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Priorité aux médias - C’est en France un problème permanent que celui du rapport de la pratique pédagogique à la recherche : c’est vrai tout aussi bien pour les matières d’enseignement que pour les thèmes transversaux.
Situation particulièrement contreproductive dans le domaine des langages et des écritures, où l’on voit s’exprimer régulièrement les doutes et les doléances. C’est là une priorité aveuglante, mais qui pour autant n’est pas traitée comme prioritaire, comme, d’ailleurs, la question des « fondamentaux » (au sens plein) pour aujourd’hui.
 
La « méthode Coué », l’autosatisfaction et la congratulation entre soi, les harangues supérieures, le travail de communication publicitaire de l’institution, ne peuvent tenir lieu de détermination de l’action. Encore moins en fournir de critères. Celle-ci se juge concrètement et s’évalue historiquement
 
Le domaine du rapport scolaire aux médias est particulièrement significatif d’un manque que les effets d‘annonce, les opérations ponctuelles ou les colloques sans suites ne peuvent voiler.
D’autant que ce qui devrait être l’affaire de tous et considéré comme « Bien pédagogique commun » n’est encore porté que par un ancrage institutionnel et quelques tenants du genre, sans qu’un grand débat ne l’anime. Plus encore, le pluralisme des points de vue et des apports scientifiques, pas davantage que l’enrichissement patrimonial dans l’articulation entre recherche et pédagogique, n’ont depuis vingt ans fait florès.
 
 
Ni les convictions positives du discours hiérarchique, mal reçu par les « petites gens » - car enfin, c’est l’humble pédagogue qu’il serait bon au minimum d’instruire et d’encourager, à défaut de vraie coopération entre les ordres, de coexpérience et de la mutualisation souhaitables - ni les catalogues hétéroclites de microréalisations (les « innovations »), ni les récris de vertu déontologique et scientifique, ne peuvent masquer la faiblesse de l’engagement (qui ne devrait pas dans ce domaine clé se jouer en lieu et milieu particulier, mais partout et au jour le jour) ni le problème principal, qui est le statut et l’inscription non-formaliste de cette préoccupation dans les curricula, les formations professionnelles et universitaires. Serpent de mer : on repose là des questions (toujours sans réponses) qui étaient sur la table… il y a trente ans. Bel exemple de stagnation pour un domaine lui-même lancé à toute vitesse, et qui nécessiterait par conséquent, un tout autre état d’esprit, à défaut d’audace et d’invention. Ainsi d’un paradoxe majeur, auquel s’atteler utilement !
 
 
Et quelques maux persistants du moment oblitèrent ce dossier qui devrait être porté par toute la communauté éducative : la liste est longue, et au rang desquels le présentisme, sur lequel il faudra insister, car il se manifeste aujourd’hui régulièrement. Il travaille de manière cruelle un texte éducatif soumis à « l’immobilisme agité » : perte de mémoire, absence de mise en perspective et d’éclairage critique, manque de projection et d’horizon de sens… Or s’il est un domaine qui devrait « faire médiation », et non coller à l’im-médiat, c’est bien celui…des médias.
 
 
Et s’il est un domaine où l’ouverture interdisciplinaire et les « fers de lance » (décidément relégués au rang des vieilleries) sont nécessaires, c’est bien celui des nouvelles donnes, qui décidément, méritent un traitement à la hauteur des enjeux actuels. Sans doute serait-il bienvenu que nos lointains successeurs songent à refaire l’argumentaire, périmé  : la crispation académique ne présage rien de meilleur à venir. Quant aux instances des sciences de l’éducation et de la communication, à la presse et aux médias pédagogiques, aux philosophes soucieux du temps présent, leur rôle dans la promotion d’un tout autre souffle serait décisif.
 
 
De la même manière, la conception de l’action éducative portée par les grands établissements ne semble guère garante d’une véritable re-fondation dans ce domaine, qui - faut-il s’en persuader, mais qui en est vraiment persuadé (au point de la cohérence de l’action) ? - vaut d’être mis tout en haut de la pile des dossiers de fond à traiter. 
Si l’on accorde au terme de « médias » son sens plein (et non celui d’une sous-catégorie du "numérique" ou d’un des axes du "cyberespace" au même plan que l’informatique et les réseaux), de lui dépendent bien des enjeux en cours. 
Dernière modification le jeudi, 27 novembre 2014
Jean Agnès

Domaines de recherche actuels : principes d’une philosophie de l’éducation (transmission, soin éducationnel, « nouvelles donnes » pour l’éducation scolaire, espace de la pédagogie). 

Philosophe, écrivain, il a été responsable associatif et éducatif.  A enseigné "à tous niveaux" et exercé des missions nationales et internationales comme formateur de formateurs et de cadres, et concepteur et animateur de programmes en pédagogie des médias. Il a été membre de divers conseils et comités de rédaction scientifiques. Auteur de nombreux travaux et publications, il est spécialiste en philosophie de l’éducation et fondateur du sitephileduc

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