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« Le lycée est peu impacté par la loi sur la refondation de l’école, pourtant cette rentrée scolaire est très importante pour les Régions » affirme François Bonneau, Président de la Commission Education de l’Association des Régions de France et Président de la Région Centre.
 
Les directives du Ministère de l’Education Nationale et du gouvernement qui font de l’éducation une « priorité nationale » mais également la très nette amélioration des relations sur le terrain entre l’Etat et la collectivité territoriale qui gère les lycées ( il faut reconnaître qu’ici ou là les relations Recteur-Président de Région ont été dans le passé récent à ce point calamiteuses que nombre de proviseurs s’en sont plaint ) se traduisent par des évolutions majeures dans la gestion « des responsabilités partagées où l’Etat et les Régions doivent travailler de manière partenariale, chacune s’engageant dans le cadre de ses compétences. »
 
François BONNEAU prend l’exemple de la carte des formations professionnelles initiales pour laquelle une clarification nécessaire des rôles de chaque partenaire a été apportée par la loi de refondation . Si le Code de l’Education prévoyait que les Régions devaient être consultées dans l’élaboration du Contrat de Plan régional de développement des formations professionnelles, des rectorats, forts du dernier mot qui leur était attribué en cas de désaccord, avaient selon François Bonneau « pris l’habitude de ne plus discuter avec les Régions. »
 
Ainsi, des investissements consentis en faveur de certains équipements ou de certains lycées prévus au CPRDF de 2011ont été réduits à néant à la rentrée 2012 du fait de la suppression massive de postes d’enseignants. Dorénavant, ce sont les Régions déjà en charge de l’apprentissage qui vont arrêter la carte des formations professionnelles initiales , mais pour éviter tout problème , selon une procédure de dialogue dont le déroulement est prévu par la loi . Il faudra bien que les investissements en machines ( financées par les Régions) s’harmonisent avec les moyens en personnels ( gérés par les Rectorats ). Evitera-t-on vraiment tout dérapage ? N’y a t il pas là malgré tout source de conflit ou de blocage ?
 
La loi de refondation de l’école a par ailleurs prévu que la collectivité de rattachement peut au même titre que l’autorité académique , seule à pouvoir le faire jusque là, contractualiser avec les établissements scolaires. Ces contrats d’objectifs dont bon nombre de chefs d’établissement y voyaient des « obligations à sens unique » deviendront rapidement des contrats tripartites permettant « d’articuler les politiques du Rectorat et de la Région dans la traduction que doivent en faire les lycées en direction de leurs élèves ».
Document de nature stratégique, il doit s’appuyer sur un diagnostic partagé, déboucher sur la définition de quelques grands axes, assortis d’indicateurs de suivi. Le numérique éducatif, le décrochage scolaire, l’hébergement et la restauration sont des axes possibles dont les modalités de mise en œuvre doivent déjà dans l’établissement faire l’objet d’un travail d’analyse dans une concertation avec les membres de la communauté scolaire.
 
François BONNEAU prend un deuxième exemple, celui de l’hébergement et de la restauration à la charge des Régions depuis 2005 Il faut « passer des internats d’excellence à l’excellence des internats » déclarait Vincent Peillon .
Plutôt que « mettre en avant la promotion de quelques uns au détriment de la réussite de tous les jeunes », François Bonneau insiste sur la question plus générale de l’hébergement de tous les publics et pas seulement des publics scolaires ( étudiants de post bac, jeunes à risque de décrochage, apprentis, stagiaires …) et sur la nécessité d’améliorer sensiblement la répartition des internats scolaires et la mutualisation de leur accès, d’appuyer la vie scolaire sur l’environnement culturel et associatif, les doter en moyens numériques, de prendre en compte l’existence d’un internat dans la politique de recrutement des chefs d’établissement. Est-ce la définition des internats de la réussite évoqués par le Premier Ministre le 9 juillet dernier ?
 
François BONNEAU évoque les évolutions qui se profilent sur le champ du numérique éducatif et de l’orientation. Dans l’interview qu’il donne à l’An@é pour Educavox ces deux thèmes son abordés.
 
Les efforts financiers des Régions pour équiper les lycées sont très importants ( en moyenne 2,6 élèves par ordinateur en LGT, 2 en lycée professionnel ) et toutes ont investi dans le déploiement d’un ENT. Les ressources pédagogiques et éducatives se sont enrichies . Pourtant les usages du numérique ne se développent que trop lentement en lycée. La question du pourquoi est posée à François BONNEAU. Et surtout des solutions à trouver pour améliorer sensiblement et rapidement la situation. François BONNEAU évoque la stratégie de développement du numérique éducatif globale et cohérente lancée par le gouvernement en décembre 2012, où ce sont une multitude de chantiers ouverts et à ouvrir avec tous les acteurs .
 
Celui de la maintenance dont on sait qu’il est crucial dans les collèges et les lycées est posé ; la loi sur la refondation a redéfini les responsabilités de chacun . Mais il faut régler celui des moyens.
 
Le problème des moyens est également posé sur le chantier de l’orientation. Les Régions en charge de l’apprentissage, et de la gestion des locaux et équipements des lycées se sentent désormais investies de la responsabilité de mener le maximum de jeunes présents sur leur territoire jusqu’à la qualification. Le 2ème projet de loi sur la décentralisation prévoit que si l’Etat garde la définition et la mise en œuvre de la politique d’orientation des élèves et des étudiants dans les établissements scolaires et d’enseignement supérieur, la Région devra « coordonner les actions des autres organismes participant au service public de l’orientation ».
 
La mise en réseau et le pilotage de tous ces services, structures et dispositifs dans le cadre d’un service public régional d’orientation doit répondre à une logique Formation-Orientation-Développement économique-Emploi affirme François BONNEAU. Aquitaine, Bretagne, Centre, Limousin, Pays de Loire, Rhone-Alpes, Auvergne, Poitou-Charente vont expérimenter cette nouvelle mission de coordination des acteurs de l’orientation sur leur territoire durant cette année scolaire.
 
L’ARF souhaite que les Régions soient associées à la lutte contre le décrochage scolaire, dont l’articulation avec la mise en place d’un service public régional d’orientation s’impose. Le futur projet de loi sur la décentralisation prévoit en particulier de donner aux Régions le pilotage des plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs.
 
Partagé entre la volonté d’une forte décentralisation dont on a pu vérifier dans les pays qui ont fait ce choix qu’elle permettait une plus grande efficience des politiques de développement local et un jacobinisme porté par notre histoire garant malgré tout d’une meilleure équité territoriale, le Parlement semble avoir fait le choix d’un rééquilibrage de la place de chacun de ces partenaires qui nécessite un vrai travail de concertation et de programmation. Mais on le voit bien les projets de loi sur la décentralisation à venir font encore l’objet d’âpres discussions au Parlement.
 
Pour l’ARF, la rentrée scolaire 2013, c’est l’an 1 de la refondation de l’école .
 
Mais l’objectif c’est un programme sur plusieurs années. Il faudra poursuivre et à l’horizon se profile la réforme du collège tout comme celle du lycée ?
 
Revoir les programmes, revisiter les modes d’évaluation, adapter les outils pédagogiques et repenser les manuels scolaires ....
 
L’école doit changer Surtout si l’on veut accélérer le développement du numérique éducatif dans le secondaire , garant de l’entrée de notre pays dans la société de la connaissance.

Claude TRAN


Dernière modification le lundi, 10 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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