Premier anniversaire de l’Institut Maria Nowak pour l’entrepreneuriat populaire
En novembre 2024, 2 ans après la disparition de sa fondatrice, l’Adie lançait l'Institut Maria Nowak, un institut de recherche et d’études avec pour mission de faire de l’entrepreneuriat populaire un instrument clé pour une économie inclusive et responsable. Bien plus que la pionnière du microcrédit en France et en Europe, Maria Nowak est aussi celle de l’entrepreneuriat populaire, un entrepreneuriat qui n’est pas réservé à ceux qui possèdent l’argent et les codes mais qui rend possible les initiatives de chacun.
“L’entrepreneuriat populaire, de plus en plus de Français y prennent part mais encore trop peu de monde en parle. Les parcours des migrants, des jeunes et des femmes des milieux populaires de même que les stratégies des entrepreneurs des quartiers ou des zones rurales sont encore largement occultés par les figures écrasantes de quelques success stories qui cochent toutes les cases”, explique Thierry Sibieude, Président du Conseil scientifique de l’Institut Maria Nowak.
Cette première année structurante a permis à l’Institut de définir les 3 grands axes de recherche pour les premières années à venir, autour de l'Économie Informelle, sous l'angle de l’économie circulaire telle qu’elle s’exprime dans des activités de réparation, de l'ancrage local et la dimension territoriale de l’entrepreneuriat populaire et enfin du phénomène en plein essor les slasheurs et de la polyactivité entrepreneuriale comme réponse à la fois à des aspirations individuelles et des logiques de sécurisation face à l'incertitude économique.
Lancé cette année, le Prix Maria Nowak récompense d’ores et déjà trois travaux de recherche qui explorent de manière originale les dynamiques de l’entrepreneuriat populaire. Ce premier palmarès pluridisciplinaire, sélectionné par le comité scientifique de l’Institut Maria Nowak, fait la part belle aux récits et aux initiatives invisibilisés de l’entrepreneuriat des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap, de l’Ancien Régime à nos jours.

Le Prix de l’article scientifique questionne le mythe contemporain de l’entrepreneurhéros
Le Prix de l’article scientifique a été décerné à Julien Billion, Catherine Lejealle, Olivier Fournout et Claire Doussard pour : “My Disability Is Something We Use as a Strength” — Hero or Not Hero: Revisiting Critical Studies about Entrepreneurship
Qu’est-ce qu’un héros aujourd’hui ?
Remettant en question le mythe du héros comme être d’exception prédestiné à réussir, la matrice du héros, conceptualisée par Olivier Fournout, dresse le portrait contemporain d’un être traversé par des injonctions contradictoires exigeant de savoir concilier authenticité et capacité à jouer un rôle, concentration sur sa mission et créativité, douceur et puissance.
Les recherches de Julien Billion s’inscrivent dans le champ de l’entrepreneuriat social et de l’innovation sociale, avec une attention particulière portée au handicap et à l’exclusion sociale. En mettant la Hero Matrix à l’épreuve des réalités vécues par 20 entrepreneurs en situation de handicap, cet article vise à alimenter le débat critique sur le mythe de l’entrepreneur-héros.
Les entrepreneurs en situation de handicap valident empiriquement la Hero Matrix autant qu'ils imposent une redéfinition de la figure du héros, forgé à travers l’adversité, à force de résilience et d’adaptation. Ils ne sont pas des figures solitaires. Ils s’inscrivent dans des réseaux d’entraide. Leur succès est le fruit d’un effort collectif, nourri par des motivations qui dépassent la seule recherche de profit. A l’échelle individuelle, il s’agit souvent de créer son propre emploi face à un marché du travail peu accessible et, bien souvent, de développer des solutions utiles à d’autres personnes en situation de handicap.
Le Prix de la thèse met en lumière l’entrepreneuriat des femmes marseillaises sous l’Ancien Régime
Le Prix de la thèse a été décerné à Romain Facchini pour : Être marchande à Marseille : Femmes, commerce et essor économique d’une ville portuaire (milieu XVIIe - 1789)
Les femmes ne sont pas des marginales dans l’économie : elles y sont présentes de manière constante, active, et souvent indispensable.
Docteur en histoire moderne, chercheur associé au laboratoire TELEMMe (Aix Marseille Université, CNRS) et enseignant d’histoire-géographie dans l’académie d’Aix-Marseille, Romain Facchini se livre à une analyse approfondie inédite de la participation des femmes à l’économie marseillaise entre l’édit d’affranchissement de 1669 et la Révolution.
Sa thèse explore en détail les modalités d’action, les savoir-faire et les stratégies d’autonomie des Marseillaises dans un espace portuaire encore parfois perçu comme restrictif pour les femmes. Elle met en lumière la capacité de certaines d’entre elles à gérer des stocks, encaisser des dettes, intenter des procès ou négocier avec des clients. Elle situe les femmes dans les chaînes du commerce local et transrégional, voire international, dans un port de Marseille qui s’ouvre à la mondialisation des échanges de produits coloniaux.
Ce faisant, la thèse de Romain Facchini révèle non seulement une agentivité économique des femmes sous l’Ancien Régime souvent ignorée, mais permet également de comprendre des logiques d’autonomie et de créativité économique, à la croisée de l’entrepreneuriat formel et de l’informel, qui résonnent avec les problématiques contemporaines de l’entrepreneuriat populaire et inclusif.
Le Prix du mémoire interroge l’utilité des programmes de sensibilisation à l’entrepreneuriat des jeunes
Le Prix du mémoire décerné à Chloé Dupuis pour : La sensibilisation des jeunes à l’entrepreneuriat. De la sensibilisation à l’action : effets et limites des dispositifs entrepreneuriaux chez les jeunes en milieu scolaire.
Sensibiliser les jeunes, précocement, à la création d’entreprise, ça sert à quoi ?
C’est à cette question que s’attelle le mémoire de Chloé Dupuis qui, en plus d’être diplômée d’une licence professionnelle Métiers de l’Entrepreneuriat, Intrapreneuriat et Création-Reprise d’Activité, puis d’un master Management des PME ESS est une actrice de terrain, adjointe de direction au DAME Ouest, un établissement de l’Adapei 27 engagé dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap.
Ce travail de recherche consacré à la sensibilisation des jeunes à l’entrepreneuriat livré dans le cadre de son master, a pu être mené dans le cadre d’une alternance au sein de l’association Entreprendre Pour Apprendre, qui lui a permis de réaliser une enquête de terrain à partir du dispositif de la Mini- Entreprise.
Les résultats montrent des effets très positifs : au-delà des apprentissages techniques, l’expérience favorise le développement de compétences psychosociales telles que la confiance en soi, la communication et le travail en équipe, amplifiés par la qualité de la pédagogie déployée, l’investissement et la disponibilité des encadrants mobilisés. La sensibilisation des jeunes à la création d’entreprise, au-delà de l’exercice pédagogique et de la dimension d’orientation professionnelle, constitue un puissant outil de transformation personnelle et sociale dont les effets pourront être suivis et mesurés à moyen terme.
Dernière modification le dimanche, 18 janvier 2026

