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Mercredi 24 janvier, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale présentait Pierre Mathiot, professeur des universités, missionné pour établir un rapport proposant les moyens de réformer le Baccalauréat dans une dynamique de concertation. 

"Le Bac, est une institution bicentenaire qu’il faut renforcer au service de nos élèves, mais qui a besoin d’être modernisée", affirmait le ministre. "En passant le baccalauréat on se prépare à la vie, mais le Bac est aussi un repaire social et un rendez vous républicain de notre pays qui correspond à ce qu’est notre société".

Les propositions qui seront présentées ont été établies en concertation avec les lycéens qui ont été consultés dans toute la France, et qui se réunissaient ce même jour au sein du Conseil de la Vie Lycéenne.

Il s’agissait aujourd’hui d’exposer les résultats de la consultation, non pas de la réforme qui sera présentée le 14 février et qui ne prendra effet qu’en 2021.

Pour le ministre, cette démarche obéissait à plusieurs principes ou ambitions :

Tout d’abord celle de la réussite des élèves qu’il faut accompagner et soutenir, avec une logique de passerelles et le droit de faire des choix.

Il s’agit ensuite d’une ambition individuelle et collective afin que le bac traduise une réalité de compétences bien préparées, fondées sur exigence disciplinaire, les disciplines étant mieux étudiées parce que choisies par les élèves. Un autre fondement de cette démarche est l’ambition d’une expression écrite et orale en français dont il convient de consolider les compétences, car si on pousse l'oral, ce n'est pas au détriment de l'écrit, comme dans la vie.

Un troisième principe est celui de l'égalité, car le Bac est un symbole républicain dont les modalités d'évaluation doivent être justes et équitables. Tout un travail sera mené sur les modalités d'évaluation.

Le quatrième principe est celui d’un objectif le progrès en phase avec les grands défis de notre temps, pour en intégrer les grandes réalités en montrant notamment l'équilibre et la complémentarité entre la culture humaniste et la culture scientifique.

Le cinquième principe est celui de la simplicité : le bac doit être plus lisible et plus compréhensible tout en étant en cohérence avec l'école primaire et le collège pour un lycée qui ouvre une deuxième partie de la vie, un tremplin.

Des consultations vont débuter et ce n’est qu’au 14 février que sera faite la proposition de réforme.

Ensuite, le ministre travaillera sur l'impact de la réforme sur le lycée. Un test de positionnement numérique sera proposé en début d'année de la classe de seconde afin que chaque élève puisse situer ses compétences pour consolider ce qui doit l'être. L’entraînement à l'oral est essentiel, la place du théâtre doit être affirmée, des exercices oraux proposés avec des temps d'accompagnement personnalisé à l'expression orale. Les véritables changements interviendront en 2019. Enfin, les programmes des lycées auront aussi évolué d'ici là.

Pierre Mathiot présentait tout d’abord sa démarche fondée sur la concertation avec le terrain, sur l’étude des comparaisons internationales et la consultation d’experts (il est à noter que plusieurs inspecteurs généraux ont été associés à ce travail, dont Mme Souâd Ayada, l’actuelle présidente du Conseil Supérieur des Programmes ndlr).

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Tous les acteurs intéressés au monde de l'éducation ont été entendus avec trois déplacements en académie  dans des lycées différents pour tester l'accueil auprès des acteurs.

L’un des objectifs est la simplification, car " le bac est devenu un monstre". Il y va de la crédibilité de ce diplôme. Il convient d’être attentif à la fonction d'accès à l'université après le bac, car neuf lycéens sur dix vont dans l'enseignement supérieur en étant assez peu préparés à cet ordre d'enseignement. Les inégalités sociales sont donc maximisées. Dans ce cas, l'égalité des chances est aussi un objectif majeur.

Les nombreuses propositions individuelles et volontaires qu’a reçues Pierre Mathiot sont l’indice d’une attente élevée dans la société française vis à vis du baccalauréat.

" Le bac fonctionne sur le mode du sprint " et il laisse finalement assez peu de traces après coup. L'idée est d'avoir des épreuves terminales au nombre de quatre (deux pour l’approfondissement de la " Majeure " après Pâques et deux épreuves à la fin du mois de juin : philosophie et grand oral), avec toujours une épreuve anticipée de Français (le tout comptant pour 60% de la note finale) et d’autres évaluations en cours de cursus comptant pour 40% du total des points. Le format de " l’oral sur projet " est inspiré de celui qui est déjà présenté au baccalauréat technologique ou dans le cadre des Travaux Personnels Encadrés.  

La question des notes attribuées en cours de cursus (dit aussi " contrôle continu ") pose des interrogations importantes telles que celle de la standardisation des épreuves et des résultats, et celle de l’anonymat. On observe déjà qu’actuellement le caractère anonyme n’est pas respecté pour les affectations post bac. A cet effet, le rapport présente trois propositions de modalités de ce contrôle en cours de cursus [1]

L’approfondissement et le complément avec Majeures et Mineures permettent de colorer fortement le cursus en volume horaire de spécialité.

Il est aussi envisagé d’instaurer un supplément au diplôme, par un document officiel recensant les compétences acquises par l'élève au lycée et à l'extérieur.

Il s’agit aussi d’accompagner les élèves dans la définition de leur projet vers l'enseignement supérieur par une information conséquente et une préparation technique. 

Rapport Bac couverture

Le lycée des possibles, est la formule qui résume ce projet, car il offre de grandes possibilités de parcours ouverts en fonction des possibilités des établissements à assurer ces formations. Le sous-titre du rapport étant  " Un enjeu majeur pour notre jeunesse, un défi essentiel pour préparer la société de demain ", l’ambition est affirmée.

Répondant aux questions de la salle, Jean-Michel Blanquer précise que le coût du Bac n’est pas une fin en soi, il n’est qu’une résultante. Aucune étude économique n’a été faite, car ce n’est pas le cœur du sujet. Il faut malgré tout penser au gâchis financier qu’il représente quand on voit le coût direct et indirect du bac, notamment la désorganisation des études en fin d'année

Le ministre indique encore que rien n’est acté en ce qui concerne la suppression des séries, le déroulement du contrôle continu, la nature de l’oral : il entend jouer pleinement le jeu de l'argumentation.

En ce qui concerne le numérique

Le rapport mentionne  …

 

Architecture générale et organisation

De quelques principes et objectifs (p.24)

(…)

4 – Recourir massivement aux ressources numériques, comme soutien à l'orientation, comme instrument pédagogique et de certification de certains enseignements (notamment en langues étrangères). Plus largement, la formation des élèves à l'informatique et au numérique doit impérativement être renforcée, aussi bien comme discipline académique conduisant à des formations dans l'enseignement supérieur que comme moyen " véhiculaire " permettant aux élèves et aux enseignants de travailler autrement et de disposer d'une culture numérique minimale, par exemple au codage. Par ailleurs, il est crucial que le lycée lui-même (et à travers lui le ministère de l'Éducation nationale) franchisse aussi le cap et s'appuie sur le numérique comme une source d'amélioration du travail. La formation des personnels est essentielle car il faut constater parfois que les équipements existent mais ne sont pas utilisés par les enseignants ou les personnels administratifs, faute de formation adéquate.

5- Prendre pleinement conscience des nouveaux enjeux qui se posent dans nos sociétés et qui impliquent que le lycée se les approprie impérativement : informatique, numérique, développement économique et liens avec les Stem (Sciences, Technology, Engineering, Mathematics), environnement, éthique, intelligence artificielle, etc.

A son tour, le 25 janvier le secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi adresse à la presse le communiqué suivant :

" Chers journalistes,

Alors que Google annonçait il y a quelques jours vouloir investir massivement dans le numérique en France, que le mastodonte américain considère "en retard" notamment en matière d'éducation au code informatique, Mounir Mahjoubi secrétaire d'état au numérique a indiqué hier l'éventualité d'une épreuve de code au bac.

Pour commenter cette actualité et afin de comprendre ce tel engouement, Alexandra Zana fondateur de Coding days, dont la mission est de démocratiser le code au travers d'une session de formation immersive et pédagogue basée sur la méthode Montessori, est à votre disposition. Cette start-up revendique plus de 1500 personnes formées en 6 mois dont de très grandes entreprises françaises (GDF SUEZ, La Mairie de Paris..etc) ayant bien compris l'enjeu d'un apprentissage urgent aux rudiments de la programmation. (…) »

On le voit bien, le numérique est plus que jamais incontournable. Cette modalité d’accès à l’information, au savoir, aux apprentissages s’affirme toujours plus comme une nouvelle culture indispensable. Que ce soit en termes d’humanités numériques, de vecteur social ou de création via l’écriture du code, le numérique doit pourtant encore trouver une place conséquente, car nécessaire à la construction d’un " lycée des possibles " pour la France du 21ème siècle.

 Michel Perez

[1] On se reportera au rapport lui-même pour la déclinaison complète des propositions de Pierre Mathiot

Pour télécharger le rapport http://cache.media.education.gouv.fr/file/Janvier/44/3/bac_2021_rapport_Mathiot_884443.pdf

 

Dernière modification le dimanche, 29 juillet 2018
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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