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Crédit photo:http://www.nathalietrovato.com/index.html
Peut-on vivre en paix au sein d’une société occidentale sans partager le goût de la mixité? D’un point de vue légal, la réponse est oui. La loi n’oblige personne à partager les goûts de qui que ce soit. Mais, dans les faits, la situation paraît beaucoup plus compliquée.

L’égalité entre hommes et femmes est inscrite dans notre constitution, comme dans celles des autres pays européens, dont il est important de noter que tous (le Danemark, par exemple) ne sont pas des républiques. Ce qui revient à dire que le principe d’égalité entre hommes et femmes n’est pas seulement une valeur de la République mais un fondement de toute démocratie moderne.

Ajoutons que les principes ne suffisent pas. Dans les sociétés laïques comme les nôtres, les différents modes d’expression artistique, des plus populaires aux plus élitistes, remplissent quelques-unes des fonctions que les religions s’accaparent ailleurs. Tout comme les religions traditionnelles, les arts rassemblent, consolent, transmettent, interrogent, exaltent et suscitent. La loi fournit les cadres nécessaires à la vie commune. La culture propose les contenus entre lesquels chacun choisit ceux qui deviendront ses emblèmes identificatoires, en même temps qu’ils lui fourniront la nourriture puissante dont il a besoin pour surmonter les obstacles de la vie.

Soyons sérieux. La liberté, dans nos pays, n’est pas celle d’abord d’émettre des opinions politiques ou de caricaturer quelque prophète que ce soit. Mais bien celle, ordinaire et vitale, d’aller au cinéma, de participer à une troupe de théâtre au sein de laquelle on prendra plaisir à se produire costumé (ou travesti), de se vêtir à sa guise, chez soi comme à la ville, de préférer James Dean à Marion Cotillard (ou l’inverse), de chanter dans une chorale, de danser et d’aimer sur la musique de sa province aussi bien que sur d’autres.

Les arts comme la culture anthropologique (la mode, la nourriture) dessinent le champ privilégié de nos rencontres, le cadre quotidien de nos « exercices spirituels », et bien sûr l’enjeu principal de nos libertés publiques.

Or, remarquons-nous assez que ceux-ci trouvent dans la mixité homme-femme la condition de leur développement en même temps que le thème qui les animent et qu’ils expriment?

L’art est une célébration de l’être humain dans sa totalité. Corps et âme. Et il ne raconte jamais que des histoires d’amour. Il magnifie le face à face douloureux ou charmant (toujours joué, toujours dansé) entre des êtres égaux en droit et en fait, au gré duquel s’opère le libre choix (ou l’élection) du partenaire amoureux.

On ne transmet pas notre culture en s’en tenant à enseigner des savoirs et des savoir-faire épars. Et on ne fait guère mieux en défendant des principes universels et abstraits qui ne pèseront jamais bien lourd face à l’imaginaire religieux.

Le point focal de notre culture réside dans ce qui est à la fois une éthique et une esthétique, et que les historiens désignent sous le nom d’Amour courtois. L’art tient à ce que, chez nous, depuis le Moyen Âge des troubadours, l’union amoureuse est (idéalement au moins) toujours consentie. Qu’elle procède d’une persuasion réciproque, d’une parade dans l’économie de laquelle l’autre est perçu comme une image inversée de soi. Et par suite son égal.

Enseigner l’Amour courtois, désigner celui-ci comme condition et comme enjeu de toutes nos pratiques culturelles et artistiques, le donner à vivre et à s’approprier en même temps qu’on apprendra à se produire soi-même devant les autres et pour eux, telle est la tâche qui s’impose, me semble-t-il, aux éducateurs d’aujourd’hui, soucieux de prévenir la radicalisation religieuse des jeunes.

Et ils auront à l’esprit que ce thème est une invention de poètes arabes préislamiques, dont la tradition s’est perpétuée en Occitanie avant de se répandre dans tout l’Occident médiéval.

Article initialement publié dans TouslesMap.org

 

Dernière modification le dimanche, 15 février 2015
Jacomino Christian

Docteur en sciences du langage. Inventeur des Moulins à paroles (m@p), collection de petits livres numériques dont chaque volume est consacré à une œuvre littéraire (poème, conte ou chanson) qu’il s’agit de lire puis de reconstituer, au fur et à mesure que le texte s’efface, en rétablissant les mots dans les phrases puis les lettres dans les mots.

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