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La Tribune, organise depuis plusieurs années des Forums Smart City et ce dernier 19 juin, à Bordeaux " Bordeaux CITY LIFE "  pour une vie moins techno centrée mais plus ouverte à ses différentes composantes, plus collaborative et davantage sereine et aidante comme l’indique Jean-Christophe Tortora, le président de ce media traitant en particulier les questions économiques et dont un de ses rôles est d’organiser des débats publics.

Nicolas Florian, maire de Bordeaux, qui accueille à l’hôtel de ville ce forum souhaite qu’il traite, d’une façon collective les enjeux du défi climatique, de la révolution numérique, de l’évolution démographique, de la réforme territoriale, de l’exigence d’un renouveau démocratique, de la jeunesse et de la ville apprenante.

Une matinée de débats axée autour de 4 séquences : "Education et nouvelles technologies", "Métamorphoses urbaines", "Climat, décarbonner notre vie est-il encore envisageable?" et "Ma vie, mon IA, mes données".

La 1ère séquence : Education et  nouvelles technologies

"Apprendre à coder, c'est apprendre à se tromper, c'est très important"

Quelle place faut-il accorder à l'apprentissage du code informatique, et plus largement à la technologie, à l'école élémentaire ?

Cette question était au centre de la table-ronde "Education et nouvelles technologies" lors du Forum Bordeaux City Life, organisé le 19 juin dernier à Bordeaux par La Tribune.

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Ecole volante, drones de cantine, instituteurs robots, tablettes numériques et beaucoup de vélos, d'espaces verts et de brumisateurs : c'est le portrait décoiffant de l'école de demain esquissé par quatre élèves de CM1/CM2 de l'école Achard (Bordeaux Bacalan) en ouverture de l'édition bordelaise de Bordeaux City Life. Avec leur institutrice Caroline Raguin et les équipes du Robot Makers Day, ils ont conçu et programmé un petit robot évoluant dans une maquette du Bordeaux de demain. Une manière de préparer le terrain pour l'accueil à Bordeaux de la Robocup 2020 mais aussi et surtout une illustration concrète de la place du numérique à l'école élémentaire.

"Un exercice de logique pure"

L'apprentissage du code et de la programmation y est en développement et trouve des applications multiples. "On apprend aux enfants à se poser une question et à imaginer un projet collectif et pratique pour y répondre en préparant le monde de demain", témoigne Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers. La société qui a déjà appris à coder à 15.000 enfants dès 7 ans depuis sa création en 2014, propose en région parisienne et à Bordeaux des ateliers ponctuels ou hebdomadaires ainsi que des stages, hors temps scolaire, dans une quarantaine de lieux d'accueil. Elle ne tarie pas d'éloges sur les bienfaits de cet apprentissage pour les enfants :

"Quand on apprend à coder, on apprend à se tromper, c'est très important ! Dans le code informatique, l'erreur n'est pas grave, elle est nécessaire et apprenante. Il est indispensable de se tromper pour s'améliorer. Au fond, le code c'est de la logique pure qui est transférable dans la plupart des matières et des métiers. Mais c'est aussi un moyen d'expression qui permet aux élèves de développe leur créativité."

A Bordeaux, Emmanuelle Cuny, l'adjointe au maire en charge de l'Education, assure avoir pris le virage du numérique : "Classes artistiques, transition écologique et développement durable, lutte contre le gaspillage et initiation au code et aux robots sont des sujets abordés dans les écoles élémentaires bordelaises aujourd'hui." Et les applications sont parfois surprenantes. "Les tablettes numériques sont utilisées à l'école, par exemple, dans les sports collectifs pour identifier les défauts de placement et de coopération au sein de l'équipe", remarque Philippe Morisset, Inspecteur de l'Education nationale à Bordeaux. Pour ce dernier, "plus on monte en âge, plus un enseignement spécialisé dans le code est nécessaire. Mais pour les plus jeunes, le code doit rester un outil pour améliorer l'apprentissage de toutes les autres matières."

Il ne plaide donc pas pour que le code, ou plus largement les nouvelles technologies, deviennent une discipline à part entière.

Claude Terosier, elle, est moins affirmative mais elle cadre les choses :

 "L'enjeu, au fond, est double. Il n'est pas tant d'apprendre à coder que de permettre à l'enfant de développer de nouvelles compétences qui seront utiles dans le monde de demain", ce qu'on appelle aujourd'hui les soft skills ou compétences comportementales. Mais aussi "de donner des clés pour garder le contrôle de la technologie. Aider à comprendre comment ça marche, c'est donner du pouvoir sur cette technologie et c'est fondamental à une époque où l'on observe des dérives et où certains acteurs du numérique ont acquis une influence gigantesque."  

Le risque de fracture numérique

Mais enseigner le code et les bases des usages numériques aux élèves ne fait pas tout, comme le fait justement remarquer Emmanuelle Cuny"Le code doit être démocratisé auprès des élèves mais aussi auprès des parents et des familles pour lutter contre l'exclusion numérique. C'est indispensable !" Un souci pleinement partagé par Philippe Morisset"Le défi fondamental est de faire en sorte que toutes les familles puissent s'engager dans les apprentissages numériques aux côtés des élèves et les enseignants." Il cite en particulier la nécessité d'éduquer les jeunes et leurs familles à l'utilisation des réseaux sociaux : "Pour lutter contre les fakes news et les rumeurs, il faut accompagner les élèves vers l'esprit critique, le croisement des sources et le questionnement de la légitimité de l'interlocuteur."

Les enfants d'aujourd'hui sont les citoyens décideurs de demain et les collectivités locales l'ont bien compris, commençant à bâtir de véritables politiques publiques d'éducation alors qu'elles ont longtemps été cantonnées aux infrastructures (locaux, cantine, chauffage des classes...).

Elles sont aussi confrontés aux évolutions des nouvelles technologiques en tant qu' "employeurs" d'agents municipaux, qu'il s'agit de former aux nouveaux outils. La donne est la même du côté de l'enseignement, qui a des efforts considérables à réaliser. Quel rôle jouera la sphère privée, les entreprises, dans la formation au numérique tout au long de la vie ou dans l'Education nationale ? Philippe Morisset plaide pour une ouverture de plus en plus importante à des compétences extérieures. Selon l'inspecteur académique, les portes commencent à s'ouvrir. Le feront-elles assez vite dans un univers en transformation numérique où tout s'accélère ? Au tournant des années 2000, ce sont Lycos et Altavista qui tenaient le haut du pavé. Quelques années plus tard, ils étaient balayés...  "Chez Magic Makers on a développé une compétence précieuse sur l'apprentissage du numérique et on rêverait de les transmettre au plus grand nombre notamment via l'école", sourit Claude Terosier.

Ainsi en a écrit Pierre Cheminade dans la Tribune.

Et je suggère l’intervention de Jean Viard : "Ne construisons pas nos villes en fonction de nos images du monde d'hier ! "

Invité d'honneur du Forum Bordeaux City Life, le sociologue Jean Viard a partagé ses réflexions sur le thème "métamorphoses urbaines" avec la malice et le brio dont il a le secret. Un plaidoyer pour faire évoluer nos modes de représentation de la ville et du vivre-ensemble au risque d'aller au-devant de grandes désillusions. Morceaux choisis.

"Si on ne modifie pas nos modes de vie, les gens auront peur et vont paniquer. On a rarement vécu de période aussi violente qu'aujourd'hui alors qu'on est au sommet de 70 ans de paix en Europe [...]", lance le sociologue et écrivain Jean Viard.

Ce sociologue et chercheur en sciences politiques réputé, directeur de recherche au CNRS, prospectiviste et éditeur, explore depuis des années deux notions qui lui sont chers : l'archipel et les temps sociaux. Jean Viard est aussi un ancien élu local marseillais et candidat défait aux élections législatives de 2017 sous l'étiquette LREM.

No future

Démographie, usages, cellule familiale, temps de travail... Décrivant à grands traits les évolutions profondes de notre société ces dernières années, l'auteur notamment de l'essai "Une société si vivante" (Editions l'Aube, 2018)) nous appelle à revoir notre manière d'appréhender l'avenir et de façonner la ville. 

"Nos habitudes, nos repères, nos familles sont bouleversées. Ne construisons pas le monde, le logement et la ville en fonction de nos images du monde d'hier !", alerte-t-il avant de développer : "D'un côté, 60 % des enfants naissent hors mariage, de l'autre, on est quatre milliards d'êtres humains sur les réseaux sociaux. Ces deux chiffres sont au cœur du monde qui naît aujourd'hui : on a choisi de devenir des individus autonomes et décidant mais on fait communauté sur Internet !"

Pour autant cette individualisation de la société et des comportements n'a pas apporté l'optimisme, bien au contraire, selon Jean Viard :

"Les gens ont le sentiment non pas qu'ils vivent plus mal mais qu'ils n'ont plus d'espérance. C'était ça les Gilets jaunes. Demain, il n'y a plus de changement, plus de paradis, plus de mythe révolutionnaire... Demain, ça va se réchauffer, il y aura des problèmes aux frontières, il y aura une fracture numérique : qu'est-ce qu'il y a de désirable demain ? 70 % des Français pensent qu'on vivait mieux hier et seulement 3 % qu'on vivra mieux demain. Ce n'est pas vrai mais c'est la conviction dominante. On a perdu notre futur !"

Nous vous invitons à retrouver en images les temps forts de l'événement ainsi que les articles de la rédaction que nous remercions pour leurs partages sur Educavox.

L’un traite de Bordeaux City Life : vers une ville plus verte, plus saine, plus accueillante, le second s’intitule  Bordeaux City Life : Apprendre à coder, c'est apprendre à se tromper, c'est très important et le dernier compte-rendu est consacré à l’intervention du sociologue Jean Viard : "Ne construisons pas nos villes en fonction de nos images du monde d'hier !

Dernière modification le jeudi, 27 juin 2019
Desvergne Marcel

Citoyen numérique mobile, vice-président de l’An@é, responsable associatif accompagnant le développement numérique. Directeur du CREPAC d'Aquitaine,  Délégué général du Réseau international des universités d'été de la communication de 1980 à 2004, Délégué général du CI’NUM -Entretiens des civilisations numériques de 2005 à 2007, Président d’Aquitaine Europe Communication jusqu’en 2012. Président ALIMSO jusqu’en 2017, Secrétaire général de l’Institut du Goût de la Nouvelle-Aquitaine.

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