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À la fin du ministère Vallaud-Belkacem un décret[1] instituait le corps unique des psychologues de l’éducation nationale (PsyEn) réunissant les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation-psychologue dans un corps unique à deux spécialités, maintenant ainsi de fait les deux anciens groupes professionnels, ainsi que leurs territoires d’interventions. Quelle est la situation aujourd’hui des PsyEn spécialité EDO[2] ? Leur environnement professionnel a quelque peu évolué. C’est ce que nous allons esquisser. Pour une période un peu plus longue (depuis le début de l’an 2000) voir l’article de Jérôme Martin[3] dont je ferai un commentaire dans un prochain post.

Un décret situé

La reconnaissance d’un réel statut de psychologue était une vieille revendication d’une partie de la profession. Elle fut donc obtenue sous un ministère de gauche, celui de Najat Vallaud-Belkacem, mais dans un contexte d’évolution du système scolaire particulier, celui de l’ébauche de la construction d’une école moyenne, réunissant le primaire et le collège.

Et sur son site personnel, la ministre commente[4] la publication du décret ainsi :

« Issu des réflexions menées au sein du groupe de travail dédié aux conseillers d’orientation-psychologues et aux psychologues scolaires de l’éducation nationale, le décret reconnait la place et le rôle de ces personnels au sein du système éducatif : allier les apports de la pédagogie et de la psychologie pour agir contre les inégalités, mettre en œuvre la politique inclusive de l’école, lutter contre le décrochage scolaire, lutter contre les phénomènes de radicalisation, mais, aussi, veiller au bien-être des élèves et de la communauté éducative. ». Avant la publication du décret, elle les avait largement engagés dans la lutte contre le décrochage[5].

Un nouveau président, un nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer vont arrêter cette évolution du système scolaire. Le projet de refondation est détricoté et une nouvelle loi modifie profondément le fonctionnement du lycée et du baccalauréat, tandis qu’une autre institue la plateforme Parcoursup qui se substitue à APB. Le principe de sélection est étendu à tous les organismes du supérieur[6], et le MEN engage très clairement les professeurs principaux dans l’accompagnement des élèves dans leurs projets d’orientation.

De nouvelles préoccupations éducatives

Les parcours éducatifs (Avenir, éducatif de santé, d’éducation artistique et culturelle et citoyen) se développent particulièrement depuis 2015. Ils s’articulent au socle commun de connaissance, de compétences et de culture et aux disciplines selon différentes manières. Et la loi sur la Refondation de l’école a institué le principe d’inclusion scolaire, ce qui développe les activités d’accompagnement et d’évaluation. Ces deux directions ont été poursuivies sous le ministère Blanquer.

Des préoccupations se sont largement imposées, telles que la lutte contre le harcèlement ou pour la laïcité., mais aussi l’identité de genre avec la publication d’une circulaire spécifique « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire »[7].

Si, « République », « excellences », « bienveillance », sont les trois mots choisis par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, pour lancer sa première rentrée, en septembre 2017[8] et qui se présent comme dans la continuité des ministères précédents, il n’en est pas de même pour les trois exigences que se donne le nouveau ministre Pap Ndiaye. Le niveau scolaire des élèves, l’égalité des chances et l’amélioration du fonctionnement de l’école, semble admettre le très mauvais état de notre système[9]. Mais ce sont les réponses à ces exigences qui nous diront vers quels types de changements nous nous engageons.

Vers une nouvelle organisation du système scolaire

Ou plutôt vers un nouveau système éducatif de formation dans lequel le principe d’un renforcement du pouvoir local est renforcé.

La fonction triage du collège est maintenue et le sera sans doute dans la prochaine réforme. Le premier niveau de professionnalisation est toujours maintenu à l’issue du collège. Il faudra suivre la mise en œuvre de la réforme de la voie professionnelle annoncée qui devrait faire perdre la moitié de son temps d’enseignement scolaire au profit d’un temps de stage. Le choix de la scolarisation de la formation professionnelle pris à la Libération semble donc se déliter petit à petit. Voir les articles d’Azziz Jellab[10] et de Vincent Troger[11].

Depuis plus de vingt ans, la question du bac -3, bac +3, devient la question préoccupante, tant par la deuxième explosion démographique scolaire qui fait monter les 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac, que par l’interrogation du rôle du bac. La continuité semble choisie avec la réduction du rôle du baccalauréat dans la poursuite d’études supérieures. La nécessité d’un accompagnement à l’orientation sera de plus en plus importante et sur un public de plus en plus nombreux.

Il faut également insister sur une évolution invisible du supérieur, celle d’une extension des formations privées. Voir un article de Sophie Orange sur un territoire[12] et Julien Icard qui fait le point sur les aspects législatifs[13].

Un contexte en crises multiples

Peu de temps après le début du premier quinquennat d’Emanuel Macron, une crise sociale, profonde s’est déclenchée. Le mouvement des gilets jaunes fut la manifestation de diverses fractures, urbain/rural, métropole/périphérie, mais il montrait également que « nos contemporains sont surtout caractérisés par la mixité de leurs demandes : ils veulent en permanence à la fois des satisfactions matérielles, mais aussi beaucoup de qualité de vie. »[14]

La crise sanitaire, mondiale, du coronavirus a modifié le fonctionnement quotidien de l’école ainsi que le travail de nombre de nos contemporains. De nouvelles formes relationnelles ont été expérimentées réellement, enseignement et travail à distance, avec les mauvais et les bons côtés. Cette crise a montré l’importance de l’école dans la vie et le développement des enfants et des adolescents. Elle a également mis en visibilité nombre de métiers ou d’activités professionnelles essentielles pour faire société.

 

La crise écologique s’est installée dans les agendas gouvernementaux de la planète, mais aussi dans le ressenti quotidien de chacun. Il faudra bien prendre des décisions concernant l’organisation de nos sociétés, des professions et de l’orientation[15].

 

Crise énergétique, situation de guerre en Europe, complètent ce tableau inquiétant, mais selon les Chinois également plein d’opportunité à saisir.

Le nouveau contexte de l’orientation

De nouveaux acteurs se sont implantés dans ce domaine. Jérôme Martin (2022) insiste sur l’émergence d’un quasi-marché de l’orientation soutenu en partie par l’investissement public. On y trouve des sociétés privées, des associations caritatives et de plus en plus d’offres de services marchands de la part de psychologues ou de coachs. Le mentorat se développe également soutenu par le gouvernement et il est reconnu par l’Europe[16] comme une démarche d’accompagnement à l’orientation, à développer et à soutenir par les états.

La multiplication de plateformes numériques d’aide à l’orientation n’est pas pour autant un gage d’un accompagnement de meilleure qualité, mais peut tendre, au contraire, à créer des inégalités en fonction de la capacité des acteurs et des utilisateurs à trier, sélectionner et utiliser les outils en fonction de leur besoin. Cette démultiplication des acteurs et supports n’offre pas de cadre structuré et structurant d’accompagnement.

 

La loi de 2018 en attribuant aux régions la compétence de l’information sur les professions et la recomposition de l’ONISEP a entrainé également une réorganisation des rectorats pour assurer la mise en œuvre du Cadre national de référence signé le 28 mai 2019[17].

 

Si aucune conclusion officielle n’a clôturé l’expérimentation de « l’orientation à la main des parents », que faut-il attendre de celle qui vient d’être annoncée concernant la mise en œuvre d’un temps de découverte des métiers, un temps régulier, dédié et intégré dans l’emploi du temps scolaire des élèves de cinquième[18] ?

 

Pour terminer, il nous faut évoquer les conditions générales de travail, très dégradées des personnels d’orientation. La réorganisation de la carte des CIO sans moyens rend difficilement utilisables les locaux par des équipes plus nombreuses par la fusion de plusieurs CIO. Comme pour les enseignants, le taux de contractuels s’accroit. Enfin l’individualisation du travail se trouve renforcée par l’impossibilité pour le CIO et son directeur d’assurer des activités collectives permettant un étayage des personnels[19].

Bernard Desclaux

https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2023/01/10/cinq-ans-deja-le-statut-de-psyen/

[1] Décret n° 2017-120 du 1er février 2017 portant dispositions statutaires relatives aux psychologues de l’éducation nationale https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000033968083

[2] Les psychologues de la spécialité  » éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle « 

[3] Martin, J. (2022). Orientation scolaire et professionnelle : le retour de « l’idéologie du don » ?. La Pensée, 410, 97-107. https://doi.org/10.3917/lp.410.0097. Pour une mise en perspective encore plus longue et large : Jérôme Martin, « L’orientation professionnelle : encadrer la transition entre l’école et le travail au xxe siècle », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 25/04/22, consulté le 02/05/2022. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/21827

[4] Vallaud-Belkacem, N. (2017) Création du corps unique des psychologues de l’Éducation nationale : décret adopté. Najat Vallaud-Belkacem. https://www.najat-vallaud-belkacem.com/2016/11/16/creation-du-corps-unique-des-psychologues-de-leducation-nationale-decret-adopte/

[5] Pour une analyse plus importante de cette période, voir Desclaux, B. (2022), Le centre d’information et d’orientation (CIO) : une structure « à la marge » de l’éducation nationale. L’Harmattant. P. 133-134, et plus largement le chapitre consacré à la tentative de transfert des personnels en 2003.

[6] Pour une discussion de Parcoursup lors de sa mise en place, voir sur ce blog : Précipitation, hasard, surcharge et pari, novembre 20 th, 2017, https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2017/11/20/precipitation-hasard-surcharge-et-pari/

[7] https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo36/MENE2128373C.htm

[8] Clothilde Dozier & Samuel Dumoulin. Féroce douceur d’une notion en vogue. La « bienveillance », cache-misère de la sélection sociale à l’école. Septembre 2019. https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/DOZIER/60366

[9] Tribune de Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. https://www.education.gouv.fr/pourquoi-nous-devons-reformer-l-ecole-343942

[10] JELLAB, Aziz. Chapitre II. Histoire et sociologie de l’enseignement professionnel : le processus de scolarisation de la formation professionnelle dans un contexte économique instable In : L’Émancipation scolaire : Pour un lycée professionnel de la réussite [en ligne]. Toulouse : Presses universitaires du Midi, 2014 (généré le 25 décembre 2022). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pumi/7761>. ISBN : 9782810710416. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pumi.7761 .

[11] Vincent Troger, « Une exception française », Revue internationale d’éducation de Sèvres [En ligne], 34 | décembre 2003, mis en ligne le 23 novembre 2011, consulté le 06 juillet 2021. URL : http:// journals.openedition.org/ries/1722 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ries.1722

[12] Sophie Orange, 2020 : « La privatisation croissante de l’enseignement supérieur nantais », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], eISSN : 2779-5772, mis à jour le : 23/06/2021, URL : https://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=499, DOI : https://doi.org/10.48649/asmn.499.

[13] Julien Icard. Privatisation de l’enseignement supérieur : un cheval de Troie législatif ? https://academia.hypotheses.org/26218

[14] Pierre Bréchon. Le mouvement des « gilets jaunes » ou le retour des valeurs matérialistes ? 18 mars 2019. https://www.revuepolitique.fr/le-mouvement-des-gilets-jaunes-ou-le-retour-des-valeurs-materialistes/

[15] Delphine Riccio, 12 octobre 2021. « Du rêve individuel au projet de société, l’accompagnement à l’orientation doit évoluer »   https://www.lemonde.fr/education/article/2021/10/12/du-reve-individuel-au-projet-de-societe-l-accompagnement-a-l-orientation-doit-evoluer_6097993_1473685.html et DELPHINE RICCIO : URGENCE ÉCOLOGIQUE ET ÉDUCATION À L’ORIENTATION. 28 juin 2022 https://www.onisep.fr/equipes-educatives/offre-de-formation-et-de-service/Les-rencontres-de-l-Onisep/delphine-riccio-urgence-ecologique-et-education-a-l-orientation

[16] Bernard Desclaux. (26 novembre 2021) La promotion du mentorat par l’Europe. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2021/11/26/la-promotion-du-mentorat-par-leurope/

[17] MENJ. Mise en œuvre des compétences de l’État et des régions en matière d’information et d’orientation pour les publics scolaire, étudiant et apprenti. https://www.education.gouv.fr/bo/19/Hebdo23/MENE1900209X.htm

[18] Bernard Desclaux. (18 décembre 2022). Un temps scolaire pour l’orientation, enfin ? https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2022/12/18/un-temps-scolaire-pour-lorientation-enfin/

[19] Bernard Desclaux. (2022). Le centre d’information et d’orientation (CIO) : une structure « à la marge » de l’Éducation nationale. Préface de Frédérique Weixler – Postface d’Aziz Jellab. Collection : Orientation à tout âge ; L’Harmattan

Dernière modification le mardi, 10 janvier 2023
Desclaux Bernard

Conseiller d’orientation depuis 1978 (académie de Créteil puis de Versailles), directeur de CIO à partir de 90, je me suis très vite intéressé à la formation des personnels de l’Education nationale. A partir de la page de mon site ( http://bdesclaux.jimdo.com/qui-suis-je/ ) vous trouverez une bio détaillée ainsi que la liste de mes publications.
J’ai réalisé et organisé de nombreuses formations dans le cadre de la formation continue pour les COP, , les professeurs principaux, les professeurs documentalistes, les chefs d’établissement, ainsi que des formations de formateurs et des formations sur site. Dans le cadre de la formation initiale, depuis la création des IUFM j’ai organisé la formation à l’orientation pour les enseignants dans l’académie de Versailles. Mes supports de formation sont installés sur mon site.
Au début des années 2000 j’ai participé à l’organisation de deux colloques :
  • le colloque de l’AIOSP (association internationale de l’orientation scolaire et professionnelle) en septembre 2001. Edition des actes sous la forme d’un cd-rom.
  • les 75 ans de l’INETOP (Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle). Edition des actes avec Remy Guerrier n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Publication dans ce numéro de « Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP » pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
Retraité depuis 2008, je poursuis ma collaboration de formateur à l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale) pour la formation des directeurs de CIO, ainsi que ma réflexion sur l’organisation de l’orientation, du système éducatif et des méthodes de formation. Ce blog me permettra de partager ces réflexions à un moment où se préparent de profonds changements dans le domaine de l’orientation en France.
Après avoir vécu et travaillé en région parisienne, je me trouve auprès de ma femme installée depuis plusieurs années près d’Avignon. J’y ai repris une ancienne activité, le sumi-e. J’ai installé mes dernières peintures sur Flikcr à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/photos/bdesclaux/ .