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Les stéréotypes de genre en éducation semblent de toutes les époques. On a de tout temps entendu: « les garçons sont meilleurs que les filles en maths » et « les filles sont meilleures en français que les garçons ». Ces idées, qui perdurent de génération en génération se traduisent-elles dans les faits ?

Si on analyse les indicateurs publiés par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance que dirige Catherine MOISAN au ministère de l'Education nationale on fait plusieurs constats
Tout d'abord, les garçons réussissent toujours moins bien que les filles à l'école. Ils ont plus souvent des difficultés en lecture et ils poursuivent moins souvent des études longues. Un garçon sur cinq sort de formation initiale sans diplôme, contre un peu plus d'une fille sur dix.

Les filles ont de meilleurs résultats scolaires en français dans les petites classes. L'écart s'est même accru ces dernières années : en 2007, 89 % des filles maîtrisaient les compétences de base en français au primaire, contre 83,7 % des garçons, soit 5,3 points d'écart. En 2012, elles sont 91,8 % à maîtriser ces bases, contre 85,1 % des garçons, soit 6,7 points d'écart. Les filles meilleures en français devancent les garçons en sciences en fin de collège mais les garçons ont de meilleurs résultats en mathématiques, même si l'écart se réduit notamment au primaire : de 3 points en 2007 à 1 point en 2012. En 2012, 89 % des filles et 83 % des garçons qui se sont présentés au brevet (DNB) dans la série « collège » l'ont obtenu. Pour le CAP on constate également un différentiel ,86 % des filles et 82 % des garçons qui se sont présentés l'ont obtenu

Au lycée, les filles font plus des choix d'enseignements littéraires et les garçons d'enseignements scientifiques ou technologiques. En conséquence de ces choix, la mixité est rarement atteinte dans certaines séries de baccalauréat : 88 % de filles en santé-social et 87 % de garçons en sciences de l'ingénieur...Mais entre 2009 et 2012, la proportion de filles inscrites dans l'enseignement scientifique ou technologique a augmenté de 27 points, quand celle des garçons augmentait de 25 points.

Les enseignements de spécialité en terminale S n'ont pas le même succès que l'on soit un garçon ou une fille : à la rentrée 2012 , 49 % des filles et 27 % des garçons inscrits en terminale S choisissent « sciences de la vie et de la Terre » (SVT) alors que cela s'inverse en mathématiques 22 % des garçons et 16% des filles.

Les candidates au bac l'obtiennent plus souvent que les garçons (86,7% contre 82,3 % en 2012). Mais ces derniers représentent 54,5 % des effectifs de la filière S , qui conduit aux filières les plus sélectives de l'enseignement supérieur.

Pourtant les filles y obtiennent de meilleurs résultats : ainsi 37 % des filles et 30 % des garçons admis au baccalauréat scientifique (S) en 2012 l'ont obtenu avec une mention « bien » ou « très bien ».
Si l'on regarde la proportion d'une génération titulaire du baccalauréat on constate qu'en 2012 l'écart est de 5 points en faveur des filles ( 79.2% contre 74.3% ) Il était de 12 points en 2000.

Après le baccalauréat et à série équivalente, les filles et les garçons ne font pas les mêmes choix de poursuite d'études dans l'enseignement supérieur. En particulier on constate qu'il y a peu de filles( 29.7% ) en classes préparatoires scientifiques et peu de garçons en classes préparatoires littéraires (26.3% ).

A l'Université, les filles obtiennent plus souvent une licence, voire un master, alors que les garçons obtiennent plus souvent un doctorat . Les filles représentent 43.6 % des étudiants atteignant ce niveau mais 57 % des docteurs en lettres sont des femmes, il y a 38 % de femmes parmi les docteurs en sciences.

Les garçons sont bien davantage présents dans les filières qui mènent aux postes les mieux rémunérés : ils représentent 70 % des élèves des écoles d'ingénieurs.
Dans l'enseignement supérieur, les filles ont investi les bancs des universités ces cinquante dernières années passant de 42,8 % des effectifs en 1960-1961 à 58,4 % en 2012-2013. Mais les parcours universitaires demeurent nettement différenciés. Alors que les filles constituent 77 % des étudiants en lettres et sciences humaines, elles sont moins de 30 % dans le domaine des sciences fondamentales.

Contrairement à une idée répandue, les filles réussissent donc un peu mieux que les garçons à l'école mais au bout du compte, ces derniers continuent à être davantage présents au niveau le plus sélectif. Ni les filles, ni les garçons, ne sont meilleurs élèves par nature mais leurs modes de vie, leur éducation, les choix de leurs parents ou le fonctionnement du système éducatif restent différenciés selon le sexe. Ces réalités expliquent la plus ou moins grande réussite scolaire dans certains domaines, et surtout, les choix d'orientation vers telle ou telle filière.

Il est clair que des stéréotypes de genre favorisent les garçons en mathématiques et les filles en langues, ainsi que leur influence sur la réussite et le cheminement scolaire. En mathématiques, l'analyse des écrits révèle qu'en dépit de stéréotypes explicites pro masculins moins saillants qu'auparavant, les élèves entretiennent toujours implicitement ces croyances. Les mesures explicites et implicites révèlent que les langues sont perçues comme un domaine plus féminin que masculin. Les quelques études sur l'impact des stéréotypes soulignent leur effet sur la motivation et le rendement scolaire.

Depuis 2009, les associations femmes & mathématiques et Animath organisent plusieurs fois dans l'année, à Paris mais aussi en régions, les journées « filles et maths : une équation lumineuse ! » destinées à des filles en fin de collège, au lycée, et en classes préparatoires. Elles ont pour but d'encourager les filles à s'orienter vers des études de mathématiques et plus généralement des études scientifiques et techniques.

Il s'agit, à travers différents ateliers (conférence, théâtre forum, groupe de discussion...), de leur montrer les débouchés très divers des études de mathématiques et les métiers scientifiques mais aussi les différents obstacles à l'accès des jeunes femmes à ces domaines (préjugés et stéréotypes, problèmes institutionnels, autres...). C'est l'occasion pour les élèves de rencontres et d'échanges de manière informelle avec des femmes qui les ont précédées, doctorantes, mathématiciennes jeunes et moins jeunes, femmes ingénieurs.

Elles étaient une cinquantaine, ce jour de décembre 2015, dans l'amphithéâtre de l'Institut Henri Poincaré, toutes scolarisées en 1ère S dans des lycées parisiens , volontaires pour participer à cette journée « filles et maths : une équation lumineuse ».

Elles ont d'abord eu droit à une promenade mathématique dans laquelle Juliette VENEL, enseignante-chercheuse à l'Université de Valenciennes les a emmenées. Les mathématiques permettent de modéliser des mouvements de foule comme les situations d'évacuation de plusieurs personnes qui se trouvent dans une salle contenant des obstacles et veulent se diriger vers la sortie. L'intérêt de telles recherches est très actuel. En effet, les études de sécurité lors de la construction de bâtiments ou de l'organisation d'événements font de plus en plus appel à des modèles théoriques pour évaluer les risques en cas d'évacuation. Ces modèles permettent d'estimer par exemple les temps de sortie moyens ainsi que les zones les plus embouteillées, et peuvent servir à modifier certains éléments de construction (emplacement des piliers, largeur des portes etc ).

 L'équipe d'enseignantes organisatrice a ensuite lancé un atelier sur les représentations des mathématiques et des mathématicien(ne)s en s'appuyant sur une étude comparée des images utilisées par le ministère de l'Education nationale en 2011 dans sa campagne de recrutement d'enseignants :
« Julien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions »
« Laura a trouvé le poste de ses rêves «
Une campagne qui avait provoqué de nombreuses réactions scandalisées par les clichés sexistes qui l'accompagnait.

 Martin ANDLER est Président de l'Association pour l'animation mathématique qui oeuvre pour
- que de nombreux élèves aient un contact direct avec les mathématiques vivantes, celles qui se font maintenant
- que de nombreux élèves aient l'occasion de se confronter à des questions mathématiques dont la solution demande une réflexion un peu longue ; ceci peut se faire de manières très diverses, dans la durée à la manière de Maths en Jeans, ou comme cela se fait dans le cadre de l'entraînement à des concours de projets comme Faites de la science, C'Génial, Science Académie, mais aussi par la préparation et la participation aux compétitions mathématiques en temps limité dès le collège ;
- que de très nombreux élèves aient la possibilité de découvrir la richesse et la diversité des mathématiques à travers les applications, l'histoire, les rapports avec les arts, par des conférences, des expositions, des films, des émissions de télévision, des choix éclairés sur la Toile;
- que toutes ces activités fassent l'objet d'une reconnaissance institutionnelle

Claude TRAN

Dernière modification le mardi, 10 janvier 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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