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Cette année, j'aurai de nouveau le plaisir de participer au Carrefour du Numérique lors du salon Educatec-Educatice. L'un des temps forts est le débat du jeudi autour de l'innovation pédagogique et de la principale question "Est-il facile d'innover ?". La question est comme un puits sans fond. Il me revient d'ailleurs cette maxime en tête : "C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt".

L'école m'a appris que la terre était ronde, le numérique que la société était horizontale.

Si le numérique constitue une grande part de ma vie (voire toute ma vie), le coup de foudre vient aussi de ce constat : une horizontalité qui stimule la curiosité, aide les plus timides à tracer leur chemin, offre des pistes nouvelles à l'innovation.

La société du numérique est horizontale. Tout le monde s'y doit d'être accessible et, si parfois certaines attitudes donnent l'impression d'être pris de haut, tel le fameux RTFM (read that fucking manual) donné brutalement en réponse à une question, c'est bien plus parce que votre interlocuteur considère que vous avez les compétences suffisantes pour résoudre le problème posé. La bienveillance peut parfois prendre des formes suprenantes.

Le numérique m'a appris qu'horizontalité ne rimait pas avec foutoir et manque de coordination, ni de concertation. La verticalité est l'opposé de cette concertation. Soit on attend que le haut impose sa décision, soit on est imposé sans avoir pu donner son avis. Le numérique m'a appris que dans l'horizontalité toutes les compétences ne se valaient pas mais qu'elles pouvaient se compléter, se partager et non servir à écraser.

Si le numérique est horizontal et la terre ronde, jamais je ne pourrai me rendre supérieur à qui que ce soit. Je peux dès lors innover en toute liberté et confiance.

Mais il y a l'autre société, celle hors numérique, celle de la hiérarchie où tous ne sont pas à condamner mais où on rencontre encore de nombreux "chefs" pour qui innovation rime avec questionnement de leurs compétences et attributions. Que fait-on quand on a peur et que l'on a pas envie de partager, de communiquer ? On condamne... Et si je vois heureusement des innovations pédagogiques, techniques ou ludiques saluées, je vois encore malheureusement trop d'innovateurs.trices dévalorisé.e.s et de belles initiatives foulées au pied, poussées vers les oubliettes pour des questions d'ego. Ou alors on s'empare d'une innovation, on la minimise quelque peu, on se l'appoprie et on fait semblant d'innover alors que lors du processus on a réussi à en retirer tout le sel.

J'en ai rencontré ; j'en rencontrerai encore... Je ne suis heureusement pas le seul à les combattre mais parfois ils sont durs à déloger.

Alors innover ?

Si c'est, comme je l'indiquais dans un autre article, sortir du cadre classique, présenter autrement le " savoir " et l’apprentissage, expérimenter et développer la curiosité des enfants et adolescents et par cela raccrocher tous ceux que le système scolaire a perdu, c'est aussi niveler la société, permettant de supprimer toute peur précédant l'innovation. Peur non fondée... On peut avoir peur de se planter. C'est l'essence même de l'innovation. On ne devrait jamais avoir peur de questionner et bousculer...

Soyons donc très clairs : quiconque met de la verticalité dans le numérique est soit un naïf n'ayant pas encore les codes du domaine, soit un être mal avisé aux desseins peu recommandables. L'innovation doit dès lors se construire sans eux.

Dernière modification le jeudi, 14 novembre 2019
Cauche Jean-François

Docteur en Histoire Médiévale et Sciences de l’Information. Consultant-formateur-animateur en usages innovants. Membre du Conseil d'Administration de l'An@é.

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