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Dans le billet qu’il vient de publier sur Educavox, "Un milieu d’apprentissage" Jean François CECI, "pour mieux comprendre la notion d’environnement d’apprentissage, décortique l’acte pédagogique" .
Il évoque tout d’abord le "où apprendre ", le lieu d’apprentissage.
Il y a bien sûr les lieux où l’enseignant est présent et force est de constater que la classe est le lieu le plus commun et surtout le plus fréquent où élèves et enseignants se rencontrent et cela depuis longtemps pour ne pas dire toujours.
Pour Pierre-Philippe BUGNARD, historien de l’éducation à l’Université de Fribourg et de Neuchâtel, « l’apparition de la salle de classe s’inscrit dans le grand élan de la construction des collèges au XVIe siècle. Il fallait instruire de manière fonctionnelle de grands effectifs qui ne pouvaient plus être enseignés individuellement.
On ordonna donc les élèves par âges, on les soumit à des plans d’études rigoureux et l’on opta pour la méthode frontale, simultanée. L’espace le plus adapté à ce type d’instruction était la salle de classe : un rectangle avec des fenêtres sur le levant pour faciliter la prise de notes.

Cette pédagogie du XVIe siècle produisit une architecture qui n’a guère évolué depuis. La ratio studiorum (règlement des études) des Jésuites dissociait schola, la fonction pédagogique de l’école, de classis, le niveau. Le problème est qu’on a mis une volée par niveau au lieu de faire des groupes de capacité. La classe est donc devenue une année du programme scolaire, suivie simultanément dans le même local par une volée de quelque 30 élèves de même niveau. »

Toutes les salles de classe de lycées construits au 19e siècle se ressemblent. Les lycées Napoléoniens qui succèdent en 1802 aux Ecoles Centrales créées en 1795 pendant la Révolution française se caractérisent par une architecture quasi unique.
Les lycées de la République, des Républiques, n’ont rien, ou si peu changé. On les retrouve aujourd’hui d’ailleurs : des salles d’une soixantaine de mètres carrés, un éclairage naturel latéral, un tableau noir, une estrade, des tables et des chaises pour une quarantaine d’élèves et un bureau pour le professeur.

Seules exception et le décret du 25 février 1795 le précise : une bibliothèque, un cabinet de sciences expérimentales et un cabinet d’histoire naturelle. Mais dans ces derniers cas, si la dimension et l’équipement de la salle de classe sont différents, son organisation topologique reste la même que la salle « banalisée ».

On peut faire le même constat pour les classes du primaire qui existeront en lycée jusqu’en 1963 et se généralisent dans toutes les communes de plus de 500 habitants avec la loi Guizot en 1833, mais également avec l’histoire du collège.
Avec la décentralisation on construit et on rénove un très grand nombre d’établissements et la norme pour la salle de classe évolue guère.
Pour Pierre JAVELAS, le modèle traditionnel de la classe relève historiquement d’une logique "catholique": une estrade-une chaire, un maître-un clerc, une leçon-un prêche, des élèves-des fidèles assis face à l’officiant, un manuel scolaire (le même pour tous)-un missel, un temps limité (la sonnerie-ite missa est), la médiation systématique du maître-du clerc entre le sujet et la vérité, la transmission d’une vérité non discutable, et dogmatique. » Et il ajoute : « On voit bien que cet espace-classe mérite d’être repensé, tellement il relègue les élèves au rang d’exécutants passifs qui ont tellement de difficultés à quitter leur blouson et à ouvrir leur cartable. »
Dans l’enseignement primaire de nouvelles organisations spatiales de la classe se sont pourtant mises en place, à l’image d’un autre fonctionnement pédagogique : constitution de groupes d’apprenants en travail autonome par exemple. L’unicité du maître lui permet en effet de s’approprier son espace de travail pour le mettre au service de sa stratégie pédagogique, ce qui n’est pas le cas en collège et lycée où ce sont les élèves qui circulent pour aller de salle en salle – exception faite des salles spécialisées (sciences par exemple). Et il est plus que ses collègues du collège et du lycée sensible aux idées développées au début du XXe siècle par les tenants d’une Éducation nouvelle comme John DEWEY, Célestin FREINET, Ovide DECROLY.

Si trop peu de choses ont changé dans le secondaire, on doit pourtant constater depuis une quinzaine d’années une lente évolution pour donner plus de caractéristiques à des salles afin de les adapter aux disciplines enseignées. C’est le cas des salles de langue, d’histoire-géographie et surtout de technologie puis d’« informatique ».
C’est bien sûr dans l’enseignement technologique que l’organisation spatiale du lieu d’enseignement se modifie considérablement avec l’installation de machines et de postes de travail spécialisés. Cela entraîne automatiquement une autre forme de relation pédagogique entre l’apprenant et l’enseignant. Celle-ci peut s’appuyer sur « les principes de la pédagogie active et la confiance dans les ressources propres à chacun » caractéristique de l’Education nouvelle.

L’aide individualisée, le dédoublement de classes, les groupes de niveau nécessitent également d’autres formes de salles de classe, plus petites, moins frontales ...mais on utilise les salles existantes !
Aujourd’hui, ce sont les collectivités territoriales qui définissent au plan local et non plus sur des directives nationales, l’architecture des établissements. Les salles de classe évoluent encore très peu.

Seuls les tiers lieux prennent une place croissante dans le construction des collèges et des lycées en surface comme en design.
J’ai pu accompagner dans deux lycées la rénovation mise en œuvre par le Conseil régional et constater les efforts entrepris pour développer ces tiers lieux. Il faut citer les CDI qui ont succédé aux bibliothèques, qui évoluent vers le learning center et qui permettent aux élèves de véritable travaux de groupe en autonomie ; les Maisons des lycéens qui sont une forme adaptée à la gestion autonome des anciens Foyer Socio Educatifs en sont des exemples typiques.

La fonction du professeur documentaliste est au CDI, essentielle pour accompagner l’élève et permettre ainsi d’autres modes d’apprentissage. C’est l’apparition dans les « programmes » de nouveaux enseignements comme les Travaux Personnels Encadrés en classe de première qui préfigure un véritable changement dans les pratiques, en particulier dans l’enseignement général. Où peut-on « enseigner les TPE » ? Surtout si dans l’emploi du temps deux enseignants sont simultanément à la disposition des élèves qui doivent construire leur projet évalué pour le baccalauréat ! Réponse possible : Partout ! Et même hors du lycée ! Donc aussi sur le Web !
C’est, je pense, au CDI que peut s’inventer progressivement un autre mode d’organisation de la future salle de classe tant du point de vue pédagogique que du point- de vue architectural.
 
Plusieurs projets voient le jour tant aux USA qu’en Europe
A Bruxelles c’est le projet “Future Class Lab”. Le FCL est un laboratoire de pratiques pédagogiques expérimentales qui s’appuient sur l’utilisation du multimédia. Les séquences pédagogiques innovantes, fruits de cette classe du future, sont élaborées dans un espace modulable divisé en 5 zones : salle de classe interactive, zone d’échange, de présentation, de recherche et de création. Elles sont testées ensuite en situation réelle. European Scoolnet est actuellement très impliqué dans les projets comme eTwinning.
En France c’est dans l’enseignement supérieur qu’apparaissent les maquettes d’avenir comme celle de l’Ecole de Management de Grenoble.
http://www.letudiant.fr/educpros/en... Mais c’est aussi celui, plutôt original de l’Ecole 42.
 
Claude TRAN


Dernière modification le jeudi, 07 décembre 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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