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Animer un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles (APP) produit des effets de subjectivité sur les membres du groupe qui le constituent. Ces effets sont dus aux diverses modalités d’une expérience de la parole structurée par le langage : narration, témoignage, évocation, questionnement, élaboration de propositions… Ils agissent et se produisent également sur le formateur qui anime des groupes d’APP. Une possible élucidation de ces effets se trouve dans les diverses relations transférentielles et contre transférentielles qui se mettent en place dans le « tourbillon »[1] des relations intersubjectives qui se tissent.

1. Prolégomènes : la singularité de l’animation d’un groupe d’APP

Qu’induit l’expression « contrôle » ? Il s’agit de repérer et d’analyser ces effets de subjectivité produits dans sa pratique professionnelle par le travail avec les stagiaires, du fait même que ces derniers sont également en réflexion et susceptibles d’un « bougé subjectif ». Ce changement de point de vue est provoqué par l’expérience de l’Analyse des Pratiques Professionnelles. Il est fréquent que les stagiaires comme le formateur ne repèrent pas et n’identifient pas ces effets lors de cette expérience. Le contrôle est un bon moyen de les dégager et de les porter à leur conscience. En ce sens, il constitue un instrument de formation et un étayage, permettant d’éviter les effets indésirables de certaines formations inconscientes liées aux frottements de l’intersubjectivité et à l’émergence de symptômes qui peuvent faire souffrir.

« Le contrôle » s’impose donc du fait des responsabilités prises par les formateurs qui animent des groupes d’APP, quels qu’ils soient. De ce point de vue, chaque acte professionnel qu'un formateur exerce dans ce cadre, notamment quand il parle, peut être considéré comme une « interprétation », au sens analytique du terme. C'est "un acte analytique"[2] produisant des effets. L’analyse des pratiques professionnelles produit des effets dont l’animateur peut apprendre à « faire avec » en les travaillant.

Le contrôle pourrait être assimilé ici à une méta-analyse des pratiques professionnelles et il en constitue, à ce titre, une garantie.

La Supervision une autre version d’un contrôle :

Comme précédemment, la supervision est un dispositif de formation professionnalisant. La supervision met en place un ensemble d’opérations critiques (observation, analyse, jugement, intervention) par lesquelles une personne en situation de responsabilité dans un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles cherche à améliorer la qualité de son acte professionnel ainsi que celui des personnes dont elle est responsable. L'objectif est d'assurer la plus grande cohérence possible entre les référentiels en jeux, notamment théoriques, et sa pratique. Ses principes fondamentaux sont la réflexion, l’intégration et la conceptualisation d’un contextes professionnel complexe : l’animation d’un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles.

2. Histoire brève du contrôle : un enjeu d’école

Une des formes inaugurales du contrôle, même si cette pratique ne portait pas alors ce nom, trouve sa source dans le fameux « cas du petit Hans », développé par Freud dans Cinq psychanalyses en 1935. Le petit Hans, de son vrai nom Herbert Graf souffrait d’une phobie qui l’empêchait de sortir de chez lui, tant il avait peur des chevaux[3]. La cure du petit Hans a été conduite par son propre père, Max Graf, sous le contrôle de Freud qu’il rencontrait régulièrement pour faire état de ses avancements et de ses difficultés.

1910 

Création de l’IPA (International Psychoanalytical Association) ou API (Association psychanalytique internationale). Elle est créée par Freud sur proposition de Sándor Ferenczi. Carl Gustav Jung en sera le premier Président.

1919

Le terme « contrôle » est utilisé pour la première fois par Freud en 1919 dans un article intitulé « Doit-on enseigner la psychanalyse à l’université ? ». Selon lui, cette nouvelle pratique est proche d’un acte de formation. Elle doit être centrée sur l’interrogation et l’autocritique.

1920 : L’Institut de Berlin

En 1920 apparaît le dispositif de « l’analyse de contrôle » avec la création de l’Institut de Berlin par Karl Abraham. Cet Institut se situe dans une clinique dans laquelle il est question de former les jeunes psychanalystes débutants. Ce contrôle a eu pour premier objet une fonction de surveillance. L’analyse de contrôle manifestait la volonté institutionnelle de protéger les patients des erreurs possibles de débutants inexpérimentés. Elle fut alors obligatoire et visa un objectif de formation. Pour Freud, cette formation se caractérisait avant tout par la nécessité de se questionner plus que par celle d’adhérer à un modèle proposé par l’institution. Au contraire, il importait pour lui d’aider le jeune psychanalyste à se dégager des identifications, qui étaient d’ordre spéculaire et donc aliénantes, à son propre analyste ou à l’ordre institutionnel auquel il appartenait.

1926 : SPP Société Psychanalytique de Paris, fondée par Marie Bonaparte.

1931 : L’École Hongroise de Budapest (créée en 1913)

L’École de Budapest a été créée par Sándor Ferenczi en 1913. Vilma Kovacs, membre de cette école, fonde avec son mari la Polyclinique de Budapest en 1931. Analyse de contrôle et analyse didactique sont au centre des questions. À Budapest, l’accent est mis sur l’analyse du contre-transfert des psychanalystes. La question de la formation y est également présente. Voici ce qu’écrit Vilma Kovacs dans un article intitulé « Analyse didactique et analyse de contrôle »[4] et dans lequel elle insiste sur la nécessité que l’analyste didacticien puisse entendre la pratique de son analysant candidat :

Il est plus facile de décider du terme d’une analyse dans le cas où il s’agit de traiter un patient que dans celui où il s’agit de former un candidat. Lorsque les symptômes du premier ont disparu, qu’il a acquis la capacité d’adaptation à la réalité, on peut dire qu’il a obtenu tout ce qu’il pouvait attendre de l’analyse. Quant à nous, une fois ce résultat obtenu, nous pouvons le laisser partir sans plus d’inquiétude. Mais cela ne le qualifie aucunement pour analyser qui que ce soit, même s’il en est intellectuellement capable. Le but de l’analyse didactique est de révéler au candidat, en faisant accéder à sa conscience les tendances libidinales jusque là refoulées et en lui faisant faire ainsi connaissance avec la structure de son caractère, la nature première et fondamentale de sa personnalité. Elle doit aussi lui révéler ce qui, sans être fondamental, est pourtant très important, soit une espèce d’adaptation au monde extérieur qui, bien souvent, ne fait que dissimuler sa véritable personnalité sous un masque rigide. L’analyse doit relâcher l’humanité étroite, rigidifiée à force d’habitude et de comportements automatiques du candidat, elle doit lui faire voir les multiples potentialités qui sommeillent en lui. Il pourra ainsi acquérir assez d’élasticité[5] pour pénétrer les difficultés de patients dont le caractère est totalement opposé au sien.

Jusqu’où nous est-il possible de réaliser cet idéal ? – c’est là ce que l’on ne peut mieux découvrir qu’une fois que notre candidat est chargé de ses premiers patients. Cela, je crois, ne peut se faire tant que son analyse n’a pas atteint le point où son intérêt n’est plus focalisé sur lui-même mais l’est sincèrement sur le monde extérieur. Ce qui implique que le transfert a été découvert jusqu’à ses sources infantiles, et que donc son désir d’être normal ne signifie plus identification à l’analyste didacticien, mais une activité sublimée indépendante de l’analyste. Si le candidat poursuit son analyse tandis qu’il commence à analyser des patients, alors les deux fragments parallèles du travail éclaireront ces facettes de sa personnalité qui avaient jusque là reçu trop peu d’attention, voire même aucune, ou qui du moins ne s’étaient encore jamais manifestées de façon aussi éclatante. Toutes ses qualités, bonnes ou mauvaises, ainsi que ses faiblesses, sont mises à jour ; par exemple, son incapacité à être objectif, à supporter la critique, sa vanité, son impatience, la tendance à ne remarquer que ce qui est en sa faveur et à négliger les accusations sérieuses que le patient porte contre lui, mais qu’il n’ose exprimer directement ; l’indélicatesse qui satisfait ses pulsions sadiques ou masochistes qu’il n’a pas su maîtriser ; sa dureté ou au contraire une sympathie et une tolérance excessives. Tout cela procure une occasion de montrer à l’élève la bonne façon de manier le contre-transfert, l’un des facteurs prédominants dans le travail analytique. 

1953 : SFP (Société Française de Psychanalyse)

Jacques Lacan a fait partie de la Société psychanalytique de Paris. En 1953, un nombre important de membres, dont Lacan, démissionnent de la SPP et créent la SFP, la Société Française de Psychanalyse. Cette nouvelle association demande à être reconnue par l’IPA (La Commission Turquet enquête pendant 10 ans avant de donner une réponse).

1964

L’IPA refuse de reconnaître la SFP en raison de la présence de Jacques Lacan et de Françoise Dolto dans ce groupe et retire à Jacques Lacan son titre de didacticien. Devant cet échec, deux écoles vont naître scellant la division entre Lacan et ses élèves et les autres, dont Didier Anzieu et Jean Laplanche.

Ces deux derniers donnent naissance à l’APF, Association Psychanalytique de France et Jacques Lacan inaugure l’EFP, École Freudienne de Paris.

1964 – 1980 : Lacan et l’École Freudienne de Paris, EFP.

Lacan dirigera son école jusqu’à sa dissolution en 1980, juste avant sa mort en 1981.

Cette école est composée de trois sections :

-          Le champ Freudien relatif au mouvement psychanalytique au sens large (psychanalyse en extension).

-          La section clinique relative aux applications de la psychanalyse à la clinique.

-          La section dite de psychanalyse pure

La formation des analystes y a été abordée d’une façon différente des autres écoles et son abord y fut inédit avec l’invention de la procédure de la Passe par Jacques Lacan, dans sa proposition du 7 octobre 1967. L’impétrant analyste s’appelle le « passant ». Cette procédure a pour objectif, par le témoignage du passant, de trouver et recueillir son désir d’être psychanalyste. Dans cet agencement, le passant témoigne de son désir auprès de passeurs qui à leur tour feront retour de ce témoignage avec leur parole singulière auprès d’un jury. Les passeurs sont des analysants proposés par leur analyste comme passeur auprès de leur école. Cette circulation de la parole fait « tourbillon ». Le contrôle y reste d’actualité.

3. La cause[6] du formateur : un contrôlant en formation

Les enjeux 

Lors de l’animation d’un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles, le formateur est actif, il s’y engage et y agit, réalisant parfois un acte de création[7] ou encore « un mouvement » de révélation du sujet.

Se faisant, se pose la question du désir du formateur dans le contexte particulier de cette expérience de l’animation de groupes d’Analyse des Pratiques Professionnelles. Une place singulière et une responsabilité lui incombent. Il est en effet le garant d’un cadre, responsable de ses stagiaires et doit être attentif à la parole qui y circule, ainsi qu’à ses effets. Son écoute devrait alors se situer à plusieurs niveaux, celui de l’instant en étant active et celui de l’ensemble, sorte de « bruissement de la langue »[8], en étant « flottante ». Il essaie d’entendre ce qui est dit et ce qui ne l’est pas.

L’engagement et le travail 

Le contrôlant est celui qui vient à la rencontre du contrôleur. Le contrôle est une conséquence de l’engagement dans l’animation de Groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles. Cet engagement subjectif témoigne d’un désir à l’œuvre qui trouve son expression dans le travail qu’il y produit. Le Formateur trouvera dans le contrôle la possibilité de se confronter au travail d’un autre dans le même type d’expérience. Cette confrontation participe d’un acte de formation. Le contrôle est alors une proposition de réponse à deux questions :

-          Comment dépasser les modèles et savoirs qui président à sa pratique de formateur et qui peuvent conduire à l’orgueil ou au contraire à la dévalorisation de soi ?

-          Comment faire face à l’injonction surmoïque  de l’institution ? Le contrôleur doit pouvoir être déchu à son tour (le « désêtre » par la chute des scybales, ces déchets qui constituent les restes de ce qui lui était supposé, la fin du transfert). Il ne doit pas demeurer « sémiophore », c’est à dire le référent de toute signification à déchiffrer.

Le désir du formateur : s’autoriser soi-même

Pour Freud le désir est choix d’objet. Cet objet serait apparemment, ici, l’animation de groupes d’Analyse des Pratiques Professionnelles. Rien n’est moins certain. Le désir constitue l’énergie qui oriente ce choix et qui permet, le moment venu, d’agir en tant que formateur. Pour pouvoir soutenir ce désir il devient nécessaire de « s’autoriser soi-même », manifestation d’une reconnaissance symbolique qui vient de l’Autre. Cette reconnaissance pourrait s’énoncer ainsi : « Tu peux y aller ! ».

Mais ce désir, par le biais du contrôle, a pour vocation de devenir un « désir averti ». Qu’est-ce qu’un désir averti ? C’est celui d’une personne sensibilisée et préparée aux effets de la parole et de l’inconscient. En ce sens, le contrôle vient en continuité, naturellement, de l’engagement qui fait suite au désir soutenu par ce dernier.

Il s’agit donc aussi de s’autoriser soi-même dans l’espace et le temps de la formation sans étayage sur la référence à un maître ou à une théorie, c’est à dire de « compter seulement sur sa propre activité psychique pour accueillir l’autre »[9].

Conscience professionnelle et responsabilité ne suffisent pas pour susciter une entrée en contrôle. D’autres causes peuvent inciter un formateur.

Par exemple, le formateur peut se sentir empêché et empêtré dans le transfert avec le groupe ou avec certains de ceux qui le constituent. La demande de l’autre, par exemple, « la sensation du désir de l’autre »[10], le « Ché vuoi »?[11], peut faire surgir l’angoisse. Cette angoisse serait alors le fait, dans la relation transférentielle, d’être mis en position de « partenaire fantasmatique »[12] du groupe ou de certains de ceux qui le constituent.

L’éthique du formateur 

Ne pas ignorer, mais au contraire repérer et identifier cette angoisse constitue un point éthique de la démarche du contrôlant dans le contrôle. Nous retrouvons ici cette nécessité impérieuse de savoir un peu plus y faire avec les manifestations de l’inconscient produites par l’expérience de la parole. Mireille Cifali parle d’œuvrer en tant que « sujet éthique ».

Œuvrer en tant que « sujet éthique » serait la tâche d’un professionnel en relation avec un autre. Elle requiert des qualifications qui ne sont pas acquises une fois pour toutes, comme un savoir que l’on ne perdrait jamais. Ce sont des qualifications humaines qui sculptent notre vie, comme notre travail, constamment à retrouver et reconstruire suivant telle ou telle rencontre, telle ou telle confrontation, tel ou tel dispositif. Valeurs d’un « comment agir », d’un « comment vivre », que chaque civilisation tente de promouvoir quand elle a pour fondement la recherche d’un traitement « juste » et de l’ensemble des singularités, pour éloigner les forces destructrices. Des « manières d’être » (Macé, 2016). J’ajoute des manières d’être professionnellement, dans un rapport à soi, à d’autres, au monde.

Dans un premier temps, pour les décrire, il m’est plus facile d’avancer ce dont il s’agit de nous méfier au jour le jour : estimer que l’on a raison à soi tout seul ; prétendre savoir mieux qu’un autre en toute circonstance ; se centrer sur son moi sans possibilité de se déplacer quand un autre surgit là où on ne l’attend pas ; préjuger d’avoir la maîtrise de soi, de l’autre et de la relation ; être en arrogance vis-à-vis de qui est en position de vulnérabilité ; se défendre par l’attaque, le rejet, le mépris… Ces attitudes sont les nôtres et pas seulement les leurs. Elles sont ce contre quoi nous avons à lutter, situation après situation[13].

4. Les ressources et compétences mobilisées par le contrôlant

La parole

Laisser aller sa parole et son énonciation en confiance avec le contrôleur est une exigence vers laquelle tendre. Pouvoir faire librement des associations, en les laissant surgir est un bon moyen d’accéder à une certaine compréhension, des situations et du fonctionnement singulier de l’inconscient pour chacun. À ce titre, le contrôleur garantit la confidentialité et la sécurité de l’espace de parole. Le contrôle est un espace en mouvement et protégé.

Remémoration et travail.

Un travail de remémoration par l’évocation, au même titre que le narrateur en analyse des pratiques professionnelles, est attendu pour réactualiser et repérer ce qui n’a pas été perçu consciemment. En cela consiste le contenu de la mise au travail en contrôle.

Repérage, identification et analyse de ce qui questionne ou pose problème

Le formateur en contrôle va mobiliser ses capacités d’observation, de repérage, d’analyse et de formulation, dans leur dimension clinique, du travail dans le groupe d’APP. Ces capacités prendront en compte le point de vue de l’animateur, celui du groupe comme entité et celui des individus qui le composent. Il se centrera donc sur ce qui se passe dans l’interaction avec le groupe et dans le groupe.

Savoir faire avec l’inconscient

Une des acquisitions attendues par le travail du contrôle est de savoir identifier les effets de la parole et les manifestations de l’inconscient, qu’il s’agisse du sien, de celui du groupe ou de celui de l’autre. Cet élément est incontournable dans le maniement du transfert, du contre-transfert et de la dynamique de groupe.

L’amour de savoir : agalmata

Une conséquence logique de l’expérience du contrôle, au même titre que celle de la cure analytique ou encore de toute expérience de la parole produisant un mouvement de subjectivité et un déplacement de l’inconscient, est la mise en mouvement d’un certain désir, « l’amour de savoir ». Si ce mouvement-là existe déjà, ce qui est souvent le cas, ce dernier se verra alors renforcé.

L’agalma, que l’on trouve dans Le Banquet de Platon et que Lacan a utilisé dans son séminaire sur le transfert en 1960 constitue une version de cet objet cause du désir de savoir. Lacan a repris le mot « agalma » du « banquet » afin de lui trouver une signification analytique. 

En effet, alors que les convives devisent chez leur hôte, Agathon, chacun s’ingénie à faire l’éloge du Dieu Amour, s’interrogeant alors sur la nature de l’amour liant un maître à son élève, un éraste à son éromène. Quand vient le tour de Socrate, surgit alors Alcibiade qui l’interrompt et entame l’éloge de son éraste et non celui du dieu Amour. Pour lui, Socrate a l’apparence d’un silène qui sous ses abords peu flatteurs contiendrait à l’intérieur, en lui, des simulacres -  des « agalmata » - de divinité. L’agalma ne se caractérise pas, selon Alcibiade, en ses beaux ornements divins, Socrate étant laid, mais en ce qu’il recèle de beau à l’intérieur. Socrate n’est pour Alcibiade qu’une « boîte rustique et grossière ». Mais au-delà des apparences, en son sein, il y a des bijoux, des « agalmata », objets de convoitise, dont le savoir fait partie. Lacan a fait de l’agalma une version de l’objet « petit a », un objet énigmatique, cause du désir.

Cet amour de savoir constitue le ressort qui donne accès à certains référents théoriques utiles pour conduire un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, par exemple.

Néanmoins, ces savoirs de référence ne doivent pas devenir des défenses consistant à empêcher l’analyse et la réflexion, ce à quoi est supposé veiller le contrôleur. Nous pouvons, afin d’illustrer ce dernier propos, citer Freud disant d’Otto Rank qu’il avait « déposé sa névrose dans une théorie ». Ce dernier remettait en question le complexe d’Œdipe.

L’autocritique

Le savoir-faire et l’éthique du contrôleur sont également en cause. Comme nous l’avons vu, le contrôle est une continuation de l’animation des groupes d’analyse des pratiques professionnelles, mais par d’autres moyens et sur un nouvel objet. Si le contrôleur produit un effet de tiers, dans un premier temps, c’est la parole qui viendra jouer le rôle du troisième dans un second temps. Lors du contrôle, les qualités mais également les faiblesses sont mises à jour et il est important d’y affronter ses apories, ses points aveugles, ses impossibilités à l’autocritique et à supporter la critique. Il faudra tâcher d’y dompter sa vanité, ses impatiences et ses doutes. Tous ces aspects sont invités à affleurer dans l’espace et le temps du contrôle car l’objectif sera de savoir manier et supporter le contre-transfert et les effets du transfert.

5. La relation contrôlant contrôleur : le ressort de l’analyse

Deux types de contrôle existent, historiquement

Le mouvement psychanalytique a vu s’opposer, puis se combiner, deux types de contrôle.

            La Kontrollanalyse, en allemand, qui consiste en l’analyse du contre transfert    du contrôlant vis à vis de ses patients.

            L’Analysenkontrol, qui consiste en une analyse de l’analysant du contrôlant.

Quoi qu’il en soit, tout contrôle a un enjeu analytique.

L’amour de transfert : deux modalités

Le moteur de la relation entre un contrôleur et un contrôlant trouve sa source dans le transfert et le contre-transfert qui définissent deux éléments d’un amour de transfert comme une modalité de la relation à l’autre. Cette relation peut se constituer de deux manières différentes ayant des effets différents. Leur combinaison est plus intéressante en ce qui concerne le contrôle d’un formateur en analyse des pratiques professionnelles et certainement souhaitée : « l’amour courtois » et « l’amour échange ».

L’amour courtois :

L’amour courtois est un amour non exclusif, faillible, topologiquement et temporellement limité. Le transfert a une fin.

L’amour courtois[14], amour médiéval sublimé, a longuement été commenté par Lacan dans son séminaire L’éthique de la psychanalyse - 1959/1960. Mais avant lui, selon Freud, l’amour de transfert qui se montre au grand jour dans le cadre de la cure analytique, est un amour authentique[15]. On aime celui à qui l’on suppose un savoir, notamment sur soi.

De cet amour « provoqué » qui s’exprime dans la demande adressée au psychanalyste, doit pouvoir émerger un sujet désirant par le biais de la sublimation. Cette sublimation[16], au même titre qu’elle qualifie le passage d’un élément comme l’eau, de son état solide à un état gazeux sans connaître le passage par l’état liquide, est une transformation de ce qui fait symptôme en quelque sorte, comme le désir, qui réoriente le sens et le goût de la vie

La comparaison avec l’amour courtois trouve sa source en ce qu’avec lui l’objet d’amour est intouchable et inaccessible jusque dans son corps. Cette distance nécessaire met en exergue l’absence de satisfaction. C’est un amour impossible qui ne peut être satisfait et qui oriente la pulsion vers la sublimation. Transformer cet amour impossible et insatisfait en est sa fin.

Voici ce que dit Freud de cet amour insatisfait :

Il est facile de constater que la valeur psychique du besoin amoureux baisse dès que la satisfaction lui est rendue aisée. Il faut un obstacle pour pousser la libido vers le haut, et là où les résistances naturelles contre la satisfaction ne suffisent pas, les êtres humains, de tout temps, en ont intercalé de conventionnelles pour pouvoir jouir de l’amour[17].

La règle est donc celle de l’abstinence.

J’ai d’ailleurs déjà laissé deviner que la technique analytique fait obligation au médecin de refuser à la patiente, qui a besoin d’amour, la satisfaction qu’elle demande. Il faut que la cure soit pratiquée dans l’abstinence ; je ne pense pas seulement ici à la privation corporelle […]. Je veux au contraire poser ce principe qu’on doit laisser subsister chez la malade besoin et désirance, en tant que forces poussant au travail et au changement, et se garder de les apaiser par des succédanés. On ne pourrait évidemment offrir autre chose que des succédanés, puisque le malade, par suite de son état, n’est pas capable d’une satisfaction effective aussi longtemps que ses refoulements ne sont pas levés[18].

La pulsion dont la visée naturelle est d’être satisfaite peut, en raison de son insatisfaction, opérer sa transformation par la sublimation.

Pour Jacques Lacan, l’amour courtois est un amour dont l’objet est évanescent, un amour qui devient peu à peu absent. Il ne doit pas se donner à la jouissance afin de permettre « une jonction entre l’amour et le désir ». La sublimation serait alors une opération de transformation de la jouissance, dont le symptôme[19] est une modalité, en désir de l’Autre, « le trésor des signifiants ».

Cette insatisfaction crée du manque, un espace de vacuité[20], un espace de création et de désir.

L’amour échange[21] :

C’est un amour de puissant à puissant, d’égal à égal. Cet amour échange se retrouve dans le « Banquet », où Pausanias en fait l’éloge. Il s’agit d’un échange entre ceux qui savent penser, les forts d’esprit, dit Lacan. On est entre soi. Il trouve cet amour dérisoire. Cet amour, quand il qualifie l’amour de transfert, est source de profits pour l’un comme l’autre, mais ce n’est pas sans risque. Cette mise en commun, autour de l’analyse des pratiques, par exemple, n’est pas sans risque car elle produit une non séparation des enjeux institutionnels des enjeux personnels et singuliers engagés par les formateurs. Le piège pourrait être alors l’instrumentalisation du contrôlant au bénéfice de l’institution ou du contrôleur et au détriment du souci porté à ses apories singulières.

L’amour échange peut certes être utile, mais seul, il produit « un transfert sans analyse », c’est à dire « un acting out »[22].

Ces deux aspects d’un amour de transfert, l’un asymétrique, circonscrit topologiquement et temporellement, l’autre éternel, infaillible, au service d’une cause, peuvent se combiner. Ils doivent se combiner, à plus forte raison quand il s’agit d’une activité professionnelle ayant une dimension clinique et qui engage la personne en tant que sujet.

6. Le sens du contrôle : pour un formateur en APP

Le contrôle revêt plusieurs aspects. C’est une pratique analytique ayant un caractère clinique, mais il est avant tout une modalité de rencontre.

Le contrôle a plusieurs aspects 

Le contrôle est un acte de formation et se soucie de la singularité du formateur pris en tant que sujet.

Un acte de formation

Il est un acte de formation de celui qui s’engage dans la conduite d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles. Il permet de résoudre des problèmes, dont certains sont urgents, posés par « la réalité » de tels groupes. Cette réalité se constitue de besoins qui résultent des impératifs de cette activité professionnelle, chaque fois que le formateur doit prendre une responsabilité. Inspiré par son analyse de la situation professionnelle, il pourra envisager un panel de réponses qui demeurent en accord avec les attendus institutionnels et avec ses propres aspirations. Fort de son expérience, en tant que stagiaire, il a déjà perçu les effets produits par l’expérience de cette pratique. L'idée est de profiter de cette expérience ayant une "dimension clinique", une expérience de la langue et de la narration de soi, pour en tirer certains bénéfices que l'on trouve dans l'expérience de l'analyse. L'abord y est ici surtout professionnel, mais la dimension personnelle reste, dans une certaine mesure, engagée.

Le souci de la singularité du formateur pris en tant que sujet

Ce souci du contrôlant introduit la dimension clinique qui le lie au contrôleur. Dans ce cas le contrôle s’impose pour protéger le contrôlant de certains des effets indésirables provoqués par son activité, mais également les stagiaires sous sa responsabilité. Il est question de s’intéresser aux effets analytiques produits par le groupe et par le formateur en relation avec lui. La santé et l’équilibre du formateur constituent donc des points importants du contrôle car lorsque le formateur travaille, c’est aussi son inconscient qui le travaille.

7 . Les points saillants du contrôle

Le contrôle a deux objets saillants, les empêchements et les souffrances possibles du formateur d’un côté et les énigmes qui l’interrogent, de l’autre.

Les effets d’une pratique : la dimension clinique

La responsabilité – Supporter l’ébranlement– Le savoir-faire

Ces effets analytiques, c’est-à-dire issus de manifestations de l’inconscient, des effets de subjectivité, doivent recevoir une réponse analytique, c’est-à-dire située sur le même terrain. L’attention sera centrée sur ces effets. À ce titre le formateur en contrôle est focalisé par ce qui fait énigme dans le discours du groupe et dans les effets de ce discours. Ainsi se dessine une double responsabilité, celle du formateur d’aller en contrôle et celle de l’institution d’organiser et garantir ce contrôle.

Le formateur va apprendre à supporter l’ébranlement de ses idéaux, le vacillement de certaines certitudes et la confrontation de ses savoirs.

Le contrôle doit pouvoir apporter quelques savoir-faire, notamment avec l’inconscient à travers l’analyse des effets de subjectivité produits dans et avec le groupe : repérage – explication – traitement.

L’éthique du contrôle : le travail sur les impasses

Une position subjective à ne pas ignorer – surmonter l’empêchement – répondre à ce qui interroge.

Comme nous l’avons vu, un point éthique du contrôle réside dans la nécessité de ne pas ignorer certaines positions subjectives provoquées par la relation transférentielle avec les stagiaires et source d’angoisses.

En effet, ce type de situation est susceptible de mettre en échec le désir du formateur évoqué en amont. Il devient alors important de permettre au contrôlant de surmonter un état d’empêchement[23]. L’angoisse provoquée par cet empêchement se situe du côté du Réel et peut trouver un accrochage symbolique en faisant symptôme. Le processus d’élaboration par la parole permet un décodage, une interprétation du symptôme et un réagencement symbolique par le signifiant. L’inconscient est alors remis à sa place. Une version de ce qui ne peut se nommer, l’indicible, pourra trouver une solution du côté de la verbalisation, de la narration, de l’évocation, du témoignage sur le lieu du contrôle. Cette expérience sera l’occasion pour le formateur d’être sensibilisé à cette approche du sujet comme sujet de l’inconscient. Il apprendra à gérer et à « savoir y faire » avec les formations symptomatiques ou énigmatiques de l’inconscient. Cette sensibilisation qui vise à conforter le désir du contrôlant et sa mise en œuvre ne peut se faire sans la relation transférentielle qui lie le contrôlant au contrôleur.

Le transfert dans le contrôle

La nature de la relation transférentielle entre le contrôleur et le contrôlant n’est pas exactement la même que celle qui se joue entre un formateur et un groupe d’APP ou ses stagiaires.

Initialement, il s’agit ici d’une relation duelle qui finit par se jouer à trois au fil du temps, la parole constituant, à terme, l’élément tiers. Le désir du contrôlant y est tout autant engagé que dans l’animation d’un groupe d’APP. Soutenu par la relation transférentielle, le contrôlant est supposé parvenir à supporter l’angoisse. Sans être écarté, son désir est porté et maintenu du côté de la pratique professionnelle. Il s’agit de « mettre son désir inconscient à sa place »[24]. Sándor Ferenczi nous a proposé une formule qui sied assez bien à cette question du transfert du contrôlant. Il parlait de : « consentement critique, sans aveuglement, à une autorité fondée sur ses actes »[25].

Mise en question – surprise – créativité : le contrôle comme lieu.

La provocation de l’énigme.

Comme il a été dit plus haut, le contrôle s’intéresse à ce qui empêche, mais également, dans une autre forme d’intensité, à ce qui interroge et fait énigme : « Ce qui est au centre entre le superviseur et le supervisé, c’est la question de l’énigme »[26]. L’étonnement et la surprise peuvent y trouver toute leur place. À cette occasion opère une remise en question des savoirs établis et de référence, du contrôleur comme du contrôlant. Logiquement s’ensuit une mise en recherche.

La mise en recherche

Cette mise en recherche commence par un repérage des éléments et des circonstances qui engendrent l’interrogation et le questionnement. Logiquement s’ensuit une phase de déconstruction de ce qui fait événement dans la narration du contrôlant, puis de reconstruction. Cette reconstruction produit un sens nouveau qui agit comme (une) vérité nouvelle et singulière.

Témoignage et créativité

Lors de cette étape, le témoignage devient une source de création dans le lieu du contrôle et pour le contrôlant. En effet, la trouvaille d’un sens nouveau conduit le contrôlant à envisager des solutions et des réponses nouvelles, voire inédites, qu’il pourra tenter de mettre en œuvre dans sa pratique de formateur.

La situation de contrôle devient alors le témoin de la manière dont l’analyste (pour nous le formateur en contrôle) raisonne, résonne après avoir été sonné par la parole du patient (pour nous la parole du groupe d’APP ou de certains de ses membres)[27].

Topologie du mouvement : le contrôle comme lieu de création.

Le contrôle s’appréhende ici comme un lieu et comme un mouvement lié à un acte tour à tour analytique, réflexif, puis créatif. Ce qui y est créé est au moins une nouvelle fiction nécessaire au contrôlant pour donner un sens à l’énigme. Cette dimension du mouvement est importante en ce qu’elle fait écho à l’aphanisis[28] du sujet, cette insaisissable présence/absence qui fait que son accrochage signifiant ne peut se penser que comme une dérobade. Son désir ne peut se concevoir qu’en mouvement et en mutation. « Le sujet est représenté par un signifiant pour un autre signifiant », a dit Lacan. Je suis formateur, je suis un professionnel mais je suis aussi une personne de l’intimité, je suis un homme ou une femme ou encore un mari ou un fils ou bien un père, une sœur, un frère etc.

Le contrôle, en tant que lieu, doit aussi être appréhendé comme un espace de création[29], de re-création qui tient en son centre ce qui fait énigme.

Dans un même temps, il devient le contenant d’un espace tiers qui permet au formateur de « s’autoriser de lui-même » en repérant et validant la force de son désir. Ce désir-là y est entretenu par « le pouvoir de provocation »[30] de l’énigme. Le formateur en contrôle est « … reconnu non dans un signifiant, ce qui une fois de plus l’aliénerait, mais dans le processus même de la signifiance. »[31]. Cette phrase de Jean-Michel Vivès conforte cette approche du contrôle comme un lieu centré sur les mouvements de signifiance et de création, notamment si l’on pense l’inconscient comme « l’autre scène ».

Quelques remarques sur la question de la création sont ici les bienvenues[32]. La création est un acte en tant que mouvement fondateur d’un pas de plus, d’un « pas de sens »[33], et ce « plus » de sens, nouveau, contient en lui une absence de sens ou de référents. La création ex-nihilo n’existe pas mais en elle gîte[34] une part d’inédit. Nous pourrions avancer ceci : La création serait à l’interprétation, notamment du « regardeur »[35], ce que chez Freud, la « Bejahung[36] » est à la « Behauptung[37] » et à la « Verneinung[38] ». Comment ne pas s’interroger alors sur une possible création du sujet, fût-elle un éternel recommencement ?

« L’affirmation [Bejahung], en tant que remplaçant de l’unification, fait partie de l’Éros, la négation, suite de l’expulsion [Ausstossung], fait partie de la pulsion de destruction »[39]. Freud pose la « Bejahung », comme le procès primaire de l’entrée dans le langage (et de la création du sujet de l’inconscient) et la « Verneinung » comme dénégation qui dévoile la structure du refoulement, pour ce qui est de la névrose. C’est par la « Bejahung » que se produit ce mouvement de division du sujet qui se trouve barré par le signifiant en entrant dans le langage avec, d’un côté, l’inconscient et de l’autre, le monde abrité par la structure des mots.

Le sujet se fonde en ce que la « Bejahung » s’entend comme un moment mythique situé à l’origine de la symbolisation ; « un temps structural mythique »[40] dira Lacan. C’est le moment de l’entrée dans le langage, par le tissage d’un maillage signifiant. Selon lui, la « Bejahung » est « un précédent nécessaire à toute application possible de la Verneinung », c’est à dire à tout ce qui est rejeté de la chaine signifiante dans le réel et à tout ce qui est refoulé dans l’inconscient, une part de réel[41] pris dans une structure symbolique, comme le symptôme. Est propre au sujet son affinité avec le langage qu’il suscite et dans lequel il se dévoile (parole pleine) et se recèle. Comme l’a écrit Heidegger dans Acheminement vers la parole : « Le langage est la maison de l’être », une certaine version, anachronique, du sujet. Le réel, quant à lui, se définit d’être en buté par rapport au langage. La « Bejahung » est donc une affirmation inaugurale en tant qu’assomption du langage, mais qui ne peut être renouvelée si ce n’est sous des formes voilées et inconscientes. Cette « Bejahung » effectue donc un partage, un tri, entre « ce qui est laissé à être, dans le réel »[42] et ce qui réapparaîtra dans la vie du sujet, sous forme refoulée. Pour reprendre la métaphore du ruban de Moebius, elle opère un partage du dedans et du dehors. Lacan en fait une symbolisation première, partageant ce qui est assimilé de ce qui est rejeté et qui s’applique à un réel préexistant. Nous pourrions dire qu’elle procède de la création du sujet, création sans cesse renouvelée et en mouvement, lors de chaque interprétation de ce qui fait retour depuis l’inconscient, c’est à dire le refoulé[43]. Cette caractéristique du sujet le constitue en son essence comme apparition / disparition.

Si nous revenons à l’acte de création, celui qui peut produire une œuvre, nous retrouvons ce mouvement paradoxal d’apparition / disparition, car cet acte-là, à bien des égards, contient en lui des productions de l’inconscient. Il s’agit de différencier le geste de la création, de sa production que nous pourrions qualifier de contaminante  car l’idée d’une création en tant que geste serait contaminée par l’idée de production. Production s’entend ici comme le produit résultant d’une création. Cela peut être l’objet d’art, par exemple, l’œuvre. Penser la création comme le geste de l’artiste, comme un mouvement de présence / absence, induit son antériorité, fût-elle artificiellement établie, à l’acte d’interprétation[44]. Cette gestuelle non décodée, ayant une part inédite et vouée à s’évanouir, lui confère une parenté avec l’inconscient : « Tout peintre se peint soi-même », en tant que sujet de l’inconscient. L’interprétation inscrit alors la création dans l’ordre du symbolique, au même titre que certains traitements du symptôme dans la cure analytique. Dans le meilleur des cas, pour reprendre Yves Rocher, enseignant de philosophie au lycée Magendie, « l’interprétation est idéalement l’essence manifestée de la création ».

La création, donc l’émergence du sujet parlant, pourrait être un mouvement, celui qui définit un agencement dans l’espace et le temps, une œuvre, une structure singulière, un espace au sein duquel « circule » le désir. Cette assertion trouve des affinités avec le propos deleuzien ; « Le problème du statut de l’esprit, finalement, ne fait qu’un avec le problème de l’espace »[45].

À ce titre et selon les mécanismes développés ici, le contrôle pourrait être considéré comme un espace de création en mouvement.

Jean-François Ferbos

CPE, Référent vie scolaire et membre du CAVL Bordeaux., Formateur Climat scolaire, « Règles collectives et cohérence éducative » pour la DAFPEN, Formateur de Formateurs en APP pour la DAFPEN, Animateur de GAPP pour la DAFPEN, Peintre, Psychanalyste

http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/psychanalyse-et-creation/

Table des matières

DE L’IMPORTANCE D’UN CONTRÔLE OU D’UNE SUPERVISION POUR LES FORMATEURS EN ANALYSE DES PRATIQUES PROFESSIONNELLES.

PROLÉGOMÈNES : LA SINGULARITÉ DE L’ANIMATION D’UN GROUPE D’APP.

HISTOIRE BRÈVE DU CONTRÔLE : UN ENJEU D’ÉCOLE.

LA CAUSE DU FORMATEUR : UN CONTRÔLANT EN FORMATION.

LES ENJEUX.

LES RESSOURCES ET COMPÉTENCES MOBILISÉES PAR LE CONTRÔLANT.

LA RELATION CONTRÔLANT CONTRÔLEUR : LE RESSORT DE L’ANALYSE.

LE SENS DU CONTRÔLE : POUR UN FORMATEUR EN APP.

LE CONTRÔLE A PLUSIEURS ASPECTS.

LES POINTS SAILLANTS DU CONTRÔLE


[1] "Le tourbillon de la Passe", Guy Le Gaufey, in L’accord d’accord. La Passe, une procédure d'école de psychanalyse où il est question de témoigner de son désir d'être analyste.

[2] L’acte analytique a pour mission de révéler au sujet parlant, au même titre que la parole heideggerienne révèle l’être, sa propre division par l’inconscient. Il vient le questionner sur son désir.

[3] Cette phobie est survenue après que Herbert Graf a assisté à la chute d'un cheval tirant un carrosse et qu’il l’ait vu à terre se débattre, fouetté par son cocher, puis s’effondrer tout près de lui. Cf  « la bêtise » dans « L’enfant supposé », Jean-Louis SOUS, EPEL, 2006.

[4] Revue Ornicar ? N° 42, Automne 87-88, Vilma Kovacs, « Analyse didactique et analyse de contrôle ».

[5] Je souligne. Cette élasticité pourrait tout à fait être mise en lien avec les notions de mouvement, de seuil, de tremblement du formateur, développées par Mireille Cifali dans son dernier ouvrage : « J’utilise ici des verbes plutôt que des substantifs car, à chaque fois, il s’agit d’un processus, d’une recherche. Non d’un établi, mais d’un mouvant. --- Dans les pratiques professionnelles, en insistant sur une constante mise en relation, je fais alors l’éloge du seuil (Bally, 2015, p. 129) comme position fragile qui évite un enfermement, souligne l’importance de ce qui relie et sépare. »

In Préserver un lien. Éthique des métiers de la relation, Puf, septembre 2019.

[6] Une cause ainsi nommée pour la différencier de la cause de l’institution.

[7] Cf l’acte de création et création du sujet, partie IV / 4 / d : Topologie en mouvement, le contrôle comme un lieu de création. Cette partie est issue de mon travail sur psychanalyse et création.

[8] « C'est le frisson du sens que j'interroge en écoutant le bruissement du langage - de ce langage qui est ma Nature à moi, homme moderne.», Roland Barthes, in Essais critiques IV, Le Bruissement de la langue.

[9] Jacques Sédat, « La place du contrôle dans l’histoire du mouvement psychanalytique », exposé du 25 mars 2007, lors d’un séminaire de l’association « Espace analytique ».

[10] Jean Clavreul cité par Danièle Lévy, in « Le contrôle s’impose »,Topique 2010 n° 112.

[11] « Che Vuoi ? », que (me) veux-tu ? Question posée par  Le diable amoureux, de Cazotte. Cette œuvre est empreinte d’un siècle marqué par l’amour du savoir et sa constitution, le siècle des lumières. Ce siècle cultivait aussi, les savoirs et rituels initiatiques et une face plus sombre coexistait avec les lumières. Cazotte s’est rapproché, un temps, des sciences occultes. Son roman Le diable amoureux est en quelque sorte la recherche d’un secret en ayant recours aux esprits pour obtenir la satisfaction de ses plus grands désirs et souhaits. En effet, pour satisfaire son désir ardent, le héros de l’histoire, Alvaro, sollicite Belzébuth. À cet appel le diable répond sous les traits d’une horrible tête de chameau qui lui demande : « Che vuoi ? » « Que veux-tu ? ». Ce conte aux allures libertines opère un dévoilement des intensions du diable qui cache sa volonté de jouir d’Alvaro derrière d’innocentes questions. Le héros s’en rendra compte avec effroi. Pour parvenir à ses fins, le démon prend l’apparence d’une femme. Le « Que veux-tu ? » de l’un s’est transformé en « Que me veux-tu ? » de l’autre.

[12] Jean Clavreul, ibidem.

[13] Mireille Cifali, ibidem.

[14] Cf, Jean-Michel Vivès, « L'amour courtois entre fauteuil et divan : pour une lecture poétique de l'amour de transfert », in Cliniques méditerranéennes, N°84, 2011.

[15] Freud, « Observations sur l’amour de transfert », 1915.

[16]: https://vimeo.com/32458593 (explication par l’artiste en vidéo)

Cf l’œuvre passionnante de l’artiste bordelais, Jean Sabrier, avec son « Cristal liquide » (propriété du FRAC). Le « Cristal liquide » est une chambre froide transparente maintenant la température à 0°C et au sein de laquelle un mazzocchio (coiffe de la renaissance représentée par Paolo Uccello dans « La bataille de San Romano » et dans le « Déluge ») de glace se sublime disparaissant au fil du temps, sans laisser une trace si ce n’est celle de cette impression rétinienne d’une dentelle ciselée. http://dda-aquitaine.org/fr/jean-sabrier/cristal-liquide-57.html et http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/psychanalyse-et-creation/spip.php?rubrique32.

[17] Freud, 1912 : « Du rabaissement généralisé de la vie amoureuse ».

[18] Freud, 1915 : « Remarques sur l’amour de transfert ».

[19] La femme est le symptôme de l’homme et vice versa ?

[20] La vacuité est au centre du système des signifiants. Elle permet l’aphanisis du sujet (cf triade privation – frustration – castration, la fonction du langage qui barre le sujet) et la création du sujet (cf métonymie et métaphore (« Le pas de sens »).

[21] Jean Allouch, in La Princesse, le savant et l’analyste, 2010.

[22] Jean Allouch, Ibidem

[23]Impedicare : lien aux pieds, se prendre les pieds, être pris au piège.

[24] Danièle Levy, Ibidem.

[25]Ferenczi après Lacan, 2009, ouvrage collectif, dont Jacques Sédat

[26] Jean-Michel Vivès, « L’analyse de contrôle, une façon de ne pas oublier », L’esprit du temps : Topiques, n°12, 2010.

[27] Jean-Michel Vivès, Ibidem

[28] Lacan, Séminaire Le désir et son interprétation 1958 – 1959 : « Jones fait de l'aphanisis la substance de la crainte de la castration. - C'est parce qu'il peut y avoir castration, (...) que dans le sujet s'élabore cette dimension où il peut prendre crainte, alarme, de la disparition possible, future de son désir, c’est-à-dire que la prise de position du sujet dans le signifiant implique la perte, le sacrifice d'un de ses signifiants entre autre… Il est bien entendu que c'est un temps suspendu… Ce n'est pas en tant qu'aphanisis du désir, c'est en tant qu'à la pointe du désir il y a aphanisis du sujet. »

[29] Si tant est que l’on puisse dire que le sujet se créé perpétuellement, au fil du temps alors que l’idée de sa création initiale, « la bejahung », par son entrée dans le langage n’est que le commencement, mythologique, de l’entrée dans une série.

[30] Jean-Michel Vivès, ibidem

[31] Jean-Michel Vivès, ibidem

[32] La question de la création et de ce qui fait œuvre est une préoccupation vive de mes recherches depuis quelques années. Qu’est-ce qu’un acte de création et en quoi « tout peintre se peint, soi-même », comme l’a écrit Jean-Marie Pontevia ? Peut-on parler de création du sujet ?  : http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/psychanalyse-et-creation/

[33] Lacan au sujet de la métaphore.

[34]Gîter a deux significations ici propices au propos : 1, avoir son gîte, son terrier, habiter. 2, En navigation, c’est un mouvement par lequel un bateau se penche et se redresse successivement.

[35] Cf Marcel Duchamp, « C’est le regardeur qui fait l’œuvre ».

[36] La « Bejahung » est une affirmation comme confirmation, c’est à dire la reconnaissance d’une réalité ou d’une affirmation émise par un autre, ou la reconnaissance d’un processus interne, une assomption par l’entrée dans le langage.

[37] La Behauptung est une affirmation comme assertion issue d’une cogitation qui s’impose à l’autre.

[38] La Verneinung, ou dénégation est le retour d’un contenu refoulé dans le discours du sujet.

[39] Freud 1924, « Die Verneinung ».

[40] Lacan, Séminaire Les Psychoses 1955 – 1956

[41] Le réel est ce qui ne peut se nommer ni se dire et qui en tant que tel est exclu de la chaine signifiante. C’est l’impossible à dire en tant que limite, ce devant quoi tous les mots s’arrêtent. C’est ce qui ne parle pas. Le réel peut seulement être jouissance du corps. Et comme a dit Jean-Paul Abribat, « Le mot ment et de-là j’ouïs sens ».

[42] Cf François Balmès, « Ce que Lacan dit de l’être », Collège international de philosophie, 1999.

[43] Distinction Réel et réalité : Le réel est expulsé ou retranché du symbolique alors que la réalité est à l’intérieur de la représentation, c’est à dire prise dans le maillage symbolique du langage et dans la représentation imaginaire.

[44] L’interprétation est une forme d’inscription dans le champ du langage.

[45] Gilles Deleuze, Empirisme et subjectivité, PUF – « épiméthée », 1953.

: page 11, note 16, ajouter en premier lien, avant, devant les suivants déjà indiqués dans la note :  https://vimeo.com/32458593 (explication par l’artiste en vidéo
Dernière modification le mardi, 24 septembre 2019
Ferbos Jean-François

CPE, Référent vie scolaire et membre du CAVL Bordeaux, Formateur Climat scolaire, « Règles collectives et cohérence éducative » pour la DAFPEN, Formateur de Formateurs en APP pour la DAFPEN, Animateur de GAPP pour la DAFPEN, Peintre, Psychanalyste.

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