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Vers des ascenseurs numériques ? Remplir les espaces interstitiels du quotidien. Imaginez qu’en entrant dans un ascenseur, d’un seul coup, vous basculiez dans l’univers numérique de demain. Truffé de moyens numériques, cet appareil banal pourrait bien nous surprendre….

L’ascenseur pèse-personne. Il vous est surement arrivé de regarder cette énigmatique étiquette : 8 personnes ou 600 kilos. Avec insistance vous l’avez regardée, soit lorsqu’une neuvième personne se présentait à la porte (l’ascenseur compte-t-il les personnes) ou lorsqu’une personne un peu lourde était en train d’entrer à vos côtés (l’ascenseur pèse-t-il sa charge). Certains ascenseurs possèdent un indicateur visuel (lumière qui s’allume sur un bouton) de surpoids global. Imaginons un instant qu’il devienne intelligent… A chaque personne qui entre il pourrait indiquer, en l’affichant son poids (et éventuellement, s’il l’identifie, le différentiel avec la fois précédente) et ainsi signaler les limites à ne pas dépasser. On peut imaginer les débats dans l’ascenseur de l’entreprise à propos des statistiques qu’il afficherait pour chacun de ceux présents à ce moment-là…

L’ascenseur qui donne des conseils… en relooking

Presqu’à chaque fois que nous prenons un ascenseur, un miroir nous renvoie tout ou partie de notre image. Joie, déception, surprise, les sentiments sont variés bien sûr… d’autant plus que nous nous empressons souvent de nous y regarder (sauf lorsqu’entre une autre personne…). Imaginez un instant que d’un seul coup, il se mette à vous dire que le col de votre veste ou le pli de votre robe sont à améliorer. Imaginez qu’il vous dise que vos lunettes sont de travers, que votre maquillage est raté, que votre haleine… Grace à la reconnaissance faciale et à sa banque de donnée connectée, l’ascenseur peut en moins d’un étage et demi faire votre diagnostic look et vous donner quelques conseils simples… ou moins simples selon les cas.

L’ascenseur qui tient compagnie

On se sent parfois seul dans l’ascenseur. C’est même l’angoisse, parfois à entendre quelques bruits qui nous semblent suspects lors du passage des étages. Vous êtes monté dans un ascenseur sans boutons. Voua lui avez donné un « ordre » ou du moins vous le croyez et il commence à dialoguer avec vous en langage naturel, non seulement pour indiquer où vous allez mais aussi pour vous « faire passer le temps ». Malheureusement il arrive parfois qu’il ne vous comprenne pas, ne vous identifie pas et donc ne sache pas à quel étage vous déposer. Il vous propose alors de jouer à la roulette ascenceur. D’un simple geste du doigt une roue virtuelle se met à tourner et choisit, pour vous l’étage d’arrivée. A vous ensuite de gérer la suite, car, vous ne le savez pas, l’ascenceur a pris soin d’annoncer votre arrivée aux occupants de l’étage déjà là et qui ne manqueront pas de vous moquer à votre « expulsion » car, dans ces cas-là, l’ascenseur, vexé, n’hésite pas à vous pousser dehors grâce au système automatique d’expulsion d’intrus.

L’ascenseur qui reconnait l’utilisateur au travers du miroir et l’aide dans sa vie quotidienne

Mais l’ascenseur connecté peut aussi être un ami. Vous avez peut-être le réflexe de vous regarder dans le miroir, dès que vous y montez. Comme il vous a reconnu, il peut aussi, selon vos choix, vous lister les tâches et rendez-vous à venir. Il peut passer commande pour vous et payer automatiquement sans que vous sortiez votre carte bancaire (sans contact…) d’un simple acquiescement de votre part par un rictus sur votre visage…. (à la manière des salles de ventes). Miroir, mon beau miroir… direz-vous, mais non il ne change pas la réalité, la vôtre comme celle des autres, à l’arrivée à votre étage. Cependant il vous a permis de ne pas perdre de temps. Cette occupation interstitielle est la grande évolution voulue par l’informatisation massive des ascenseurs. Les employeurs ont mesuré le temps passé (oui, c’est aussi enregistré et traité) par les employés dans les ascenseurs. Ils en ont mesuré le coût et ont sollicité leurs services informatiques pour trouver des algorithmes spécifiques d’optimisation du temps perdu. A la montée, mais aussi à la descente, le matin mais aussi le soir, ou encore sur le temps de la « pause méridienne », les algorithmes calculent comment mieux optimiser ce temps perdu. Ils vont même jusqu’à suggérer voir imposer une activité pendant ce temps-là…

L’ascenseur qui réconcilie les équipes de travail qui montent ensemble.

L’ambiance glaciale des équipes et des personnes qui se croisent dans l’ascenseur est fréquente. Peut-être appuyiez-vous sur le bouton « fermer » la porte avant que votre ennemi ne partage ce moment d’ascension avec vous. On ne s’adresse pas la parole. On a tout fait pour éviter de monter avec les autres, mais l’ascenseur, désormais sans bouton, a attendu patiemment d’être arrivé au poids/nombre optimum, vous rappelant à l’ordre car vous tardiez à monter, il avait aussi identifié vos hormones d’hostilité que vous produisiez en attendant. Et voilà l’ascenseur qui se met au travail. Il modifie l’ambiance selon les personnes qui entrent : changement de luminosité, de musique, dialogue et conseils au groupe présent. Peut-être même pourrait-il raconter des histoires, ou plus simplement afficher les infos ou un document audiovisuel en remplacement du miroir (marre de me voir à chaque fois dans ce miroir). Alors que chacun évite le regard de l’autre, d’un seul coup tout s’arrête, l’obscurité se fait. Le temps de la surprise passée, les langues se délient. Vous pensez à une panne, non, c’est simplement l’ascenseur qui a repéré cette ambiance glaciale et qui tente d’y remédier. D’ailleurs dans le noir, surgit la voix d’un humoriste en vue qui d’une chronique ciblée va réchauffer l’ambiance, à défaut de réconcilier les présents. Et soudain s’affichent le tableau de bord des performances individuelles… heureusement, c’est pour rire nous rappelle la douce voix de l’ascenseur, c’est pour stimuler la créativité et l’envie d’aller plus loin, ensemble…. et non pas contrôler votre productivité, du moins c’est lui qui le dit.

L’ascenseur pédagogue

Profitant de ces « espaces interstitiels », l’ascenseur propose aussi d’apprendre pendant ces courts moments de solitude. Détectant l’utilisateur, analysant son profil, il s’aperçoit qu’un petit coup de pouce cognitif pourrait bien être utile… Aussitôt, prenant la parole, et profitant du miroir transformé en écran, il propose des activités d’apprentissage, de perfectionnement à celui ou celle qui est là. Interrompu parfois par l’urgence, l’ascenseur stoppe la leçon pour interroger sur les désirs de petit déjeuner ou de lecture ou encore de rencntre. Puis une fois satisfait, il continue la leçon… et propose de transférer la suite du travail sur l’espace personnel numérique. Arrivé au bureau ou à la maison, l’activité pourra reprendre. Imaginons un instant la classe inversée dans l’ascenseur…

On imagine la plupart du temps l’informatique au travers des périphériques, écrans, claviers, souris etc… mais elle a appris à se cacher de notre regard pour s’incarner de manière plus subtil dans les objets de notre vie quotidienne. C’est ainsi que l’on peut imaginer tous ces objets de notre environnement qui pourraient ainsi avoir une « autre vie ». Les actants, chers à Michel Callon et Bruno Latour, prendraient encore une autre épaisseur de vie. Voiture, maisons ascenseurs et autres pourront ainsi appartenir différemment à nos manières de vivre. On pourra peut-être même un jour, du moins si on en croit quelques transhumanistes un peu allumés, voir des arbres ou des fleurs ou encore même des animaux dotés de ces moyens qui augmenteront leur présence au monde… mais ne rêvons pas, laissons cela à la science-fiction. Mais parfois la réalité dépasse la fiction (titre d’un livre parcouru dans l’enfance)… alors… laissons aller notre imagination. Devant les machines qui nous entourent, essayons de leur inventer des vertus qu’ils n’ont pas pour l’instant… dès fois qu’elles adviennent un jour…

A suivre et à imaginer
Bruno Devauchelle

Article initialement paru sur le site : http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=1891

Dernière modification le mardi, 31 mai 2016
Devauchelle B

Chargé de mission TICE à l’université catholique de Lyon et professeur associé à l’université de Poitiers, département IME.

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