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Publié par Thierry Curiale sur son blog : De la facilitation à l’individuation - Vers un élargissement de la conscience. Accès direct à l'article : http://linkis.com/OTzeP

Adoptons le numérique !

Ce que l’on appelle « Le numérique » semble aujourd’hui en passe d’exercer une contingence significative sur toutes les puissances éducatives et formatives qui pourrait les obliger à changer radicalement leurs représentations, leurs orientations, leurs modes de fonctionnement comme leurs pratiques et ainsi à se métamorphoser. Certaines d’entre elles s’adaptent, soit en le fuyant par peur ou bien en s’y soumettant par nécessité, tandis que d’autres[1] l’adoptent résolument et découvrent ainsi les possibilités d’une transformation réciproque[2]. Dans tous les cas, c’est le processus même de la constitution de l’esprit et du développement des compétences qui est aujourd’hui en jeu.

Tout se passe en effet comme si « Le numérique » révélait le caractère distribué des savoirs et des compétences alors que le modèle académique l’envisage comme essentiellement concentré dans la figure du « sachant ».

Des talents mondialement répartis envahissent la scène numérique et des initiatives foisonnantes viennent de tous bords. Qui n’a pas appris quelque chose d’un illustre inconnu que la sérendipité[3], déambulation numérique erratique que favorise le monde du web, nous permet de rencontrer au détour d’un clic hasardeux ? Qui n’a pas passé des heures à lire passionnément des commentaires et des commentaires de commentaires dans des forums de qualité dès lors devenus de vastes émetteurs de « traces numériques », éternisées sur des supports techniques de mémoire, réutilisables, modifiables et distribuables à la vitesse de la lumière ? Qui n’a pas examiné avec une certaine sidération comment un élève d’une filière professionnelle apprend aujourd’hui, à l’aide d’un logiciel de simulation immersive, à piloter des lignes de production industrielle, tout cela en restant dans une salle de travaux pratiques[4] ? Qui n’a pas observé les autres, groupés autour d’un moniteur de contrôle, porter une véritable attention, pourtant si décriée aujourd’hui, à leur camarade justement en train de simuler le dépannage d’une ligne défaillante ?

Le modèle d’enseignement magistral, vertical, descendant, fondé sur une certaine passivité des apprenants instituant à la fois de la dépendance à l’égard d’un seul et une certaine monotonie, semble remis en cause.

Certains lui préfèrent un modèle horizontal, réticulaire, foisonnant, où chacun pourrait être un apprenant plus actif et plus engagé dans le processus même d’un apprentissage que l’ère du numérique permet d’être plus ouvert et davantage collaboratif. Un modèle instituant à la fois de l’interdépendance et de l’impermanence - caractéristiques propres au vivant -, dont on commence toutefois à percevoir les limites tant il génère parfois divers phénomènes empoisonnants comme, par exemple, l’infobésité : une sorte de « data malbouffe » s’instaure alors même qu’une donnée simple n’est pas encore une information et encore moins une contribution à la constitution de savoirs et au développement de compétences.

Produit de consommation ou processus vital ?

Toujours est-il que dans le contexte de transformation civilisationnelle majeure qu’implique la numérisation généralisée des activités humaines et en particulier celles qui consistent à instruire et former, on voit pousser comme des champignons, sous l’impulsion du monde universitaire américain, de nombreux nouveaux produits d’enseignement et de formation comme, par exemple, les Mooc, Cooc, Booc, Sooc, Dooc, etc. Il s’agit, l’exception confirmant la règle, de passer à l’échelle en disposant des cours, autrefois dispensés en salle, sur des plateformes numériques ouvertes et ainsi capables d’accueillir simultanément plusieurs milliers d’apprenants : le monde est ici considéré comme un amphithéâtre.

D’ailleurs l’hypothèse d’une massification de l’enseignement et de la formation commence sérieusement à stimuler des entrepreneurs avides de marchés de masse. Certains évoquent même, par un effet de mode proprement irritant, l’ubérisation des mondes éducatif et formatif sans en mesurer toutes les conséquences individuelles et sociales[5], si tant est que cette ubérisation soit possible. En effet, avec tout le respect que je témoigne aux chauffeurs de taxis, acheminer une personne d’un point à un autre à l’aide d’un véhicule est une chose mais s’inventer enseignant, formateur ou pédagogue du jour au lendemain me paraît relever de l’usurpation. Même si, je l’évoquais plus haut, on peut toujours apprendre quelque chose de quelqu’un et cela quel que soit son statut et son âge.

Ce qui est réellement en jeu, répétons-le, est un processus d’apprentissage en mutation plus qu’une compétition d’acronymes dont sont dépositaires certains adeptes du marketing vénal, très inventifs lorsqu’il s‘agit de concevoir toujours plus de produits éducatifs et formatifs.

Et s’il existe une théorie de la dynamique des petits groupes en situation de formation présentielle, rares sont les doctorants, à ma seule connaissance, qui se penchent sur les processus à l’œuvre dans la dynamique des grands groupes en situation d’apprentissage collaboratif en ligne. Certains, pour la plupart connectivistes[6] et socioconstructivistes[7], s’y attèlent toutefois et posent la question des conditions mêmes du développement de compétences par les pairs. L’une d’entre elles semble porter sur l’animation de collectifs massifs d’apprenants comme si les enseignants et les formateurs, à l’ère du numérique, devaient descendre de leur estrade et se muer en « facilitateurs » censés initier et entretenir de nombreuses interactions entre pairs, sources d’apprentissage réciproque. Qu’en est-il exactement ?

Etre soi pour être authentique

Le consultant Pierre Baudry[8] admet en effet que l’apprentissage collaboratif, en ligne comme dans un espace non-numérique, fondé sur le principe du co-design[9], peut, en certaines occasions et sous certaines conditions, nécessiter le recours avantageux à ce qu’il nomme « la facilitation ».

Je me contenterai ici de définir la facilitation comme « l’art et la manière » de conduire la dynamique d’un groupe en situation d’apprentissage, qu’elle que soit sa taille, en catalysant et entretenant, à l’aide de méthodes pédagogiques spécifiques, les connexions et les interactions des apprenants entre eux suscitant ainsi des processus d’apprentissage mutuel.

Pierre Baudry met toutefois en garde la communauté des formateurs, consultants et facilitateurs existants contre ce qui pourrait devenir une mode, c’est-à-dire une application de méthodes spécifiques à la facilitation quels que soient les situations et les contextes, ce qui aurait pour conséquence de la vider de son sens premier. Dit autrement, il précise que la facilitation exige avant tout du facilitateur qu’il veille à ne pas standardiser ses pratiques et les appliquer en toutes circonstances notamment lorsqu’elles ne s’avèrent pas forcément nécessaires.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient faciliter un groupe d’apprenants, Pierre Baudry précise qu’il leur sera nécessaire, afin d’exercer pleinement leur fonction dans ce groupe, de prendre le risque « d’être soi » et d’éviter ainsi de s’en remettre à un rôle stéréotypé résultant, le plus souvent, d’une convention sociale normative. Il s’agit d’être et de rester authentique[10] dans l’incarnation de ce rôle et dans l’exercice de la fonction qui lui est associée. Il s’agit d’être et de rester fidèle à soi-même et de développer ainsi une certaine éthique[11] dans ses pratiques. Ce point de vue inspirant mérite quelques commentaires et réflexions.

Le monde du théâtre, le théâtre du monde

Pour faire référence au théâtre en tant qu'art du vivant, un « mauvais » acteur endosse toujours un rôle  "prescrit de l’extérieur" plutôt qu'il ne lui donne une couleur unique et spécifique en usant de ce qu'il est intérieurement, comme personne vivante et vibrante. Entretenant une certaine stéréotypie socialement construite, qui s’exprime sous la forme d'attributs associés les uns aux autres (voix, posture, diction, gestuelle...), et formant ainsi un personnage-type[12] auquel il s’identifie totalement, le « mauvais » acteur dés-incarne son rôle en le privant du sujet[13] qu’il constitue pour satisfaire à des attendus sociaux stables, à la fois confortants et rassurants. Toute catharsis[14] devient dès lors limitée voire proprement impossible. Notons au passage que c’est sans doute le drame de nombreuses représentations dramatiques comme si un drame se jouait justement dans l’impossibilité même de l’art dramatique[15].

Etre et rester authentique, au théâtre comme dans la vie – mais n’est-ce pas parfois la même chose[16] ? - n'est toutefois pas facile, que l'on entretienne des relations de facilitation, de subordination, et, plus largement, des relations de toutes sortes.

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit toujours d’un risque à prendre pour ou contre un certain nombre d’intérêts en jeu. Le risque de s'ex-primer, de s’ex-térioriser, de rompre avec certaines conventions, c'est-à-dire d’offrir à ses interlocuteurs, quelles que soient les conditions et quelles qu’en soient les conséquences éventuelles, un relief identitaire, le sien en propre, tout en y mettant les formes, tant la forme de la communication contextualise toujours la perception du fond.

Cela suppose de détenir et d’entretenir un certain nombre de compétences en communication interpersonnelle[17] qui peuvent aisément s’acquérir en veillant toutefois à ne pas les instituer en rhétorique manipulatoire. C’est d’ailleurs l’enjeu de tout art dramatique véritable qui place la technique au service d’une sincérité et d’une authenticité d’interprétation s’enracinant elle-même dans le sujet actant, c’est-à-dire agissant comme acteur. De ce point de vue, si l’on adopte l’hypothèse d’Erwing Goffman, envisageant la vie sociale comme une vaste scène théâtrale[18], la plupart des hommes politiques contemporains apparaissent souvent comme de « mauvais » acteurs même dans les moments les plus dramatiques de l’histoire. Certains en perdent toute crédibilité[19].

Etre soi, être hors de soi : champ et hors champ

Pour incarner un rôle social, comme par exemple celui de facilitateur[20], avec l’authenticité requise, qui consiste à se débarrasser de toute référence stéréotypique dés-incarnante en renonçant à l’adoption d’un personnage de façade, il faudrait donc pouvoir oser exprimer son identité, oser être le sujet que nous sommes, oser « être soi » comme le dit Pierre Baudry. Mais qu’est-ce qu’être soi sachant que l’on peut aussi, dans certaines circonstances, être « hors de soi » ? On peut décemment se poser la question tout de même car à vouloir être soi pour être authentique on peut courir le risque d’adopter des attitudes[21] et des comportements au moins aussi contreproductifs que dans l’adoption d’un personnage stéréotypé privé de toute consistance. Dès lors, quels sont donc les mécanismes qui peuvent nous conduire à être « hors de soi » ? Il nous faut ici tenter une explication à partir de l’appareillage conceptuel de la psychanalyse jungienne qui pose, à travers Jung lui-même, que « la tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de lui-même[22]».

Le sens commun admet que l’on est « hors de soi » lorsqu’on est furieux au point de ne plus pouvoir se contrôler complètement. On voit rouge, on est submergé par la colère, on est plongé dans un état second qui peut nous conduire à des comportements regrettables et parfois très dommageables : « J'étais hors de moi. Ma main est partie toute seule, je ne me possédais plus[23] ». Telle peut être la phrase-type sensée expliquer un mouvement de rage incontrôlée. Tout se passe en effet comme si JE ne ME maîtrisais plus[24], comme si le Moi ne se possédait plus lui-même (« je ne me possédais plus »), comme s’il perdait le contrôle (self control) et que quelque chose d’autre prenait donc possession de lui : être « hors de moi » reviendrait ainsi à être « hors champ », hors du champ du Moi. Or, comme le Moi, si l’on s’en tient à la définition qu’en donne Viviane Thibaudier[25], « est le centre de la conscience »[26], être « hors de soi » exprimerait une disparition du centre, une probable sortie du champ de la conscience. Et comme le Moi est aussi « au croisement de nos contenus conscients et inconscients »[27], il y a de fortes chances pour que le Moi, une fois sorti de la scène du conscient, se retrouve sur celle de l’inconscient et en subisse son influence. Ce ne serait pas étonnant puisque l’inconscient serait le monde sous-jacent du sujet « inconnu de lui et qui échappe au contrôle de la conscience »[28], un monde qui « sans qu’il le sache, […] influe sur sa vie, ses émotions, ses comportements et, souvent, dirige ses actions »[29].

Après le théâtre, le cinéma : des illusions agissantes

Si nous avons pris comme exemple la furie poussée à son extrême comme le symptôme d’une perte de contrôle du Moi sous l’influence probable de contenus inconscients – chacun en a fait l’expérience au moins une fois dans sa vie -, nous pouvons maintenant tenter de généraliser cette situation et nous demander dans quelles conditions et selon quels mécanismes le Moi peut rencontrer d’autres situations pouvant le faire disparaître du champ de la conscience. Il nous faut ici introduire, encore avec Viviane Thibaudier, la définition qu’elle donne des complexes : « ce sont des fragments psychiques très chargés affectivement qui mènent une vie autonome dans l’inconscient et freinent le développement [du sujet, NDR] en perturbant la vie consciente ».

Notons que ces complexes, formant une sorte de constellation, possèdent une autonomie totale au sein même de l’inconscient et jouissent, semble-t-il, d’un pouvoir d’influence sur la vie consciente, et donc sur le Moi qui en est le centre, au point, dans certaines circonstances, de le faire sortir de lui-même, de se l’adjoindre irrévocablement et finalement de le posséder.

Et cela se produit, dans bon nombre de situations, par le détour d’une projection, mécanisme par lequel on « extériorise ses contenus inconscients en les attribuant aux autres »[30], c’est-à-dire en ce faisant son cinéma intérieur et en transformant le monde en un vaste écran, comme si la psychè, ainsi projetée, était le monde. Ce qui a pour fâcheuse conséquence de nous faire prendre des vessies pour des lanternes : nous nous fabriquons de grossières illusions, terriblement agissantes, sur les choses ou les êtres - parfois sur nous-même - et nous courons le risque de nous tromper lourdement dans nos appréciations.

De ce point de vue, cela rend terriblement difficile la véritable rencontre avec l’Autre puisque nous cessons de projeter sur lui des contenus psychiques qui nous appartiennent, dont nous n’avons pas conscience, et dont nous lui faisons le cadeau avec sa dose de toxicité. Et lorsque la réciprocité s’en mêle, cela rend les relations humaines moins faciles et sans doute plus compliquées qu’il n’y paraît.

Ainsi, être soi pour être authentique, comporte à première vue, même si l’intention de départ est louable, un certain nombre de chausse-trappes qu’il faudrait pouvoir éviter surtout lorsqu’on se destine à devenir facilitateur portant une attention particulière à la dynamique des groupes c’est-à-dire aux relations des membres entre eux. Dès lors, et en définitive, nous pouvons constater que si nous avons la chance de pouvoir échapper aux stéréotypes socialement construits qui fondent les personnages de façade que nous adoptons parfois sur la vaste scène théâtrale qu’est la vie - personnages qui risquent toujours de sonner à la fois creux et faux -, il nous faut admettre qu’en tentant d’être soi, on risque de rencontrer l’enfer, toujours pavé de bonnes intentions, ainsi que le diable qui l’habite, déguisé en hypnotiseur[31]. Est-ce une impasse ? Pas forcément.

Deviens qui tu es et tu seras authentique

Pour incarner un rôle social de manière authentique, il faudrait pouvoir résoudre, dans l’équation subjective, et à partir d’elle, ce qui empêche justement l’expression d’une authenticité véritable. Il faudrait pouvoir mettre à jour les complexes et les illusions agissantes qu’ils suscitent. Cette déconstruction des complexes représente, il faut bien l’avouer, le travail de toute une vie. Il consiste à devenir ce que nous sommes véritablement en faisant le ménage, tant que faire se peut, dans nos projections mais aussi nos représentations, nos clivages, nos conditionnements et nos surdéterminations. Bref, nettoyer les écuries d’Augias[32] et, ce faisant, de sujet clivé devenir individu[33]. C’est à cette condition, grâce à un processus d’individuation, que l’on peut être et rester authentique dans l’incarnation de nos rôles sociaux. Lourde tâche sans dérobade possible pour ceux qui se destineraient à devenir d’authentiques facilitateurs ! On comprend mieux dès lors pourquoi Jung affirmait, nous le lui faisions dire précédemment, que la tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de lui-même.

Mais descendre dans les profondeurs de la psychè humaine, regarder en face comment nous fonctionnons, se confronter avec les contenus de l’inconscient pour les intégrer, rentrer dans un processus conscient de transformation intérieure, nous fait terriblement peur. Sans doute parce que nous pourrions y rencontrer notre ombre[34]. Dès lors nous préférons souvent les certitudes apparentes qu’offrent nos illusions et nous nous en berçons comme on berce un enfant pour l’apaiser de ses craintes. Bien malheureusement c’est probablement dans cette ombre que s’origine, pour certains, la volonté de puissance et d’exercice de la domination avec tout ce qu’elle comporte de potentiel destructif. Notre monde et toute vie qui le peuple en fait depuis trop longtemps les frais.

Ainsi, à l’aide de ces quelques détours, qui mériteraient sans doute de nombreux approfondissements, il apparaît, en partant de la facilitation de groupes d’apprenants telle que l’aborde Pierre Baudry, qu’apprendre ensemble nous conduise finalement à nous interroger sur nous-mêmes, sur nos rôles et nos fonctions dans toute vie sociale, sur ce qui les structure, sur notre nature profonde. Il apparaît qu’apprendre ensemble nous conduise à nous connaître davantage.

Cela demande du courage. Beaucoup de courage et une certaine humilité. Mais si, chemin faisant, nous devenions certes un peu plus conscient mais aussi et surtout un peu moins inhumain ? N’est-ce pas, en ces temps de crises multiples et de désordres, où l’inconscient semble plus que jamais à l’œuvre, l’enjeu incontournable du XXIème siècle ?

Et si le numérique, parce qu’il nous permet en partie de nous affranchir à la fois du temps et de l’espace, détient le pouvoir transformant qu’on lui accorde, il devient plus qu’urgent de l’adopter pour réinventer ensemble nos liens sociaux plutôt que de les liquider, osons le dire, sur l’autel d’un consumérisme aveugle et frénétique placé sous une surveillance algorithmique occulte. La responsabilité de choisir en incombe à chacun.

Thierry Curiale

Publié sur le blog : http://linkis.com/OTzeP

Avec les remerciements de l'An@é pour cette publication sur Educavox

Références:

[1] Jeremy Adelman, Voyage au pays des Mooc, ou le récit d’une expérience, in Cités, L’Education à l’âge du numérique, PUF, 2015.

[2] Dans l’adoption (du latin ad-optare signifiant opter ou choisir, greffer ou acquérir) il est question d’effectuer le choix d’intégrer, de faire sien. Par exemple, lorsqu’on adopte un enfant on choisit de l’intégrer parmi les siens et, ce faisant, c’est l’ensemble du système de relations familiales qui s’en trouve transformé. Dans l’adaptation (du latin ad-aptare signifiant rendre apte à ou ajuster, conformer ou joindre) nous n’avons pas le choix. Nous nous conformons et, ce faisant, nous nous soumettons. Ce qui rend toute transformation réciproque impossible. L’adoption constitue une relation, l’adaptation un rapport : « Le « faire sien » qu’est l’adoption suppose une participation de ce qui adopte à ce qui est adopté ». (Victor Petit, Vocabulaire d’Ars Industrialis in Bernard Stiegler, Pharmacologie du front national, Flammarion, 2013, p. 371).

[3] La sérendipité est le fait de trouver ce qu’on ne cherchait pas ou de trouver plus que ce que l’on cherchait.

[4] Cf. La réalité virtuelle immersive au service de la voie professionnelle (https://youtu.be/evLEvCuPMTE).

[5] Au sujet des conséquences environnementales et mentales du capitalisme 24/7 tel que le nomme Crary (Jonathan Crary, 24/7. Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Zones, 2014), Bernard Stiegler évoque la « destruction destructrice » en référence aux travaux de Schumpeter qui postule que seule la « destruction créatrice » peut favoriser la croissance. Afin d’illustrer son propos, il se réfère à la crise des subprimes qui provoqua la crise bancaire et financière de l’automne 2008 dont on connaît les conséquences individuelles et sociales désastreuses. (Bernard Stiegler, La société automatique, Tome 1 L’avenir du travail, Fayard, 2015, pages 153 à 157).

[6] Le connectivisme est une théorie de l'apprentissage développée par George Siemens et Stephen Downes. Basée sur les apports des nouvelles technologies, elle tente d'expliquer les effets de la technologie sur la façon dont les gens vivent, communiquent et apprennent (Cf. http://bit.ly/1H30yIC).

[7] Pour le dire simplement, le socioconstructivisme pose que la connaissance (et les compétences, ajouterais-je) relève d’une construction qui serait d'ordre social et non individuel. Elle s’effectuerait ainsi à travers des interactions entre un sujet et son milieu. (Cf. http://bit.ly/1Mk034J).

[8] Pierre Baudry, cabinet Okoni, dans une vidéo diffusée sur « Apprendre autrement », site web qu’anime Denis Cristol (http://linkis.com/over-blog.com/qoGXL ) en parallèle d’une de ses nombreuses initiatives rassemblant facilitateurs et apprenants au sein d’un « cercle libre d’apprentissage » (http://apprendreensemble.weebly.com/).

[9] Celui-ci consiste à réunir dans un même espace de travail des profils et des compétences hétérogènes que le facilitateur rassemble autour d’une consigne de production collaborative précise.

[10] L'authenticité est en philosophie la vertu qui exprime l'être authentique et profond d'un individu.

[11] Rappelons que l’éthique relève de la philosophie (conception du monde, vision de l'être humain) qui s'intéresse à ce qui est juste et bon. J’ajouterais qui s’intéresse à ce qui est juste et bon pour soi et pour les autres notamment lorsqu’on prétend accompagner un groupe d’apprenants dans un processus collaboratif d’apprentissage. Ce qui suppose justement, et selon moi, un don de soi.

[12] Il est intéressant de noter que l’origine étymologique de « personnage » est « Persona » (de per « A travers » et sonum « le son ») désignant ainsi un masque de théâtre suffisamment ouvert pour laisser passer la voix de l’acteur qui, lui-même, se situe derrière. Par extension, Viviane Thibaudier, psychanalyste jungienne, donne la définition suivante de « Persona » : « le masque, l’ensemble des rôles que l’individu accepte de jouer dans sa vie afin de s’adapter à son environnement. Elle agit comme une protection, mais peut aussi couper l’individu d’une partie de lui-même ». (Viviane Thibaudier, 100% Jung, Eyrolles, 2011, page 157)

[13] « Dans un sens large, on appelle sujet, en psychanalyse, la personne que l’on est en train de considérer (en tenant compte de son vécu et de ses [attitudes] et comportements) afin de la situer dans sa relation aux divers objets […] mais aussi dans sa relation aux autres personnes qui prennent alors également le statut d’objet. Etre sujet est aussi une condition (la condition de sujet) qui se met en place à un certain moment de l’évolution psychique. Le sujet sera alors celui qui accède à son identité propre, qui tient compte de la réalité et qui est pleinement l’acteur de sa vie » (Site officiel de la fédération freudienne de psychanalyse - http://bit.ly/1R5p80R).

[14] Pour Aristote, la catharsis, que reprendra Antonin Artaud dans le Théâtre et son double en 1938, est un effet de « purification » produit sur les spectateurs par une représentation dramatique. J’ajoute que cette « purification » est trans-formatrice en tant qu’elle est une « prise » de conscience de contenus psychiques latents c’est-à-dire in fine un accroissement de conscience.

[15] Font naturellement exception les représentations théâtrales de Jerzy Grotowski dans les années 70 (Cf. son œuvre théorique majeure Vers un théâtre pauvre, L'Age d'Homme, réédition 1993) comme celles d’Ariane Mnouchkine et du théâtre du Soleil ou bien encore celles d’Antoine Vitez, d’Eugenio Barba, de Tadeusz Kantor et de Patrice Chéreau pour ne citer qu’eux.

[16] « Erwing Goffman, sociologue de formation, envisage la vie sociale comme une « scène » […], avec ses acteurs, son public et ses « coulisses » […]. Il nomme « façade » différents éléments avec lesquels l'acteur peut jouer, tel le « décor », mais aussi la « façade personnelle » (signes distinctifs, statut, habits, mimiques, sexe, gestes, etc.) […]. Les analyses de Goffman se centrent moins sur l'action individuelle que sur l'interaction ». (Wikipedia http://bit.ly/1G40Kwk - Erwing Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, t. 1 La Présentation de soi, Éditions de Minuit, coll. « Le Sens Commun », 1973).

[17] Étymologiquement, le mot « communication » vient du latin communicare, «mettre ou avoir en commun», formé de cum («ensemble, avec») et munis ou munia («charge, fonction»). Il s’agit donc d’être en charge de mettre en commun, de partager quelque chose avec un ou plusieurs interlocuteurs.

[18] Cf. note de bas de page n°16.

[19] Un double attentat à la bombe fait de nombreux morts le samedi 10 octobre 2015 au matin, à Ankara, la capitale de la Turquie, à l’occasion d’une manifestation publique. Très vite, le Premier Ministre français s’exprime sur ce drame au cours d’une allocution télévisée. Toutefois sa voix, sa posture et sa diction hésitante offrent à l’auditoire un personnage de circonstances, une façade faite d’automatismes, donnant le sentiment d’un défaut manifeste d’authenticité. Une dissonance cognitive issue du décalage entre le fond et la forme s’installe qu’un message plus direct, plus simple et plus humain aurait sans doute pu éviter (BFM TV, http://bit.ly/1NfGwBl).

[20] On pourrait aussi prendre pour exemple le rôle d’un formateur, d’un apprenant, d’un manager, d’un collaborateur, d’un père, d’une mère et par extension tout rôle social.

[21] J’entends par « attitude » une disposition toute intérieure. On peut en effet avoir des attitudes racistes sans jamais, et ce pour toutes sortes de raisons, les traduire dans des comportements.

[22] Cf. Société Française de Psychologie Analytique (http://bit.ly/1Xs0rQu).

[23] Cf. Textes de psychanalyse (http://bit.ly/1Xs2IuR).

[24] Les verbes pronominaux sont les verbes qui se conjuguent avec un pronom réfléchi de la même personne que le sujet. Si JE et MOI se réfléchissent, ils sont donc en « miroir » et constituent une seule et même chose. D’ailleurs il faut préciser que le terme "Moi" serait une traduction impropre de l’allemand "ich" (Freud) qui signifie "Je" (Cf. http://bit.ly/1Xs7KaL)

[25] Cf. note de bas de page n°12.

[26] « Il n’y a pas de conscience sans sujet c’est-à-dire sans un moi qui en est le centre. » (Viviane Thibaudier, 100% Jung, Eyrolles, 2011, page 156).

[27] Ibidem.

[28] Ibidem.

[29] Ibidem.

[30] Ibidem, page 157.

[31] Je pense ici à un cas exemplaire où un participant à un groupe informel de réflexion non-dirigée, s’était immédiatement, et avec la meilleure intention du monde, donner pour objectif de faire participer chacun des membres de la communauté apprenante afin qu’il ait sa place et son espace de parole. Il ne se rendait pas compte que, ce faisant, il privait chacun de son libre-arbitre et de son autonomie de décision. Son intention sonnait comme une injonction. Certains en furent agacés. Par quoi était-il agi pour vouloir à tout prix jouer ce rôle ? Qu’est-ce que cela pouvait représenter pour lui ? Que cherchait-il à faire ? Quels risques prenait-il à se comporter de la sorte ? En était-il conscient ?

[32] « J’attendis longtemps avant de devenir capable de purifier les écuries d’Augias de mon inconscient… » (Jean Sarkissof, Pour une psychanalyse plus active : corps et psychanalyse, Intégrale, 1992, page 19)

[33] L’individu, selon Viviane Thibaudier, résulte d’un processus d’individuation c’est-à-dire « d’un processus naturel de transformation intérieure par lequel on devient un être autonome et entier ». (Viviane Thibaudier, 100% Jung, Eyrolles, 2011, page 156)

[34] L’ombre, selon Viviane Thibaudier, représentent « les aspects de notre personnalité que nous ne reconnaissons pas, et que nous trouvons inacceptables car ils s’opposent à l’image idéale que nous voudrions avoir de nous-mêmes. » (Viviane Thibaudier, 100% Jung, Eyrolles, 2011, page 157)

Dernière modification le mercredi, 02 octobre 2019
An@é

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