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Crédit photo : JR Brousse - La refondation de l’école engagée par le gouvernement et Vincent Peillon, Ministre de l’éducation nationale, est en marche depuis plusieurs semaines avec les travaux de la concertation nationale qui continuent encore pour quelques jours. Quelques septiques et impatients réunis dans une critique commune sur la méthode et les orientations des premières discussions alertent ici ou là l’opinion publique des dangers de refonder l’école sans véritablement oser le faire, « preuve du conservatisme ambiant ».
Personne pourtant, à l’heure d’aujourd’hui, ne peut être certain que les ambitions de la Gauche ne soient pas à la hauteur des espérances des français pour le service public d’éducation alors que les premiers signes, rappelons le quand même, ont tous été ceux de la reconquête : plus de 1000 postes créés à la rentrée pour soulager l’insupportable, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire et l’annonce d’un recrutement d’envergure pour le budget 2013 remplaçant tous les départs en retraite et rajoutant prés de 20 000 postes supplémentaires !
 
 
Evidemment la question des moyens, même vitaux, ne peut être la condition unique de la refondation de l’école, considérant que le cap n’est pas celui d’une simple réforme mais « d’un grand chambardement ». Malgré le contexte budgétaire contraint, conséquence de la crise et de la gabegie fiscale menée depuis 10 ans, l’école au sens large est redevenue la priorité du mandat du Président de la République.
 
 
Les fronts multiples sont ouverts, à la fois conséquences de la politique de la droite qui a sciemment fragilisé le fonctionnement de l’éducation nationale mais aussi du besoin de revoir dans les profondeurs la structure de l’école à tous les étages.
 
Les quatre grands chantiers de la concertation évoquent aussi bien la réussite scolaire que la réussite éducative, la redéfinition du métier enseignant, le passage à un nouveau rythme ou encore le sort réservé aux apprentissages. La tâche de Vincent Peillon au lendemain de la concertation sera donc, chacun devrait le comprendre, complexe, composant notamment avec les partenaires syndicaux puis arbitrant pour fixer la grande loi d’orientation et de programmation.
 
 
Il serait pourtant réducteur de lier la politique du gouvernement Ayrault à l’aune de ses choix éducatifs considérant que le rôle de l’école a aussi muté depuis plus de 40 ans sans que la prise de conscience soit toujours effective.
 
 
Des générations d’enfants ont entendu pendant longtemps le discours usuel sur l’obligation de réussir à l’école, pour « plus tard réussir dans la vie et trouver un beau métier ».
 
 
La rencontre entre l’école idéale et la société de plein emploi est largement devenue un mythe, bousculé par la montée du chômage et les difficultés, diplômés ou non (150 000 décrocheurs..par an), à s’insérer maintenant rapidement dans la vie active ou garder son emploi.
La fabrique des beaux esprits, la construction des citoyens de demain, pour tout dire l’émancipation par l’école est devenue moins importante que les conditions de la réussite et de « l’employabilité » de chacun. Sans vouloir opposer de manière naïve les deux dimensions de l’école, la permanence de la crise, profondément structurelle, a bousculé les priorités obligeant aussi l’école, les enseignants, les parents, les élèves et les entreprises (la montée de l’apprentissage en atteste) à changer, peu à peu, de priorités.
 
 
La refondation de l’école, nécessaire au demeurant, ne peut donc se concevoir à l’aune d’un système clos qui ne préoccuperait de lui-même que pour améliorer le fonctionnement celui-ci sans se préoccuper de la société et du contexte économique.
 
Le second pilier déployé par le gouvernement combattant le chômage des jeunes en initiant les contrats d’avenir et les contrats de génération est absolument vital pour ne plus désespérer les générations entières qui sortent de l’école en espérant vivre, c’est-à-dire travailler.
 
L’augmentation considérable du taux d’inactivité des jeunes fragilise toute la société alors que la distinction entre la légalité et la légitimité tend aussi à s’estomper. Comment demander à chacun de vivre dans des règles et dans des lois quand les seules réponses de la société sont de lui faire, au mieux, assistance ?
 
 
Aux impatients et aux sceptiques, aux grands prêtres éducatifs et aux donneurs de leçons, rappelons sans dévoyer le projet républicain, l’absolue nécessité de dé- sanctuariser l’école pour faire réussir celle- ci et donner un avenir à chacun. 
Caremelle Olivier

Enseignant et militant pour la promotion du service public d’éducation. Adjoint au maire de Lomme, délégué à la culture et au projet éducatif global.

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