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Milad DOUEIHI est un historien des religions de l'Occident moderne que le hasard a converti ...au numérique. " Dans les années 1990, lorsque j'enseignais à Johns Hopkins University, aux Etats-Unis, j'étais rédacteur en chef d'une revue scientifique que j'ai voulu mettre en ligne. C'est ce qui m'a amené à développer des compétences en informatique et à m'interroger sur les effets du numérique tant sur nos manières de vivre que sur nos pratiques savantes au sein de l'université. "

Alors titulaire de la chaire de recherche sur les cultures numériques à l'Université de Laval au Québec il perçoit l'émergence du numérique dans la société comme une conversion au même titre qu'une religion.

Il publie en 2008 aux Editions du Seuil : La Grande Conversion Numérique traduit par Paul CHEMLA où il explore " le processus qui amenait les technologies numériques à convertir le monde analogique en monde numérique ".

En 2011 il publie : Pour un humanisme numérique aux Éditions du Seuil où il « analyse la manière dont les outils et les pratiques dans un espace hybride interrogent et transforment notre rapport à la culture et au monde ». ( Mélanie Le Forestier  ) et en 2013 chez PUF Qu'est-ce que le numérique ? où il s'essaie à définir le sens du mot numérique malgré la " difficulté à la fois épistémologique, institutionnelle et sociale, voire économique et politique, mais qui permet précisément de cerner la complexité du numérique dans son déploiement actuel. "
Parmi les premiers à penser le numérique non pas comme une technique, mais comme une nouvelle culture, il est le premier à proposer l'expression " humanisme numérique "
Le 1er octobre 2015 il devient titulaire de la chaire d'humanisme numérique créée à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris-IV), chaire thématique du Laboratoire d'Excellence OBVIL ( Observatoire de la Vie Littéraire) et de la ComUE Sorbonne-Université .


Milad DOUEIHI se définit comme " un numéricien par accident, un simple utilisateur d'ordinateur qui a suivi les changements de l'environnement numérique au cours des vingt dernières années ".

Avec l'équipe de jeunes chercheurs travaillant sur des thématiques innovantes qu'il réunit autour de lui , Milad DOUEIHI a entrepris de faire de la chaire HUMANUM " le creuset d'une réflexion critique nourrie sur les outils et les pratiques de l'OBVIL, et plus largement sur les enjeux du numérique dans le champ des Sciences humaines et sociales. "

Dans un article qu'il publie en juin 2013 sur le site InaGlobal, La Revue des industries créatives et des médias, Milad DOUEiHI écrit : " Claude Lévi-Strauss identifiait trois humanismes en conclusion à ses analyses des rapports entre les sciences et les sciences sociales. Pour Lévi-Strauss, ces trois humanismes ont toujours été anthropologiques. L'humanisme de la Renaissance, ancrée dans la redécouverte des textes de l'Antiquité classique, l'humanisme exotique, associé à la connaissance des cultures de l'Orient et de l'Extrême-Orient, et finalement l'humanisme démocratique, celui de l'anthropologue qui fait appel, dans ses analyses, à la totalité des activités des sociétés humaines... Ces trois humanismes sont aussi des évolutions politiques : le premier, aristocratique, car restreint à un petit nombre privilégié, le second, bourgeois, car il accompagne le développement industriel de l'Occident, et le troisième, démocratique, car il n'exclut aucune personne, aucune culture et surtout, aucun fait ou geste humains. "


Pour Milad DOUEIHI, " le numérique peut être considéré comme un quatrième humanisme, car il modifie nos rapports avec l'héritage des trois premiers en introduisant de nouvelles perspectives politiques. L'humanisme numérique est le résultat d'une convergence inédite entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. Une convergence qui, au lieu de tout simplement renouer l'antique et l'actuel, redistribue les concepts, les catégories, et les objets, tout comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau. L'humanisme numérique est l'affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l'échelle mondiale. "

Dans notre entretien réalisé à Bayonne lors du forum des pratiques numériques pour l'Education EIDOS 64, Milad DOUEIHI fait tout d'abord une distinction « opérationnelle » entre l'informatique, qui est une science et une industrie, et le numérique, dimension socio culturelle qui a accompagné l'introduction massive au quotidien de l'informatique dans nos vies.
Le numérique modifie...tout , l'industrie, la science , l'économie ... et tous les aspects du quotidien .

C'est d'ailleurs " devenu un lieu commun que de dire que le numérique modifie le politique et le lien social ".

Il touche inévitablement le travail avec les phénomènes d'ubérisation, mais également avec la valorisation des datas, véritable or noir qui fait " tourner la machine " de l'avenir.
Nous abordons ainsi les questions posées par les théoriciens du digital labor, expression première selon Milad DOUEIHI " du matérialisme numérique ".

Aujourd'hui le « numérique c'est le triomphe de l'hybride : on hybride presque tout » mais est-ce que cela va rester ainsi ?
Comment réagir devant l'accélération des évolutions technologique ?

Il faut enseigner la "raison computationnelle  "que définit Janette WING professeure d'informatique, au département d'informatique de l'Université Carnegie Mellon en 2008 dans « the computationnal thinking » ( que certains traduisent par « la pensée informatique » ) qui nous confronte à " l'énigme de l'intelligence de la machine " ; il s'agit de « comprendre et savoir comment formuler des questions pour que la machine ou l'ordinateur puisse en donner des réponses pertinentes »

Quel rôle pour l'Ecole dans ce contexte?
" L'école c'est le lieu de la maîtrise de la pensée qui est derrière, des conceptions et des enjeux éthiques et sociaux "
Pour former " l'honnête homme numérique 2.0 " ?


Claude TRAN
Vice-Président de l'An@é

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Dernière modification le lundi, 23 mai 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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