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Entrée de l’Ecole dans l’ère du numérique sans les professeurs documentalistes
 Je suis professeur et documentaliste. L’intitulé de mon poste est professeur documentaliste. 
J’enseigne des connaissances et compétences en littératie informationnelle, numérique, médiatique, informatique, citoyenne.
Quand je lis le "Point d’étape de l’entrée de l’École dans l’ère du numérique" daté du lundi 10 juin 2013, et que j’arrive à la page 25 sur les actions pour relancer l’Education aux Médias et à l’Information et favoriser un usage responsable d’Internet et des réseaux sociaux ... je me mets à y croire. 
 
Sauf que, au paragraphe "quel plan d’actions à partir de la rentrée", je lis ceci : 
"Un cadre de référence sera élaboré. Il définira les objectifs de l’éducation aux médias et leur déclinaison concrète sous la forme de séquences pédagogiques proposées pour les différentes disciplines
Le Conseil supérieur des programmes créé par la loi sera missionné pour proposer les modalités d’intégration de l’éducation aux médias et à l’information dans les programmes et le socle commun"
 
Sauf que mon enseignement n’est pas considéré comme une discipline, malgré un CAPES qui a plus de 20 ans d’existence, malgré des séances que je mène seule ou avec un professeur de discipline. Je ne collabore pas. Mon enseignement est réel, organisé, anticipé, réfléchi avec des fiches-outils pour les élèves et une progression sur l’année et en fonction des niveaux, des compétences et connaissances à évaluer dans le socle commun ou le B2I et des heures consacrées à préparer mes séances. Mon enseignement complète celui de l’enseignant de "discipline".
Sauf que j’enseigne sans programme, ni curriculum, ni référentiel ... j’enseigne ce que ma conscience professionnelle et ce que je lis dans des espaces de mutualisation (académiques ou associatifs, blogs de professeurs documentalistes) me motivent à enseigner afin que les élèves, qui sont avant tout des individus, deviennent des citoyens éclairés, autonomes et responsables devant toute information, quel que soit son support et son moyen de diffusion.
 
Ainsi, en deux phrases seulement, je sais que je ne suis pas concernée par l’entrée de l’Ecole dans l’ère du numérique. En deux phrases seulement, je me sens exclue du corps professoral, insignifiante, inexistante.
 
Pourtant, j’ai beau y réfléchir, j’enseigne les médias, la preuve par mon blog Podcasts et Pédago(qui ne présente qu’une partie de mon enseignement) :
 
 •Je veux "Permettre aux élèves d’exercer leur citoyenneté dans une société de l’information et de la communication, former les « cybercitoyens » actifs, éclairés et responsables de demain" 
• Je veux "Permettre la compréhension et l’usage autonome des médias par les élèves (...) qui sont à la fois lecteurs, producteurs et diffuseurs de contenus 
• J’enseigne "Une pratique citoyenne des médias : une lecture critique et distanciée de leurs contenus et une initiation aux langages, aux formes médiatiques pour pouvoir s’informer suffisamment, s’exprimer librement et produire soi-même de l’information" 
• J’enseigne "Le développement d’une compétence de recherche, de sélection et d’interprétation de l’information, ainsi que d’évaluation des sources et des contenus"
• j’enseigne "Une compréhension des médias, des réseaux et des phénomènes informationnels dans toutes leurs dimensions : économique, sociétale, technique, éthique" (1)
 
Pourtant, j’ai beau y réfléchir, j’enseigne le numérique dans l’ère duquel l’école doit entrer. J’enseigne la culture numérique et un usage responsable et citoyen d’Internet.
•J’enseigne "aux élèves à utiliser les opportunités offertes par ces nouveaux médias tout en assurant leur protection, celle de leur image numérique et de leur vie privée sur internet et sur les réseaux sociaux, et prévenir les risques d’atteintes aux droits des enfants" mais sans leur faire peur. Je ne suis pas dans l’enseignement de la peur mais de la compréhension pour un meilleur usage .
•J’enseigne "aux élèves à distinguer entre réalité et fiction "
•J’enseigne à mes "élèves à utiliser les nouveaux outils pédagogiques à bon escient" (2)
 
Cette liberté de n’avoir aucun programme nous oblige, nous, professeurs documentalistes, à nous auto-former et à mutualiser sans cesse afin de faire évoluer nos pratiques, nos projets et notre enseignement. Cependant, voilà que cette douce liberté nous marginalise.
 
Pourquoi nous oublier ? 
Peut-être avons-nous tort et ne sommes pas tant que cela tournés vers le numérique ? Peut-être que nous n’avons pas su être réactifs en assez grand nombre et nous faire entendre ? Ou peut-être que notre futur (déjà écrit) est de gérer un Centre de Connaissances et de Culture, d’être médiateur auprès des élèves et collaborateur d’enseignants disciplinaires.
 
Maintenant, posons-nous quelques questions : 
Si les enseignants de discipline enseignent demain ce que nous enseignons déjà aujourd’hui, qu’allons-nous enseigner demain ? 
Comment allons-nous justifier notre légitimité à prendre, seuls, des élèves en séances pour enseigner des connaissances et compétences liées à la culture numérique, informationnelle, médiatique, citoyenne ? (que les professeurs de discipline n’ont pas le temps, aujourd’hui, d’aborder à cause de programmes disciplinaires lourds).
Si notre enseignement n’est pas reconnu aujourd’hui, après plus de 20 ans d’existence de CAPES, quand sera-t-il reconnu ?  
 
 Aujourd’hui, je me sens légitime en tant qu’enseignante. Je sais que ce que j’enseigne est utile, réel, fondé et reconnu. Ce sentiment, je le dois à l’équipe éducative de mon établissement. Je sais que mon enseignement est légitime. 
Qu’en sera-t-il demain ? 
 
Aujourd’hui, je sais l’importance d’intégrer le " numérique dans les enseignements pour assurer la formation au numérique, aux sciences du numérique et l’éducation aux médias". 
Quelle sera ma place demain ? 
 
Do it myself ...
 
(1) page 25
(2) page 26
Dernière modification le mardi, 30 septembre 2014
Bousquet Aline

Je suis professeur documentaliste en collège

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