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Dans le rapport qu'elle présente à George Pau-Langevin le 26 septembre 2013, Pour un acte II de la vie lycéenne, la députée du Nord Anne Lise DUFOUR -TONINI fait le constat de l'essoufflement de la vie lycéenne et plus particulièrement de la démocratie participative au sein des EPLE, instituée par la loi d'orientation de 1989.

Elle cite d'ailleurs les termes de l'état des lieux établi par l'IGEN EVS Pierre Saget dans son rapport :

« Les élèves viennent d'abord au collège ou au lycée pour acquérir des connaissances et des compétences et non pour s'investir dans la vie de l'établissement. En général, ils ne manifestent pas un fort sentiment d'appartenance à leur établissement et participent peu aux activités éducatives qui y sont organisées. Faute d'un encadrement coordonné de la part des personnels d'enseignement et d'éducation, les instances telles que le CESC et le CVL sont souvent peu connues, voire ignorées par une majorité des élèves qui, en outre, estiment que leur parole n'y est que très faiblement prise en considération. »

Le constat sombre qu'elle décrit appelle à une mobilisation des acteurs en particulier pour que les textes règlementaires pourtant « précis et suffisants » soient mieux connus des acteurs et particulièrement des élèves.
Tous les acteurs sont concernés pour faire vivre activement la démocratie lycéenne mais s'il en est un dont l'engagement est essentiel, c'est bien le chef d'établissement.
Ses auditions et ses visites l'ont convaincu que, « l'application d'une réglementation d'une part mais aussi et surtout la définition d'une politique éducative qui introduit la parole de l'élève et qui promeut la démocratie dans l'établissement scolaire d'autre part, reposent sur la conviction et l'engagement du proviseur. Ce constat revient invariablement dans toutes les auditions. Au-delà des missions qui sont définies dans le décret du 30 août 1985 maintes fois remanié et désormais codifié, le chef d'établissement est celui qui a autorité pour réduire les résistances et lever les obstacles. Il le fera d'autant mieux qu'il sera convaincu du bien-fondé de cette démarche et préparé à son pilotage.

La mobilisation de l'encadrement passe par une place donnée à la vie lycéenne dans la formation initiale comme dans la formation continue des personnels d'encadrement et notamment des personnels de direction.
L'introduction de la prise en compte de la vie lycéenne dans la lettre de mission du proviseur est à la fois un moyen d'en reconnaître l'importance mais aussi une modalité pour amener le destinataire à en faire un objectif de travail. »

Le lycée Condorcet à Paris, à entendre les élèves élus au Conseil d'Administration, au Conseil de la Vie Lycéenne et à la Maison des Lycéens, ne déroge pas à la règle : ils l'ont maintes fois répété lors de la visite de Najat Vallaud Belkacem : l'écoute, le soutien appuyé et constant du Proviseur, qui sait valoriser les élus lycéens sont les conditions d'une vie lycéenne active et harmonieuse.

Christiane BORREDON aura d'ailleurs peu parlé lors de cette visite laissant aux élèves élus le soin d'exposer à la ministre les projets qu'ils développent et les modalités de fonctionnement d'institutions qu'ils ont investies avec détermination et compétences.

Alors pas de surprise à écouter Elie, élève de terminale exposer la stratégie de communication du CVL dont il a la charge ; ou Aurore, expliquer pourquoi les élèves sont en première ligne lors des campagnes d'information sur l'orientation, ou Ines exposer auprès des élèves de seconde les actions de la Maison des Lycéens pour susciter des vocations d'engagement .

 

Mais est-ce si facile à mettre en place ?

En donnant la parole au proviseur, et aux élèves élus dans ce reportage on peut mesurer combien l'investissement des personnels de direction, d'éducation et enseignants facilite l'apprentissage d'une citoyenneté responsable au lycée.
Mais combien de lycées où la vie lycéenne est une réalité telle que les textes la permettent ?

S'adressant le 7 octobre aux 250 lycéennes et lycéens élus des Conseils académiques de la vie lycéenne (CAVL) et du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) réunis au Lycée Louis Le Grand Najat VALLAUD-BELKACEM a reconnu une réalité qu'elle qualifie de décevante.

« Trop nombreux sont les lycées qui ne prennent pas en compte les textes règlementaires. Dit-elle, Trop nombreux sont les lycées dans lesquels la vie lycéenne, la démocratie lycéenne, ne sont que des mots dépourvus de sens. Il y a, devant cette situation, de quoi se sentir découragé

Oui, face au désert que constitue parfois la vie lycéenne dans certains établissements, je pourrais vous parler de ces conseils qui ne sont jamais consultés, de ces élèves qui se retrouvent avec des absences injustifiées alors qu'ils exercent le mandat que leur ont confié leurs camarades, de ces réticences qui continuent d'exister de la part de certains ».
Les textes, « souvent ignorés doivent étre appliqués »

« Cela passe par la publication, dès la fin de l'année, d'une circulaire dédiée à la vie lycéenne, pour mobiliser les académies, les corps d'inspection et les chefs d'établissements. Je leur rappellerai non seulement le cadre réglementaire, mais aussi les bonnes pratiques à encourager en matière de vie lycéenne....Certains chefs d'établissements parviennent à trouver, chaque semaine, deux heures pour faire vivre la démocratie lycéenne ! »

D'ores et déjà la ministre a « décidé, en 2015, de doubler le montant des ressources allouées à la vie lycéenne, en passant de 500 000 à 1 million d'euros » puis en 2016 à 1.2 millions d'euros.
Ces fonds seront destinés à la vie lycéenne « en créant une ligne budgétaire spécifique » et leur gestion sera assurée avec les élus lycéens pour financer des projets selon une procédure d'appel à projets :

« vous, élus lycéens, fixerez les cahiers des charges, vous, élus lycéens, choisirez les projets, et vous, élus lycéens, allouerez les crédits. »

Pour accompagner les CVL au quotidien dans la réalisation de leurs projets la Ministre a également décidé « que chaque lycée pourra faire appel à deux volontaires en service civique » En tout, ce sont donc 5 000 jeunes volontaires sur l'ensemble de la France qui pourront intervenir dans les établissements qui le souhaitent.

Enfin, « le portail APB permettra désormais de faire valoir les compétences développées par les lycéens engagés » car précise la ministre:

« un élève ne se résume pas à des notes ! Ses compétences ne se réduisent pas à des examens ! Votre engagement vous caractérise aussi et doit être reconnu ! »

C'est donc bien à l'usage que l'on mesurera combien l'esprit et la lettre des textes règlementaires se seront rejoints.

Claude TRAN

Dernière modification le samedi, 10 octobre 2015
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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