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Que nous disent les acteurs de la Classe Inversée de leur expérience au cours de cette table ronde inter académique ?

Et d’abord, qu’est-ce que la #CLISE2019 ?

La CL!SE, c’est la Classe !nversée : la SEmaine.

« Il s’agit d’une solution innovante de socialisation professionnelle enseignante entre pairs et à large échelle. L’objectif est de permettre à tous les enseignant.e.s qui le souhaitent d’échanger et d’interagir entre enseignant.e.s au sein de leur académie. Il s’agit d’un mouvement de terrain proposé par des enseignant.e.s qui ont à cœur d’échanger sur leurs pratiques. Les modalités sont diverses :

  •   des classes ouvertes : des exemples concrets pour s’inspirer, avoir des retours d’expériences,
  • des ateliers en co-construction pour partager et échanger sur ses pratiques, en découvrir d’autres,
  • mais aussi toute autre action qui permettra le dialogue entre pairs de manière générale (journée de séminaire, retours d’expérience, événements informels, webinaires, mini conférences…)

Depuis sa création en janvier 2016, la #CLISE ce sont 670 événements qui ont accompagné 10.000 enseignants, (dont 8.500 en France), dans plus de 12 pays. »

Table ronde 1

Durant la semaine 2019 CL!SE,  cette visioconférence inter académique a permis à différents acteurs d’échanger ce mercredi 30 janvier à l’Ecole Estienne (Paris). L’événement était proposé avec la participation du Rectorat de Paris : la Cardie (Cellule Académique Recherche et Développement, Innovation et Expérimentation) avec Nadia Civiale conseillère académique Cardie et la Dane représentée par Catherine Joliclerc du Rectorat de Paris, le tout en partenariat avec Canopé.

Cette rencontre réunissait :

  • A Paris Vincent Faillet, animateur des « Classes mutuelles » #ClasseMutuelle
  • A Lille, Carole Baringhem, Institut Catholique de Lille #ClasseRenversée
  • A Marseille, Romain Bourdel-Chapuzot et Patrick Saoula #SalleOuverte
  • Événement coordonné par Adrien Arrous à l’Ecole Estienne de Paris.

Table ronde intervenants

Pourquoi changer de méthode ?

Dans l’enseignement supérieur, Carole Baringhem s'est rendue compte que les étudiants avaient changé. Les amphis se vidaient, car les étudiants ne venaient plus en cours : ils se passaient les cours avec leur clé USB et ils demandaient aussi plus d'interactivité. Ils voulaient pouvoir discuter avec les professeurs et poser des questions quand ils ne comprenaient pas.  Elle a aussi constaté une différence importante entre ses attentes d’enseignante et les besoins des étudiants, leur niveau de connaissances et de compréhension. Que fallait-il mettre en place pour susciter l’envie d’enseigner et d’apprendre?

Patrick Saoula a pour sa part été interloqué en relisant le Dictionnaire de Pédagogie de Ferdinand Buisson qui montre que la salle de classe dans sa définition du 19ème siècle avec des élèves immobiles et silencieux avait toujours la même configuration au 21ème siècle. Il a donc choisi d’entrer dans le changement par la salle de classe en prenant conscience du fait qu'elle n'avait pas évolué depuis 100 ans.

Des changements globalement bien acceptés ?

A l’université, étudiants, parents, collègues et administration ont généralement bien accueilli ces nouvelles pratiques. Les étudiants sont très intéressés car on leur donne la parole dans un système construit avec eux. Les enseignants étaient seulement les volontaires sur les matières fondamentales. L’administration a accepté avec un accompagnement.

Vincent Faillet remarque que dès l’instant où les élèves sont force de proposition, ils sont d’accord, alors que les parents n'ont pas été consultés. Les choses se sont faites progressivement. Les collègues avaient l'impression d'un désordre au début : on écrit sur les murs et les élèves sont debout. Cependant le financement nécessaire à l’aménagement des salles a été recherché à l’extérieur (60.000€ en deux ans). L’important c'est la salle de classe ordinaire. Toutes ne sont pas aussi bien équipées que les salles multimédia. Aujourd'hui on est dans la débrouillardise. On finance les tables les chaises, les tableaux, le canapé a été trouvé dans la rue. Dans certains établissements cela pose des problèmes, car on n'a pas le droit d'écrire sur les murs, ni de faire des trous dans les murs… Il y a aussi un frein pédagogique : le plus dur est le lâcher prise. Cela s’est fait progressivement, et c'est ce qu'il faut faire pour que le professeur puisse évoluer à son rythme.

Carole Baringhem relate la difficulté dans un amphithéâtre pour rendre le cours interactif avec 500 étudiants. Après avoir utilisé au début des feuilles rouges ou vertes pour et des cartes à jouer pour constituer des groupes, elle a choisi MOODLE pour l’interaction. On a demandé plus de bande passante et de wifi pour que tous les étudiants puissent se connecter. Il fallait ensuite aménager les salles de TD où on utilise le matériel qu'on a sous la main, informatique ou non. Le seul frein se trouve dans la gestion de l'emploi du temps des intervenants. L’achat de matériel est plus facile pour elle, car elle s’appuie sur la Fondation de l’université catholique : « J'achète sur le Bon Coin et Leroy Merlin !».

Les salles ne sont pas appropriées comme salles de cours. On peut venir avec son idée, composer une équipe, définir un projet : c'est un lieu de rencontre. Un complément de l'enseignement traditionnel, avec une machine à café, élément très important. Il faut dans la salle de TD machine à café, où les étudiants organisent des petits déjeuners. Il faut accepter les échecs et les erreurs, ne pas se focaliser sur les normes mais continuer en essayant de gérer les erreurs.

Patrick Saoula recommande d’utiliser tout ce qu'on a appris à faire avant même d'être professeur. La guitare, la danse, le codage... et aussi essayer de travailler à plusieurs, c'est plus facile et on va plus vite.

Accompagner le changement grâce à l’institution

Nadia Civiale rappelle que la CARDIE accompagne et aide le mouvement de l’innovation, notamment en étant partie prenante de cet événement (cette classe virtuelle était réalisée par le rectorat) et en donnant une plus grande visibilité aux innovations pédagogiques. L'important est de faire connaître et de donner envie aux autres. Mais la question du financement est plus difficile à gérer, hormis par l’octroi de décharges pour des personnels qui consacrent une part de leur service à la diffusion de l’innovation. Il est impossible en revanche de faire financer, par exemple un Fab Lab, par un partenaire sans contrepartie commerciale.

Patrick Saoula confirme que dans la Région PACA la Salle Ouverte est suivie par la CARDIE de Nice. On répond à tous appels à projet notamment Fondation de France. On ne fait pas de partenariat privé. On passe par une association agréée.

Face aux difficultés de faire évoluer l’architecture des établissements ou d’obtenir des aménagements, Nadia Civiale indique qu’en termes d’architecture,  les collectivités réalisent les constructions scolaires en partenariat avec l’institution.

Conférence virtuelle Clise

Qu’est-ce qui a changé pour les élèves, et pour les enseignants ?  

Vincent Faillet résume la question en une phrase : « Avant j'étais acteur et metteur en scène, aujourd'hui je suis régisseur. » Les élèves ont la possibilité de faire l'aménagement de leur propre salle de classe et bouger, car ils ont aussi un corps : cela change la position de l'élève.

Patrick Saoula évoque la création d’un nouveau lieu physique qui doit exister et qui va être aménagé différemment. Il s’agit d’une salle ouverte qui sera décorée grâce à un partenariat avec une école de design qui aidera les élèves à changer leur salle de classe. Toutes les compétences personnelles et extra scolaires des élèves sont utiles : chaque élève a sa place.

A Lille, les étudiants travaillent en groupe désormais. Les très bons ont du mal, car ils aiment bien garder leur statut de très bons. Les groupes sont organisés en mixant les bons, les moyens et les très bons. Pour les étudiants, les enseignants sont plus des tuteurs que des professeurs. Les professeurs travaillent beaucoup plus ensemble et échangent beaucoup plus qu'avant.

Vincent Faillet se souvient qu’au début les élèves se battaient pour aller au grand tableau. On a donc tracé des tableaux sur les murs et puis on a écrit sur les murs. Aujourd'hui il y a sept tableaux et les élèves sont en îlots. Le professeur conserve un tableau pour faire ses mises au point. Les élèves de chaque îlot présentent aux camarades, les autres prennent leur Smartphone et prennent des photos des tableaux. Cela permet ensuite d'échanger.

Quels échecs ? Comment les éviter et comment se former ?

Répondant aux questions venues des internautes, on rappelle le principe fondamental de la CLISE qui est que les collègues ouvrent leur classe. Beaucoup viennent parfois de loin pour observer des pratiques.

On connaît des échecs peut-être dans le refus de certains étudiants de participer à ce travail collaboratif. On propose alors une alternance de cours traditionnels et innovants : cela a fait passer l'innovation.

A Nice il s’agit d’un lieu différent de la salle de classe, une salle ouverte où les enseignants n’interviennent pas forcément dans leur matière. Les enseignants disent parfois qu'ils ne reconnaissent pas les élèves dans ce lieu, et les élèves apprécient différemment leurs enseignants.

Vincent Faillet relate un échec cuisant à Orléans en classe première S causé par l’absence d’hétérogénéité qui a été contreproductive. En fait les enseignants qui ont envie de se former avec La Classe Inversée peuvent aller voir des classes ouvertes lors de la Clise, contacter un collègue (éventuellement le suivre sur Twitter), aller sur le site…

Nadia Civiale se montre rassurante en rappelant que l’institution accueille les pratiques innovantes La validation des corps d'inspection peut apparaître comme contraignante, certes, mais il y a aussi les DANE qui sont concernées par le mouvement. L'institution n'est pas là pour freiner, mais pour partir de ce qui change dans les pratiques et qu'on peut diffuser. En France il y a une espèce de tabou à porter ce qu'on fait : la salle des professeurs n'accueille pas forcément très bien celui qui pourrait apparaître comme un donneur de leçon.

Ces nouvelles pratiques apparaissent en fait comme des avatars précurseurs des évolutions dont l’école a besoin pour être véritablement en phase avec l’évolution des pratiques à l’heure du numérique. Mais le numérique n’est pas forcément l’élément fondamental du changement : s’il joue un rôle, comme on l’a vu, les éléments essentiels sont le changement d’attitude pédagogique et la transformation de l’espace. Une nouvelle relation s’instaure entre professeurs et élèves qui crée un nouveau  rapport à l’apprentissage et à l’acquisition des connaissances, un nouveau rapport servi malgré tout par le numérique. Nous sommes au cœur d’une évolution disruptive qui se construit. A suivre…

Dernière modification le vendredi, 01 février 2019
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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