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Dans le cadre d’Educatec, j’ai été invité à être le facilitateur d’une table ronde sur les nouveaux espaces d’apprentissage organisée par la Banque des Territoires. La facilité aurait été de les opposer aux espaces scolaires en les prétendants plus efficients, plus agiles… Et si l’on parlait plutôt de continuum éducatif, de complémentarité ?

J’ai participé, il y a quelques jours, à une fête de la réparation durant laquelle nous avons, sans le savoir, sans y avoir mis de mot auparavant, participé à une install party. Kezako ? Un moment où nous avons, en collaboration avec les citoyens du quartiers, installé un système d’exploitation libre ou des logiciels libres sur leur propre machine. La conjonction de coordination “avec” est très importante ici. Il ne s’agissait pas simplement de l’affaire d’un technicien qui exerce son savoir-faire au service d’une personne dont l’ordinateur ne fonctionne plus. C’est d’abord un dialogue, un échange qui va au-delà d’une simple clef usb ou d’un CD introduit dans un vieux coucou pour lui donner une seconde jeunesse.

Ce type de dispositif est un des lieux de l’innovation sociale que l’on ne doit plus simplement à la technologie mais plutôt à un accompagnement citoyen.A la verticalité de l’échange, on préfère l’horizontalité de la médiation. Une fois les freins techniques levés, les réparateurs donnent leurs trucs et astuces, ils discutent usage et souvent éducation aux médias et à l’information. On y apprend nous-même, parce que face à la panne nous sommes tous égaux. On s’y amuse à dénicher le problème.

Souvent nous ne sommes qu’une étape d’un chemin commencé par l’usager et terminé par lui-même.

C’est un peu paradoxal cette dernière phrase non ? Alors, vous devinez la réponse sous cette forme faussement interrogative ? Il ne s’agit pas de faire à la place de mais avec. Il s’agit de rendre le citoyen autonome face à la panne. Le faire monter en compétences, c’est lui donner le sentiment de la légitimité. Au travers de ce processus d’apprentissage, on retisse du lien. L’environnement d’apprentissage personnel du citoyen dépasse largement le cadre de la “forme scolaire actuelle” et cet événement en est le témoin. Il est souvent un moment du long life learning.

Ce type d’événement raconte l’émergence des Tiers-lieux et des nouveaux espaces d’apprentissage. Ces espaces d’innovation sociale sont par essence souples d’utilisation, à la fois fablab, agora, makerspace. La coquille compte moins que le projet dans la mesure où l’endroit physique compte moins que les interactions qui s’y jouent. Il s’agit de remplacer le “penser pour” par le besoin des usagers. Quoi de mieux que le #design UX pour mettre le formé au centre des préoccupations.

Alors pourquoi parler de continuum éducatif pour ces nouveaux espaces d’apprentissage informel ? C’est ce à quoi nous allons nous atteler lors de la table ronde qui aura lieu le 21 novembre 2019 à 14h30 sur le stand de la banque des territoires ? Si la classe n’a plus le monopole des apprentissages, quels sont les objectifs de ces nouveaux espaces, quel sens cela prend-il dans la formation, sont-ils en oppositions ou en complémentarités ? N’est-ce pas l’émergence d’un nouvel écosystème ?

Dernière modification le mercredi, 20 novembre 2019
Le Luherne Nicolas

Nicolas Le Luherne est directeur des Ateliers Canopé de Beauce, blogueur, chroniqueur pour le Thot Cursus, Ludomag et Educavox. Il est administrateur de l’Association Nationale des Acteurs de l'École, coordinateur des dossiers ruralité apprenante et francophonie. Professeur au lycée professionnel Philibert de l’Orme à Lucé jusqu’en août 2016, il a intégré différents outils numériques tels que les tablettes, les jeux sérieux, la réalité augmentée, la cartographie numérique en diversifiant les approches pédagogiques. Il s'intéresse l’impact de la culture numérique sur nos sociétés, notre citoyenneté et nos démocraties notamment à l’esprit critique et au complotisme.


 

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