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Chère Jeunesse, je m’adresse à toi au moment où tu t’apprêtes à rentrer dans l’Histoire, celle avec un grand H, oui, celle des futurs manuels scolaires…si tant est que, dans le futur, il y ait toujours des manuels scolaires. Avant que tu ne cesses toute lecture, je te rassure : ce n’est surtout pas une leçon que je veux te donner ; je ne m’en sens ni le droit, ni le courage et puis d’autres s’en chargent largement à ma place.

On t’a en effet expliqué depuis des mois qu’il faut que tu restes chez toi, que tu quittes ton université, ton école, ton lycée ou même ton premier boulot…et aussi ta vie sociale, sportive, tes copains…Il le faut parce que tu es un danger potentiel. Oh ! Pas pour toi même ! Les statistiques sont parlantes : le covid 19 ne t’en veut pas tellement, il t’utilise en fait pour faire son chemin mortel dans la population mais sans t’affecter outre mesure : c’est toi qui compte le plus de porteurs sains et c’est précisément pourquoi tu es un danger pour tes proches.

C’est donc la corde sensible que l’on a pincée pour te contraindre même si l’on y a ajouté les mesures coercitives imposées à tout un chacun. Et tu as été prise au piège dans un mélange complexe de peur, d’infantilisation et de responsabilisation. Tu n’as pas choisi le sacrifice, tu l’as accepté sans rien dire ou presque.

Sacrifice, c’est pourtant le mot : une demi année d’études, d’apprentissages, de savoirs, pour commencer mais ce n’est pas tout. On sait d’avance que c’est aussi toi qui va payer le tribut le plus lourd au chômage qui s’annonce et que c’est toi qui va rembourser pendant des décennies les milliards qui s’envolent. En fait, « nous  sommes en guerre » et comme dans toutes les guerres menées jusqu’ici, c’est la jeunesse que l’on envoie au front pour protéger les gens en place, d’âge mûr pour le moins, nantis le plus souvent. On ne prend pas ta vie physique cette fois mais on hypothèque gravement ta vie future, avec les méthodes habituelles : impossibilité rabâchée de faire autrement (cela fait donc consensus), valorisation pour exemple des héros du moment (ici les personnels soignants). Qui plus est, c’est ta part la plus fragile qui est la plus durement touchée : celle des défavorisés…comme dans toutes les guerres.

Alors, Jeunesse, je voudrais te dire tout à la fois merci et pardon…et si jamais tu écrivais une lettre à Monsieur le Président pour lui dire que cette guerre tu ne veux plus la faire…alors, je comprendrais.

Jacques Puyou

Dernière modification le dimanche, 07 juin 2020
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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