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J’avais écrit un texte pour le site de Philippe Meirieu sur le thème « Désintoxiquer pour refonder » J’y expliquai que les idées ultra libérales avaient fait des dégâts considérables dans les écoles en termes de démobilisation des enseignants victimes d’une oppression hiérarchique croissante ...
... d’une déshumanisation du système éducatif, d’un pilotage par les résultats apparents importé du monde la finance et de l’industrie, avec des diagnostics, des tableaux de bord, des power points, des camemberts… et des feuilles de route que les prescripteurs seraient bien incapables de suivre s’ils avaient à la prendre eux-mêmes.
 
J’avais été frappé par le fait qu’après l’annonce de la refondation, tout a continué comme avant, comme s’il ne s’était rien passé dans le pays en mai et juin 2012. A la rentrée, les mêmes exigences, les mêmes contraintes, les mêmes pressions, le même autoritarisme arrogant… Pas de suspension, pas de modération, pas de mobilisation de l’intelligence collective sur le terrain, pas de débat hors celui du haut de la pyramide. Mieux ou pire, les instructions du nouveau ministre détournées : il ne demandait plus la remontée des produits de l’évaluationnite effrénée, mais les hiérarchies intermédiaires les ont exigées, considérant qu’il leur état impossible de piloter sans ces instruments glorieux.
 
Dans ce climat de soumission à la continuité, on a vu des hiérarques nouveaux nommés à la rentrée, dont quelques uns, biens connus pour leur attachement à la pensée unique libérale, leur acharnement à sanctionner les désobéisseurs, et même pour leur habitude d’interdire l’intervention de conférenciers progressistes dans leur département ou leur fief, car ils auraient pu avoir une influence néfaste sur leurs sujets, réussir à exiger la continuité sous des prétextes futiles et à empêcher les enseignants de penser. Dans un gros département, la première conférence de presse d’un tout nouveau DASEN nommé par la gauche a été entièrement consacrée à la continuité et à l’exigence de faire remonter les évaluations. Comment espérer redonner de l’enthousiasme dans un tel contexte ?
 
Il m’est arrivé dans plusieurs réunions très officielles d’interroger de brillants intervenants : « Ne se serait-il rien passé dans notre pays ? Avez-vous entendu parler de refondation ? ». La question apparaissait saugrenue : « Mais qui est cet individu iconoclaste ? »
 
J’ai assisté récemment à une cérémonie classique de congratulations pour un passage de témoin dans les fonctions de DASEN, en présence du nouveau recteur, nommé par la gauche. Pour repérer dans les discours successifs des petites phrases consacrées à la refondation, à la signification du mot, aux perspectives en principe ouvertes, il fallait être très subtil… Mais tous les hiérarques présents étaient contents. Ils peuvent avoir espoir de continuer comme avant. On a fait de la politique pendant 5 ans, mais on n’en fait plus !
 
Vous avez dit « refondation » ? On ne parle que de pilotage, de technicisme, de mesure, d’administration, de tableau de bord... On glorifie les compétences des pilotes au fil de leur brillante carrière. Pourquoi voulez-vous que ça change ? 
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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