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Dans un monde où l’information instantanée prévaut, quelle place pour la réflexion partagée ? Comment passer de la transmission et de la diffusion de l’information à l'engagement véritable ? Mercredi 13 septembre, le Digital Society Forum engageait le débat autour d’Eloi Choplin qui animait cette rencontre[1].

Brigitte Dumont directrice  RSE Groupe orange situait ces rencontres dans le cadre de la politique de responsabilité sociale du groupe Orange engagée dans la recherche de solutions pour aider la société et les clients d’Orange à intervenir dans les changements qui nous touchent, notamment en tant qu’acteur de la transformation numérique (on s'interroge sur l'impact du numérique sur nos vies) ou dans la lutte pour l’environnement, contre le changement climatique : comment moins consommer et moins émettre ?

L’engagement : pourquoi, comment ?

Audrey Pulvar, journaliste-écrivain est désormais présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH, anciennement Fondation Nicolas Hulot à qui elle succède).

Intervenant sur les questions liées à l'environnement, la nouvelle présidente souhaite élargir l’action de l’ONG vers un engagement citoyen dans le domaine politique où l’on déplore la désaffection des électeurs pour la chose politique. Elle a choisi d’aller plus loin dans l'engagement pour se mettre au service de la communauté.

A cet effet, la FNH vient de publier un ouvrage "Répondons présent" qui propose 120 propositions de 150 ONG pour une société plus solidaire.

2017 09 13 17.31.21Pointant les inégalités environnementales et la marginalisation d’une part croissante de la population (11 millions de français ne sont pas connectés à Internet), Audrey Pulvar veut être utile. Elle a choisi le métier de journaliste avec passion et abnégation, mais ne se sent plus très à l'aise dans le métier tel qu'il est devenu. La liberté n'a pas de prix mais cela a un coût : « Je suis devenue la personne que je voulais être » déclare-t-elle. En raison des prises de position politiques de la FNH elle s’est sentie obligée d’abandonner la profession de journaliste.

Aujourd’hui, la vérité n'intéresse plus grand monde. Ce qui intéresse c'est l'impact, le nombre de clics, de followers. Avec le numérique, il faut être attentif aux dangers de la prise de contrôle des données personnelles qui permettent un marketing politique, et la concentration de moyens d'enseignement par des grandes entreprises mondiales. La réponse à ces questions est citoyenne.

Il y a une action à mener auprès des jeunes pour qui le web est la source d’information principale dont ils ne vérifient pas toujours la véracité : mais les medias classiques ne se sont pas assez investis sur le web et sur l’attitude des jeunes.  Pour Audrey Pulvar, le web devrait être régulé en raison de l'impact majeur qu'il a sur la formation de l'opinion. On connaît la puissance des algorithmes pour manipuler l'opinion en proposant des contenus qui font du buzz et qui sont ceux qui attisent la haine, la polémique, l'invective. Les solutions sont forcément européennes, transversales et mondiales.

Valérie Peugeot, sociologue, est en charge des questions de prospective au sein du laboratoire de sciences humaines et sociales d’Orange Labs Sense (Sociology and Economics of Networks and Services) et membre de la CNIL. Elle conçoit son rôle comme une manière d’aider l'entreprise à prendre du recul pour penser la société en mouvement en apportant un regard critique qui aille au delà de sa vision du monde nourrie par différents acteurs, consultants, medias. Comment fait-on évoluer nos choix individuels pour participer à la transition écologique? Sense emploie 25 chercheurs, sociologues, anthropologues, écologistes, ergonomistes, économistes, socio économistes, data scientistes... Ce laboratoire participe aussi à la détermination des thématiques du Digital Society Forum dont le fil rouge est : "En quoi le numérique change notre vie ?"

2017 09 13 18.13.43Le temps de la recherche est long, or aujourd’hui tout s'accélère : la décélération fait partie des solutions en essayant d’éviter de foncer tête baissée. Il y a deux grandes questions devant lesquelles on ne peut pas reculer : "Liberté sécurité" et la "transition écologique". Nous avons un chemin très étroit à inventer avec le numérique dans ces deux domaines. Nous mettons en place des dispositifs techniques qui doivent être encadrés et maîtrisés afin d'éviter des excès qui pourraient être exploités par de mauvaises mains. Ne soyons pas les fossoyeurs de nos libertés publiques !

Didier Pourquery, directeur de la publication The Conversation France déclarait « écrire pour ses lecteurs, et non pour ses confrères ». C'est le partage qui est le vecteur de son choix, car vulgariser n’est pas un gros mot, il signifie écrire en langue vulgaire, par rapport au latin. Il faut donc aussi s’adresser aux jeunes qui sont curieux et généreux et qui sont en priorité sur le numérique.

The Conversation est une plate forme de partage de savoirs scientifiques pour éclairer le débat public, elle est gratuite, sans but lucratif, animée par des universitaires, membres d’écoles de recherche, membres bienfaiteurs, entreprises etc. Elle compte parmi ses auteurs 44.000 enseignants chercheurs, dont 1.300 en France. Son nom ne doit pas prêter à confusion, car The Conversation a été fondée en Australie en 2011 et son réseau est présent dans de nombreux de pays, récemment en Indonésie. Mais, pourquoi des entreprises partenaires ? On cite l’exemple de Météo France dont un ingénieur vient de faire un article sur l’ouragan : ces signatures ont du poids par rapport au problème des « fake news ». On rend disponible le savoir des autres. Cela fonde la confiance dont les medias souffrent actuellement. The Conversation se définit comme un « slow media » qui publie dix articles par jour concentrés sur l'actualité en général et sur l'actualité de la recherche. Certains articles ont une énorme répercussion, comme ce papier sur l'autisme qui a été lu par 200.000 personnes en français.

Logo dinformation The Conversation 0 618 402Les articles de The Conversation ont l’ambition de savoir parler de sujets très complexes de manière accessible à tous les médias (y compris Facebook) à condition d'être reproduits en entier en citant la source. De nombreux articles sont repris par la presse nationale ou régionale. Un papier sur les processus de radicalisation a fait 150.000 vues et a révélé une chercheuse méconnue des medias. Forts de leur expertise universitaire et de leur exigence journalistique, les auteurs sont des passeurs soucieux de la qualité de ce que l'on passe. Sur The Conversation on ne publie pas de commentaire, pas d'opinion, pas de tribune. Il est important de s'appuyer sur une politique de label et de marque pour qualifier l'information.

Comment devient-on passeur de savoir avec la Génération Why ?

Viviane de Beaufort, est professeur à l'ESSEC, fondatrice des Women Exec Programmes. Elle s’est engagée, forte de l’adage : « Si tu as plus, tu dois donner plus » qui est son dogme naturel. C’est d’abord un engagement pour l'Europe, puis un engagement dans le professorat par choix, car elle croit à la pédagogie et à l'éducation.

2017 09 13 19.00.14Elle croit aussi en la Génération Why dont elle fait l’apologie : cette nouvelle génération pose des questions (ce sont les enfants des baby boomers), ils sont différents de la génération Z qui sont des zappeurs (les petits frères des Y : why en anglais). Si les professeurs les trouvent infernaux, Viviane de Beaufort les trouve miraculeux : ils sont citoyens du monde, bien plus informés que nous aux même âge, ils ont été placés sur un piédestal par les parents qui les ont valorisés. Ils appartiennent à des associations, ils font leurs études, sont engagés en interne entreprise ou en externe. Avec eux, il ne faut pas jouer la hiérarchie, mais être exemplaire. Ils ont pris conscience que le monde est un « bordel » et ils cherchent des valeurs, ils ont besoin d'exemples auprès de mentors.

Cependant, ce modèle ne touche pas tout le monde, car ceux dont on parle fréquentent les grandes écoles. Alors Viviane de Beaufort monte des formations bénévoles pour des jeunes entrepreneurs extérieurs issus d'autres milieux, elle anime un Club "génération startupeuse" à Montpellier en confrontant des expertes pour aider des jeunes à créer leur startup. 

« La vraie question est : comment faire travailler ensemble les générations, notamment au sein de l'entreprise? Je crois au "cross mentoring" (mentorat croisé ndlr), car quand on travaille sur des objets communs, on donne le meilleur de soi. Il faut faire des hackathons et des women hackathons. Il ne faut surtout pas oublier le Fun qui est très important au travail pour les jeunes : il faut les écouter, il faut s'en inspirer, il faut les aimer et ils vous le rendent cinquante fois.

Le système français est trop vertical, hiérarchique : je fais un blog sur la citoyenneté, la gouvernance, sur l'Europe, car le blog est interactif, ce qui n’est pas le cas d’un MOOC. Je me suis mis à utiliser une carte Trello, excellent outil de travail collaboratif conseillé par ma fille ! Nous sommes tous acteurs du nouveau monde en travaillant de manière collective ».

A propos du Smartphone, Viviane de Beaufort s’exclame : « Je n’interdis pas le Smartphone à mes étudiants : ce n'est pas la peine d'essayer de les empêcher d'être ce qu'ils sont, il faut au contraire profiter de leurs talents. »

Michel Perez

Président de l'An@é

[1] Educavox est partenaire du Digital Society Forum

Dernière modification le mardi, 14 novembre 2017
Perez Michel

Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative. Président national de l'An@é.

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