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A l'heure de la révolution numérique, au moment où l'école cherche les voies d'un enseignement plus personnalisé, la question du manuel, de sa forme, de son utilité et de son utilisation, se pose dans des conditions nouvelles.

"L'outil demeure indispensable à des degrés divers selon les disciplines et les niveaux ", écrivent les IGEN auteurs du rapport publié en 2012 . Mais ajoutent-ils,

"il doit être repensé, en fonction des nouvelles ressources accessibles, des nouveaux supports disponibles, et surtout des besoins de l'école , en matière de personnalisation, de remédiation, d'acquisition et d'évaluation des compétences du socle commun, de développement du travail personnel de l'élève. Le vecteur numérique capable de rendre les mêmes services que le manuel imprimé de Jules Ferry reste à inventer ... "

Une nouvelle façon de concevoir le manuel scolaire a été initiée par l'association Sésamath qui, dès octobre 2002, sur le site Mathenpoche, publie des ressources numériques de mathématiques, en ligne, ouverts et gratuits , puis des manuels numériques complétés par des manuels imprimés dont la vente permet l'équilibre du modèle économique. Plusieurs centaines d'enseignants participent au projet qui rencontre un grand succès auprès des utilisateurs.

Alors que les Editeurs traditionnels tardent à pénétrer ce nouveau marché, cette réussite du modèle de mutualisation et de diffusion gratuite de ressources pédagogiques inspire les nouvelles start up . Emilie Blanchard professeur d'Histoire Géographie, alors « en poste dans un collège de la banlieue parisienne » s'étonne en recevant chaque année, des spécimens adressés par les éditeurs , de n'avoir ni la possibilité de faire un retour d'expérience, ni de formuler des remarques pour améliorer les manuels scolaires utilisés au quotidien. Avec Raphael TAIEB elle co-fonde le site Lelivrescolaire.fr en 2009 pour publier des manuels numérique pour le collège en lettres et en histoire avec un collectif d'auteurs et de « relecteurs » des associations les Clionautes et Weblettres . Ils font alors le « pari de l'intelligence collective » dans un projet collaboratif, ouvert et open-source . Tout enseignant peut rejoindre l'équipe, donner son avis et émettre des pistes d'amélioration, puis devenir auteur.

Le manuel numérique « est le reflet de la diversité des approches et de la forte volonté d'innovation des enseignants qui redeviennent auteurs. » affirment 1000 professeurs de la communauté lelivrescolaire dans une tribune qu'ils cosignent

Pour ces enseignants la réforme du collège et le plan numérique pour l'école constituent "une opportunité historique de repenser le manuel scolaire "
"Comparez un manuel de 1990 et un manuel de 2015, écrivent-ils, : toujours rédigé par une poignée d'enseignants, sa forme - majoritairement papier -, sa structure et son contenu ont peu évolué. Le manuel reste un objet figé, fermé sur lui-même. Que s'est-il passé depuis 1990? L'avènement d'Internet, du travail collaboratif, la démocratisation d'une société de la connaissance et de l'information, et pas moins de 6 réformes du collège.


Non, le manuel ne peut plus rester à l'écart des profondes transformations en cours dans l'éducation. Pour accompagner les évolutions en cours -apprentissage par projet, travail collaboratif, utilisation intelligente des technologies, croisement des disciplines-, le manuel scolaire doit se transformer en profondeur dans sa forme et dans les horizons qu'il offre. C'est à nous, professeurs, de nous le réapproprier, pas simplement comme utilisateurs mais aussi et avant tout comme auteurs, pour le réinventer et le libérer de ses contraintes éditoriales. "


« Pour permettre à chaque enseignant de s'approprier les ressources, de les enrichir et de les adapter aux besoins des élèves, le nouveau manuel scolaire doit être publié sous licence libre, à l'image des manuels Sésamaths ou Lelivrescolaire.fr. Lieu vivant d'échanges et de partage, le manuel doit devenir un lien entre la communauté d'enseignants, les élèves et leur famille. "

Les 150 professeurs qui avaient envie de reprendre la main sur le manuel scolaire et de créer le manuel scolaire dont ils avaient besoin pour leurs élèves sont devenus aujourd'hui 1500 et la production de manuels numériques couvre l'essentiel du collège et une partie du lycée. La partie numérique est augmentée par des services aux élèves vendus aux collectivités qui viennent enrichir des contenus qui restent gratuits.

Les livres au format papier sont actuellement vendus dans mille collèges en France et ce sont 500 000 élèves et 40 000 professeurs qui utilisent lelivrescolaire.fr dont plus de 300 000 en version numérique.
Lelivrescolaire.fr propose également un site de révisions gratuit en ligne pour le baccalauréat et le Brevet, baptisé « afterclasse » lancé en février dernier, qui « réunit des algorithmes d'apprentissage sophistiqués, une ergonomie inspirée des applications Web les plus modernes, et des contenus conçus de façon collaborative par sa communauté e 1000 enseignants. ».

Ce sont plus de 15000 exercices et 1000 cours que 15% des élèves candidats aux épreuves ont utilisées en 2015 pour réviser.

"Le contenu pédagogique est nécessaire mais n'est plus suffisant pour apporter de la valeur ajoutée aux utilisateurs " rappelle Raphael TAIEB, dans cet entretien, réalisé à Lyon en juin 2015.


"Il faut du contenu de qualité " ...mais les élèves, les familles et les enseignants attendent de nombreux services pour « augmenter » le contenu du manuel . Les couches de service doivent permettre de rendre les contenus intelligents."
Lelivrescolaire.fr préfigure ce que seront tous les manuels d'ici 15 ou 20 ans : numériques, interactifs, open-source !
La tendance de fond c'est la logique de communauté.

Claude TRAN

Dernière modification le samedi, 12 septembre 2015
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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