fil-educavox-color1

Vous en avez peut-être entendu parler, LE réseau social du moment, c’est Clubhouse. Qu’est-ce que c’est que ce truc, encore ? Réseau social, sa particularité tient au fait qu’il n’y a ni image, ni de texte, ni vidéo comme tous les autres réseaux sociaux pour consommer et produire des contenus, mais uniquement de la voix. Uniquement et c’est déjà beaucoup.

Je pense, et c’est très subjectif, que ce réseau social est une radio libre. Une vraie radio libre.

Les espaces médiatiques sont, en 2021, très bien organisés et la parole, sous forme d’image, de texte, de vidéos, et de voix est déjà distribuée.

Par sa nouveauté sur le marché, Clubhouse propose de redéfinir un certain nombre de ces distributions.

Ce réseau social est né il y a un an, mais en France, il naît maintenant.

Comme tous les réseaux sociaux à leur naissance, la non-organisation, le balbutiement des algorithmes permettent quelque chose d’extraordinaire : la sérendipité.

Ainsi, vous pouvez participer à une conversation dans n’importe quelle langue et sur n’importe quel sujet. Pour l’instant, vous n’êtes presque pas orienté.e.s.

Club House est peut-être pensé et réalisé par d’affreux jojos, bien pire que leurs aînés. Nous allons bientôt le savoir. Paula Forteza a demandé à la CNIL d’enquêter.

PF CLH

De mon côté, je me suis inscrite sur le réseau en refusant l’accès à mon répertoire de contacts. C’est possible de le faire. C’est le point qui irrite beaucoup sur les internets, quand on parle de Clubhouse.

Concrètement comment ça se présente ?

Le fil d’actualité est une enfilade de conversations qui se tiennent en direct.

Si vous êtes du genre névrosé de la peur de manquer un moment important ou quelque chose, « Fear Of Missing Out » comme disent nous cousins anglicistes, alors surtout, passez votre chemin.

Le réseau est exactement conçu sur ce principe. Vous faire peur de manquer une conversation, de ne pas y participer.

Les conversations, appelées « Room » sur ce réseau, se déroulent en direct et on ne peut pas les écouter après leur fin. Il n'y a pas de « replay ». Ce qui est dit est dit, et pas répété. 

De même, on ne peut pas enregistrer les propos tenus dans les discussions. J’ai tenté de le faire car je voulais retranscrire des éléments ici-même sur des sujets d’importance (à mon sens), mais un message est apparu, m’empêchant de le faire. Bien sûr, il doit être possible de contourner cette interdiction, certainement. De mon côté je n’ai pas cherché plus loin, je comprends que par respect pour les personnes qui s’expriment et pour la liberté d’expression il est logique de ne pas enregistrer les conversations.

Comme les contenus sont éphémères, ça les rend précieux. Trop malins les concepteurs du projet… 

En termes de contenus, qu’est-ce qu’on trouve ?

Déjà, je suis assez impressionnée, toutes les personnes que j’ai entendues, se sont exprimées depuis un lieu silencieux. Pas un bruit derrière elles. Quelle que soit l’heure et le jour, et particulièrement le soir et le week-end, on entend que leur voix. Bien sûr que ça m’impressionne ! Si je veux le même effet, il faut que je m’enferme dans un placard ou bien que je m'exprime à 3h du matin ! Sinon j’ai forcément un « mamannnnn » ou la démonstration d’une bataille de sabres lasers sur le canapé en fond sonore.

Blague à part, le respect de la parole de l’autre est de mise sur ce réseau. Pas d'insulte, pas de ton agressif, on s'écoute et on argumente en toute tranquilité. Ce n’est pas rien, quand on voit sur l'ensemble des autres réseaux sociaux l'agressivité et la polarité des avis. 

On peut prendre la parole en levant la main, et en général, les modérateurs permettent de parler.

Sur ce réseau pour l’instant, c’est possible de prendre la parole pour ne rien dire de transcendant. 

Oui, vous me voyez venir. C’est bien cela.

Tout le monde a quelque chose à dire et le droit de le dire.

Oui. Pour moi, aujourd’hui, Club House est un vecteur de démocratie participative.

Simplement, sans moyens techniques autres qu’un appareil IOS connecté, tout le monde peut créer une conversation sur n’importe quel sujet et s’exprimer à ce sujet.

Débarassé de l'image à produire, la voix confère une forme d'authenticité aux propos. Cela se vérifie par les propos qui y sont tenus. Il n'y a d'autre censure que celle que l'on produit soi-même, pour l'instant. Evidemment, sauf irrespect de règles générales de bienséance ! 

Ce que j’ai entendu jusque-là sur Club House : des conversations sur des sujets très variés :

- Musique au sens de système de diffusion de la musique en France, modèle économique et artistique,

- Méditation et bien-être,

- Education : tous les lundis à 17h30, le Club Nipédu,

- Un journaliste, Damien Douani, organise « la machine à café » tous les jours à 11h et ça dure 15 mintues. Le procédé est complètement génial, il lance un sujet, qui veut prend la parole et comme ça, en fait, non seulement on débat mais en plus on rencontre des personnes que l’on n’aurait pas croisées autrement. La vraie sérendipité !

-Pour le plaisir d'entendre d'autres langues et d'autres intonations j'ai écouté des conversations en Russe, Coréen, Chinois, Suédois, Arabe... Bien sûr je n'ai rien compris. 

- Actualités,

- Jeux de sociétés : des personnes jouent au loup garou par exemple (pratique et très sympa en temps de confinement… !),

- Musique au sens écouter de la musique : des disc jockeys amateurs mixent (et c’est génial).

Je n’ai pas du tout eu le temps d’explorer plus les sujets et ce réseau social pour l’instant mais via le compte Twitter @educavox je ne manquerai pas d'indiquer des conversations si cela vous intéresse.

Qui est sur Clubhouse pour l'instant ? 

De ma fenêtre je vois beaucoup d'entrepreneurs de "la tech". Il y a donc pour l'instant beaucoup de conversations sur ces sujets, liés aux entreprises de ce secteur. Je n'ai pas vraiment participé à ces conversations que j'entends par ailleurs depuis plus de 10 ans sur les mêmes ressorts, donc je ne pourrais pas trop vous dire si ce qui s'y dit est merveilleux ou pas. 

Les « silent room » comme leur nom l’indiquent visent non pas à parler mais à se rencontrer. On clique sur les profils présents et on ajoute ou pas à nos réseaux.

Côté "ce qui pêche un peu quand même" sur ce réseau... mais est-ce bien la faute du réseau ou bien ceux qui le font vivre c'est à dire nous tous ? : 

- Il y a plus de personnes passives qu’actives. Le ratio entre ceux qui parlent et ceux qui écoutent est encore à améliorer.

- Sans surprise, plus d’hommes que de femmes prennent la parole sur les sujets généraux.

- Certains partis politiques ont bien compris l’intérêt de ce réseau social et sont déjà présents sur le réseau et dans les conversations. Avantage ou inconvénient, à un an d’une présidentielle, sincèrement, je ne sais pas.

- Des marques se servent du réseau pour asseoir leur notoriété, en créant des rendez-vous hebdomadaires et en s'imiscant dans les conversations.

Lisez ceci pour comprendre si vous voulez en savoir plus : https://www.e-marketing.fr/Thematique/social-media-1096/Breves/Clubhouse-comment-Feed-est-devenu-media-357814.htm

- La question centrale de l’éthique traitement des données… à laquelle la CNIL va vite nous répondre.

Comme le réseau est jeune, il y a plein de couacs dans les discussions, je partage ceci ici : discussion nommée « Les secrets d’Instagram » destinée aux professionnels de la restauration ou de l’alimentation, organisée par une agence de communication. Le témoin majeur est le fondateur d’une chaîne de restaurants de sandwichs américains. Ce témoin explique comment il gère le compte Instagram de son restaurant (plus de 40 000 abonnés...!), sans professionnel de la communication, sans agence, et surtout sans intention de faire appel à une agence, parce que "ça chiffre vite". Oups. Vite, les pros de la com reprennent la parole et le sujet en main.

En fonction des sujets et des organisateur, on est quand même là pour vendre un peu son savoir-faire…

J'ai pu participer à deux conversations trèèès intéressantes sur les enjeux de l'influence.

Elise Goldfarb y prenait la parole pour exprimer son incompréhension du non engagement des vedettes de la télé-réalité en faveur de causes sociales et sociétales. Ce n'est effectivement pas un petit sujet, car ces personnes comptabilisent des millions (!) d'abonnés sur leurs réseaux sociaux et surtout sont les champions de l'engagement : des millions (!!) de conversations à leurs sujets, et achats des produits qu'ils démontrent à longueur de journée.  

Antonio Casilli publiait ce week-end un message sur twitter : 

 IMG 0815

Peut-être... Ou pas... 

Une fois que les espaces de Clubhouse seront organisés, il y a de fortes chances que notre peur de manquer un moment, une conversation tue d'autres espaces. Si c'est le cas, quelle place restera-t-il aux réflexions professionnalisées que sont les podcasts. Cela va-t-il créer une défiance comme nous la vivons aujourd'hui sur d'autres espaces médiatiques professionnels ?

Est-ce que les citoyens ne font pas la différence entre une émission de radio préparée et réalisée par x personnes, un podcast qui lui aussi mobilise un certain nombre de compétences et des conversations "à la volée" ?

Ma naïveté me fait penser que si, les citoyens sont capables de faire la différence. 

Est-ce que Clubhouse crée une forme de surenchère de la gloire ?

Ben... : 

 

A-t-on un risque de voir des vedettes des fakes news émerger ? 

Certainement............ 

Si vous décidez de vous inscrire, quelques détails pratiques : https://www.blogdumoderateur.com/astuces-clubhouse/

Dernière modification le mardi, 06 avril 2021
Elbaz Jennifer

Vice-présidente de l'An@é.