrer activement pour permettre à des millions de personnes — quel que soit leur niveau d’études initial — d’accéder aussi rapidement que possible aux compétences digitales les plus à jour, leur permettant d’occuper-retrouver-conserver un poste de travail.

Pour WebForce3, cela consiste à proposer à toute personne motivée, sans prérequis scolaire, des formations intensives (1, 3 ou 6 mois, voire 1 an en alternance) qui préparent de façon très opérationnelle à l’exercice d’un métier en tension ou émergent du numérique, comme ceux de développeur web, de DevOps ou de concepteur intégrateur cyber-sécurité. Il s’agit de déployer des cursus répondant aux besoins actuels des entreprises qui recrutent ; cela implique d’être en veille permanente, de cultiver une réelle proximité avec ces entreprises, d’investir dans la mise à jour des contenus éducatifs plusieurs fois par an (ce qui est loin d’être la norme) et de recruter des formateurs eux-mêmes à jour des technos en vogue, que ce soit Symfony 4 ou les derniers serveurs Cisco. Pour cela, WebForce3 fait appel à des professionnels en exercice, souvent les mieux à mêmes de mettre l’accent sur les pratiques métiers, le travail en équipe, en mode projet, pas uniquement sur la maîtrise des langages de programmation.

Le recours aux communautés en ligne de pairs fait également partie des fondamentaux.

Une ambition : l’accompagnement personnalisé des apprenants sur la durée

Garantir aux individus un accès immédiat à l’emploi et répondre du même coup à la pénurie de compétences digitales ne suffit pas. Encore faut-il que s’ancre en chacun, individus et entreprises, cette culture de l’apprentissage permanent inhérente à l’ère digitale.

S’appuyant sur sa plate-forme en ligne, WebForce3 entend y contribuer de plusieurs façons :

  • D’une part, en permettant à chaque apprenant de constituer son portfolio de compétences (digitales, entrepreneuriales, sociales…), et de garantir l’exactitude de celui-ci auprès des tiers (employeurs, etc.) grâce à une panoplie de fonctionnalités (ancrage mémoriel, etc.) ;
  • D’autre part, en concevant des parcours d’apprentissage, permettant à chacun d’enrichir régulièrement ce portfolio de nouvelles compétences, en fonction de son profil, des compétences déjà acquises, dès que la demande s’en fait sentir sur le marché. Ainsi, un développeur web peut-il se former au framework Symfony (3 mois en classe + 6 mois en ligne) et franchir une étape dans sa carrière. De même, un technicien réseau informatique et télécommunication peut-il se perfectionner dans la cyber-sécurité, une graphiste maîtrisant depuis peu l’intégration web peut-elle d’ores et déjà envisager de se former à la réalité virtuelle et augmentée.

Pour conclure…

Au-delà de l’exemple de WebForce3, une réinvention du secteur de la formation professionnelle continue et de nombreux organismes de formation qui le composent semble bel et bien se faire jour, en France et ailleurs, plaçant les bénéficiaires-stagiaires-apprenants au cœur de dispositifs prometteurs.

Mais chaque nouvelle étape dans cette voie soulève une multitude de questions inédites. Par exemple, quel avenir pour les diplômes, titres et certifications à l’ère de la spécialisation, des micro-compétences évolutives et de la data, mais aussi de la globalisation ? Comment garantir la pertinence d’un portfolio de compétences, sa portabilité et la protection des données personnelles de chacun ? Ou encore, comment permettre à chacun de se repérer dans le foisonnement des initiatives qui voient le jour ?

Quelques unes de ces questions feront l’objet d’articles, d’interview et de compte-rendus de conférence dans les semaines à venir. Directement liées aux questions d’éducation et d’orientation scolaire, chez Pixis nous nous devons de les étudier et de vous en parler !

En guise de dernier mot, nous tenions à adresser de très chaleureux et très sincères remerciements à Olivier, pour sa disponibilité, pour les découvertes qu’il nous a fait faire et pour son engagement au service de l’éducation de demain ! 

Et si les métiers du futur, les 17 objectifs de développement durable et les compétences du 21ème siècle vous intéresse, direction Pixis 

Dernière modification le lundi, 22 octobre 2018
Gaborit Aloïs

Co-fondateur de Pixis (www.pixis.co) je suis passionné par l'innovation au service des grands enjeux du 21ème siècle : je passe mon temps à parler des 17 objectifs de développement durable ! Alors, l'éducation, c'est évidemment, est le meilleur lien entre ces différents et pour co-construire une société plus durable, plus juste et plus responsable :)

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