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Parlons-en… avec Pierre Frackowiak - Elle est passée par ici, elle repassera par là. Elle est sortie par la porte, elle revient par une vitre brisée de la fenêtre abîmée.
L’aide individualisée est revenue. Unanimement condamnée par les enseignants fatigués, par les pédagogues agacés, par l’académie de médecine étonnée, par les juges de la cour des comptes mobilisés, par le bon sens éprouvé, l’aide individualisée conçue à seule fin de faire des économies et de donner bonne conscience aux destructeurs de l’école, se déguise sous Halloween et revient en force.
 
La 25ème heure vient à point nommé donner raison à ceux dont tout le monde pensait qu’ils avaient tort. C’est un véritable tour de force comme en sont coutumiers les hérauts du conservatisme qui parviennent toujours à ressortir les vieilles certitudes sous des nouveaux oripeaux et à les imposer pour ne rien changer.
 
L’idée reste immuable : il faut travailler hors temps scolaire normal pour réussir. Foin de la fatigue, foin de l’incompréhension, foin de la stigmatisation, foin de la mise en cause éventuelle des pratiques ! Sans le travail à l’école hors temps normal, à la maison, au centre social, ailleurs, point de salut. L’école serait incapable de garantir la réussite des apprentissages scolaires sans que des répétiteurs s’en mêlent. Le hors temps scolaire est devenu plus important que le temps scolaire. On le sait bien : un élève ne peut pas réussir s’il ne fait pas d’heures supplémentaires. S’il ne réussit pas, c’est de sa faute, de la faute de ses parents qui ne font pas leur travail comme chacun sait, c’est de la faute des autres, mais les pratiques pédagogiques dans le temps scolaire normal ne sauraient être mises en cause. 
 
L’exercice d’application est plus important que l’activité de construction des notions et des compétences. Même l’exercice d’application de notions incomprises est plus important que leur construction dans des situations porteuses de sens. On sait bien que le musicien ne réussit pas sans faire de gammes et le sportif échoue s’il ne s’entraîne pas. Il faut donc que le cerveau fasse des gammes et s’entraîne. Le risque de fabriquer des robots et des exécutants n’existe pas. Il faut des bases et de la mécanique avant de permettre à l’intelligence de chercher des chemins, plus tard, trop tard pour beaucoup.
 
Les devoirs faits en classe restent des devoirs. Ils justifieront le besoin de devoirs supplémentaires après l’école…
 
La refondation ne semble pas vouloir mettre l’intelligence au premier plan. Les programmes maintenus avec un vague espoir de changement pour plus tard ne lui laissent pas de place. En renvoyant dos à dos républicains et pédagogues pour surfer sur le conservatisme et satisfaire à l’électoralisme, on confirme le déni, bien installé, de la pédagogie.
 
Il est évident que si l’on maintient les programmes, les évaluations, la scolarisation du hors temps scolaire, les pratiques et les organisations, il sera difficile de refonder.
 
 
crédit photo : JR Brousse An@é
Dernière modification le lundi, 24 novembre 2014
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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