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"La 17ème édition de RURALITIC – le Smart Village, événement créé à l’initiative du Département du Cantal en 2005, avait pour thème cette année « Numérique et Attractivité ». Mais finalement, n’est-il pas question que de cela depuis le début ! Les premiers programmes de développement local par le numérique en France, dont certains portés par le Département du Cantal, allaient déjà dans ce sens : le haut puis le très haut débit et le développement du télétravail par exemple. Après un programme national Très Haut Débit et une pandémie mondiale, je crois modestement que nous pouvons affirmer que nous étions précurseurs, que nous avons toujours été dans le vrai. Pour autant, il n’y a pas d’exode urbain ! Il n’est d’ailleurs pas souhaitable..." Bruno Faure, Président du Conseil départemental du Cantal, Président d’Auvergne Numérique https://ruralitic-forum.fr/

Nous avons posé trois questions à Sébastien Côte, Fondateur de Mon Territoire Numérique et organisateur de l'événement.

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1 : Que peut-on dire de la 17ème édition de RURALITIC ? Quelles sont les évolutions notoires chez les acteurs et participants des territoires ruraux ?

RURALITIC 2022 était dédié à la question de l’attractivité rurale.

Après la séquence Covid, on a fantasmé la ruralité comme « refuge » pour les habitants des grandes villes et vu dans ces territoires un possible projet d’installation pour des urbains en mal de nature et surtout en panique pandémique. Et puis après le confinement, tout le monde est rentré dans les métropoles pour retrouver son appartement, son métro, ses gaz d’échappement, ses supermarchés et ses îlots de chaleur...

Malgré tout, cette « parenthèse rurale » pour certains (essentiellement ceux qui disposaient d’une résidence secondaire ou avaient de la famille à la campagne) a ouvert la réflexion.

Et si, grâce au télétravail et donc au numérique, je pouvais me projeter dans ce nouveau mode de vie ? Ce sera un mouvement long, mais certainement inexorable. Les villes ont pris conscience de leur fragilité, une vulnérabilité liée directement à leur densité, c’est pourquoi émerge aujourd’hui en France le concept « d’équi-densité », une répartition plus harmonieuse des populations sur le sol national.

Mais pour réaliser cette vision, faut-il encore que les territoires ruraux s’appuient sur les réseaux numériques (100% des foyers français seront éligibles au Très haut Débit en 2025) pour développer de nouveaux services et commodités : e-éducation, e-santé, circuits-courts, e-citoyenneté et bien sûr télétravail...

Autant de concepts dont la pandémie a donné à voir l’efficacité, mais qui doivent maintenant s’intégrer dans de véritables projets de territoires. Et attirer des urbains, c’est d’abord donner du service aux habitants d’aujourd’hui, qui pourront devenir des ambassadeurs... Reste la question du choix. Les affiches dans le métro pour plaire à tout le monde c’est bien fini. Nous sommes entrés dans le temps du « matching » (la première plateforme web de rencontres amoureuses s’appelait Match), c’est-à-dire de la mise en relation numérique de candidats à l’installation dont le profil est bien compatible avec celui de tel ou tel territoire. Cela impose aux territoires de trouver et affirmer leur « identité », leur personnalité, et de se montrer comme ils sont. Plaire à tout le monde c’est ne plaire à personne.

Les Départements ruraux rivalisent aujourd’hui de créativité (les émerveillés de l’Ardèche, Venez vivre en Corrèze, Sarthe me up...) pour attirer les urbains et doivent aussi se poser la question de leur accueil.

L’exode urbain ne sera jamais aussi massif et brutal que l’a été l’exode rural, et tant mieux ! Mais c’est un
mouvement de fond, démarré dans les années 70, et qui ne fera que s’amplifier dans les années à venir.


2 :  Education, numérique et collectivités ... Quels enjeux pour leurs territoires ?

L’accès aux savoirs est le projet originel d’Internet.

L’éducation, mais surtout l’égalité devant l’éducation est la vocation du numérique. C’est devenu beaucoup d’autre choses : finances dématérialisées, commerce en ligne, foire aux haters, trafic d’armes et de stupéfiants sur le darknet, sites de rencontres pour trouver l’amour, espace de formation à la cuisine... Bref Internet est un monde bis, on y trouve de tout, mais surtout de quoi apprendre et comprendre, voire même s’instruire !

La question posée à toutes les institutions en charge de la jeunesse, et donc, de toutes façons, de l’éducation, c’est « Comment accompagner intelligemment les jeunes dans l’usage qu’ils feront des supports et contenus numériques ». Le numérique Éducatif, c’est d’abord une Éducation au Numérique. Une éducation qui ne peut se faire toute seule, pour des digital natives qui ne connaissent pas le monde sans numérique et qui sont jetés de fait dans une jungle totale.

Les adultes, les parents, les élus locaux, la communauté éducative, ont le devoir absolu de comprendre eux-mêmes cette révolution numérique qui les dépasse bien souvent, et de montrer le chemin aux jeunes, le chemin d’un numérique qui leur soit utile et profitable pour leurs projets et leur épanouissement. Beaucoup d’élus pensent que c’est à l’école de faire ce travail. Personnellement, je pense que c’est à la communauté locale, citoyenne, aux adultes du village et de la ville, de prendre le temps d’échanger avec les jeunes, de créer des temps de débat, de compréhension, de nouvelles expériences hors du cadre scolaire, dans la cité à laquelle les jeunes appartiennent vraiment, même s’ils ne votent pas encore. Autrement dit, si vous avez une salle des fêtes, vous pouvez faire des actions éducatives vers les jeunes de votre territoire !

Vous avez une rencontre sur ces questions en octobre ?

En effet, il s’agit de NeujPro. C’est depuis 20 ans le seul rendez-vous national des élus et professionnels de la jeunesse. Cette année, l’enjeu est de poser les bases d’une « mise à jour » des politiques jeunesse, qui sont toujours des politiques éducatives.

Les mouvements d’éducation populaire sont sur le terrain, les collectivités sont volontaires, le service civique marche fort, le service universel fait l’unanimité, y compris chez les jeunes, ce qui est le plus important... Les jeunes s’engagent, pas tous, mais dans les mêmes proportions que les adultes, et quand on leur donne vraiment la parole, ils ont des choses à nous dire.

Les 19-20-21 octobre prochains, NeujPro sera ce moment de refondation, et inclura plus fortement que lors de ses précédentes éditions la communauté éducative car les jeunes ont plusieurs vies en continuum qui font leur vie, : scolaire, périscolaire, au village, en famille, et numérique ! Parents, éducateurs, enseignants, élus et bien sûr les jeunes doivent donc être parties prenantes ensemble.


3 Quelle est votre perception de notre univers numérique et en conséquence quelles peuvent être les thématiques possibles de RURALITIC pour les années à venir ?

Chez Mon Territoire Numérique nous voyons le Numérique comme un ensemble de technologies créées par l’homme pour simplifier certaines de ses activités et lui permettre d’accéder à un plus haut niveau de connaissance et de développement.

Ce ne sera donc jamais rien d’autre qu’un outil au service d’un projet personnel, de territoire ou de société. Et donc le projet doit prévaloir, et être coconstruit avant. Le moteur à explosion ou le moteur électrique fabriquent de la force, l’imprimerie fait circuler les idées, la biologie protège des maladies... le rôle du numérique est encore à inventer mais il reste au service de l’humanité.

Les romans de science-fiction sont pleins d’histoires dans lesquelles les machines prennent le pouvoir sur l’homme, et ça finit en général plutôt mal. On dit « bête comme un âne », mais on peut aussi bien dire « bête comme une machine » ou comme celui qui l’a programmée... De notre point de vue, il n’y a pas d’univers numérique à proprement parler, y compris les métavers. Il y a un monde physique avec des humains qui travaillent, apprennent, fabriquent, se divertissent, aiment, jouent, et il y a des « moments » numériques dans leurs vie qui prennent plus ou moins de place (le temps passé sur son smartphone...). Nous sommes environnés de numérique, exposés aux notifications comme aux rayons du soleil ou à la pluie, mais notre vie et nos émotions sont éminemment physiques.

Alors RURALITIC va suivre cette logique, celle de développer les utilités numériques au service du monde réel. L’an prochain nous traiterons des « transitions numérique et écologique ».

La question climatique est claire, nous devons entrer dans une ère de sobriété intelligente pour l’énergie, l’eau, les denrées, les objets... Les ruraux ont un peu plus l’habitude de ce concept car depuis 50 ans ils se sont habitués à avoir moins que les autres, et ça rend malin.

Le numérique doit nous permettre de mesurer et piloter nos consommations stratégiques et les startups digitales fourmillent de solutions très intelligentes pour économiser l’eau, recycler la chaleur, réduire la consommation d’énergie... La sobriété ainsi mise en œuvre sera le meilleur remède à l’angoisse climatique car c’est l’action qui rassure !

Et les années suivantes nous continuerons à tracer le sillon des ruralités de projets, avec le numérique comme outil, pour recréer de l’accès aux soins, de la formation, de l’éducation, des entreprises, de la citoyenneté et peut-être même du bonheur !

Quand on en sera là, on pourra arrêter RURALITIC...

Ruralitic édition 2022 : Tout est là !

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Les vidéos

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Les podcasts

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Dernière modification le vendredi, 16 septembre 2022
Desvergne Marcel

Citoyen numérique mobile, vice-président de l’An@é, responsable associatif accompagnant le développement numérique. Directeur du CREPAC d'Aquitaine,  Délégué général du Réseau international des universités d'été de la communication de 1980 à 2004, Délégué général du CI’NUM -Entretiens des civilisations numériques de 2005 à 2007, Président d’Aquitaine Europe Communication jusqu’en 2012. Président ALIMSO jusqu’en 2017, Secrétaire général de l’Institut du Goût de la Nouvelle-Aquitaine.