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C’est là tout à la fois le titre d’un avis du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) pris le 28 mai 2019* et le thème des rencontres de l’éducation populaire organisées en Lot et Garonne par la Ligue de l’Enseignement de Lot et Garonne, le CESE, le Conseil Départemental de Lot et Garonne, Madame la préfète de Lot et Garonne, la Maison de l’Europe, les PEP47, l’OCCE et les Francas. La manifestation devait se tenir en présentiel à Agen dans les locaux de l’Enap mais les circonstances en ont décidé autrement et elle a réuni 140 personnes en visio conférence ce mercredi 4 novembre.

Ces rencontres ont été remarquablement animées par Messieurs Jean Karl Deschamps et Christian Chevalier co rapporteurs de l’avis du CESE.

Les constats

L’éducation populaire est peu connue, peu visible ou considérée comme vieillotte …et pourtant terriblement moderne.

Pour preuve, aucun avis du CESE n’avait été rendu sur ce sujet alors qu’un bon tiers de ses membres est actif dans l’éducation populaire ou a un fort lien avec elle.

L’éducation populaire s’inscrit dans une longue tradition d’innovation sociale et sociétale : les bibliothèques à l’école c’est elle, la pénétration du cinéma dans l’ensemble des villes et villages c’est elle ; elle aussi les colonies de vacances, elle encore la transformation du droit aux congés payés en droit aux vacances avec la création de villages de vacances…Plus près de nous, les services civiques c’est toujours elle.

L’actualité redonne de la modernité aux démarches de l’éducation populaire. La question du fonctionnement démocratique a pris aujourd’hui une acuité toute particulière avec la crise  des « gilets jaunes », les manifestations pour le climat, avec des phénomènes comme « Nuit debout », l’investissement de tiers lieux…Ce sont là des marques fortes d’une exigence d’émancipation, de participation au débat démocratique, d’écoute, d’action, exigence de dire ensemble et de faire ensemble. Ces formes d’action utilisent et réinventent tout ou partie de la démarche de l’éducation populaire qui reconnaît la capacité à chacune et chacun de s’exprimer, de débattre, de partager sa propre expertise dans le cadre d’un projet collectif inscrit dans un territoire donné.

Dans ce contexte de crise et de tension sociale inscrites dans la durée, ni la puissance publique de l'État, ni les collectivités, ne sont en capacité de résoudre seules les multiples problématiques posées. Les mouvements d’éducation populaire constituent donc un point d’appui des politiques publiques en matière sociale.

L’éducation populaire est difficile à définir tant elle est multiforme.

Les rapporteurs ont choisi de la caractériser par des constantes, des identifiants forts :

- la finalité transformatrice de la société ;

- l’objectif de contribuer à l’émancipation individuelle et collective ;

- l’attachement à une pédagogie active reposant sur le principe que chaque personne est porteuse de savoirs, tous étant sachants et apprenants ;

- la reconnaissance du droit à l'expérimentation, au "tâtonnement" dans son rôle de laboratoire de l’innovation sociale ;

- le portage des actions par des structures à but non lucratif dès lors qu'elles s’inscrivent dans une visée d'’intérêt général ;

- l’attachement au développement de la qualité de vie sur les territoires.

Le caractère multiforme de l’éducation populaire.

Elle s’intéresse aussi bien aux questions de santé, de prévention, d’éducation, d'engagement citoyen et de pratique démocratique, de petite enfance, de culture, d'environnement, d'appropriation du numérique, qu’aux sciences, aux techniques, aux sports, aux activités ludiques, etc. Son rôle est majeur dans certains secteurs de l’action publique comme celui des politiques de jeunesse et du temps libre par exemple.

Elle agit dans de très nombreux secteurs : l’éducation, la culture, le sport, le numérique, le lien social, la solidarité, le médico-social, le socio-culturel, l’économie sociale, la citoyenneté…

Elle mobilise une pluralité d’acteurs : associations, collectifs, fondations, certaines mutuelles et coopératives, comités sociaux et économiques, syndicats, Comités d’entreprises, devenus aujourd’hui Comités Sociaux et Économiques (CSE), partis politiques…

Les difficultés actuelles de l’éducation populaire.

  • Une importante baisse de la part des subventions publiques qui ne représentent plus que 20% des ressources associatives en 2017 contre 34% en 2005 dans les budgets des acteurs de l’éducation populaire.
  • Une modification de l’attribution des fonds publics : les appels d’offres et appels à projets permettent aux décideurs publics d’être à l’initiative et responsables des projets puisque ce sont eux qui les pensent et les formatent ce qui n’est pas le cas des subventions puisque, selon la loi relative à l'économie sociale et solidaire (ESS), celles-ci sont des « contributions » des pouvoirs publics à des « actions, projets ou activités » dont ils n’ont pas l’initiative.
  • Beaucoup de structures de l’éducation populaire se vivent comme des prestataires de service pour des questions que les pouvoirs publics ne veulent pas ou ne peuvent pas traiter. Ceux-ci reconnaissent volontiers les actions de l’éducation populaire sans pour autant en faire la promotion.
  • Un trop faible renouvellement de la gouvernance. Il est du à un  bénévolat de plus en plus ponctuel et à l'immobilisme de certaines structures.
  • Un manque de visibilité de l'éducation populaire et une mauvaise connaissance de la réalité de l’action de l’éducation populaire.
  • Une absence de politique publique pérenne en faveur de l’éducation populaire alors que son action nécessite de s’inscrire dans la durée pour pouvoir être efficace.

Les préconisations du CESE

Les travaux du CESE ont conduit à l’élaboration de 20 préconisations aux pouvoirs publics. Ces préconisations sont issues de compromis entre les sensibilités différentes qui composent le CESE et ont été votées à une très large majorité : sur 175 votants, 166 pour, 5 contre et 4 abstentions.

Jean Karl Deschamps et Christian Chevalier ont choisi de présenter et illustrer certaines d’entre elles sans être exhaustifs.

Pour permettre un meilleur investissement dans les politiques publiques  et contribuer à réconcilier la société :

  • Préconisation 3 : un renforcement significatif des moyens humains et financiers de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP).
  • Préconisation 4 : création d’un fonds de soutien à l'innovation et à l'expérimentation. Il aura notamment pour mission de susciter, de repérer et d'accompagner les projets, les actions ou les démarches innovants de l'éducation populaire.
  • Préconisation2 : nomination de façon pérenne auprès du Premier ministre, d’une ou d’un délégué interministériel à l’éducation populaire.

Pour développer le lien social et conforter la citoyenneté :

  • Préconisation 9 : pérennisation et dotation de moyens suffisants pour le dispositif des Fabriques d'initiatives citoyennes.
  • Préconisation 6: un plan de relance des PEDT (projet éducatif de territoire) en en faisant un outil au service de la réussite éducative de chaque enfant et de chaque jeune.
  • Préconisation 8: la relance des colonies de vacances et des classes de découverte par la sécurisation de leur cadre juridique et administratif et le retour à un niveau de financement public permettant le départ de chaque enfant au moins trois fois durant sa scolarité.

Pour sécuriser le modèle économique de l’éducation populaire :

  • Préconisation 11: le recours à la convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) comme mode de financement de l’activité des organisations d'éducation populaire.
  • Préconisation 13: maintien du cadre fiscal spécifique aux organisations d'éducation populaire.

Pour former les acteurs de l’éducation populaire et reconnaître leurs compétences :

  • Préconisation 14 : fournir une offre de formation initiale et continue aux métiers relevant de l'éducation populaire adaptée aux besoins.
  • Préconisation 16 : un investissement fort dans la formation des bénévoles en abondant significativement le Fonds de Développement de la Vie Associative (FDVA).

Pour permettre un meilleur engagement  et contribuer à une meilleure gouvernance :

  • Préconisation 20 : inciter les structures de l'éducation populaire à limiter, pour leur dirigeantes et dirigeants, à trois le nombre de mandats consécutifs ou à neuf ans, à favoriser l'accès des jeunes et à garantir la parité dans leurs instances statutaires.

Pour tout à la fois réhabiliter l’éducation populaire et faire société :

  • Préconisation 1 : engagement d'un plan national volontariste dont l'objectif sera de faire vivre sur tous les territoires, en priorité les plus fragiles, au moins un équipement pluridisciplinaire, lieu de rencontres, de partage et de débat, en mobilisant pour cela les organisations d'éducation populaire de ces territoires.

Cette conférence à deux voix complémentaires s’est achevée  sur cette dernière et forte préconisation d’un outil au service de la vie d’une démocratie participative, de la co-construction de projets communs, de la lutte contre la segmentation de la société, de la citoyenneté active… et dans lequel l’éducation populaire trouve toute sa place. Pas étonnant alors que ce soit en réalité la première des préconisations du CESE.

*Télécharger le PDF - L'éducation populaire, une exigence du XXIeme siècle

La visio conférence

 

Cette visioconférence s'est tenue le 4 novembre 2020, en remplacement des " Rencontres de l'éducation populaire " à Agen et de l'Université populaire à Marmande

Merci à BruneauTarreau, Délégué général Ligue de l'enseignement Lot-et-Garonne

pour la mise à disposition de la vidéo

Dernière modification le vendredi, 13 novembre 2020
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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