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Après 5 semaines de bouleversement total de notre quotidien (individuel et collectif), je me retrouve dans mon salon en ce dimanche matin, café en main, et comme bien des gens je m’informe, je lis, j’écoute, je filtre et je réfléchis. Je réfléchis au devenir, immédiat et à plus long terme, du monde de l’éducation en le superposant au devenir du monde en général. Car l’école n’est pas une institution en vase clos.

Une discussion sur mon fil Facebook avec Lionel Tordeux, que je salue au passage, sur ce qui attend l’école post-pandémie a comme origine ce billet de Luc Papineau qui pose un regard clair sur l’école québécoise (in extenso, l’école tout court).

Un extrait :

Une situation nouvelle demande qu’on cesse de tenter de répéter ce qui ne fonctionnera plus. Il faut consacrer les prochaines semaines et les prochains mois à préparer la rentrée 2020-2021 d’une école qui fonctionnera de façon tout à fait différente. Un modèle hybride qui comportera de l’enseignement à distance et aussi à l’occasion de l’enseignement en classe. Il faut également que l’école se recentre sur les apprentissages essentiels. Il faut cesser d’attendre et préparer l’avenir au lieu de le subir. Et surtout il faut aussi que chaque Québécois se demande ce qu’il peut faire pour son éducation future ou celle de ses enfants et s’y engage. Répéter le modèle actuel en temps de pandémie n’est pas viable. (Luc Papineau)

J’ai souvent dit au fil des années que le changement en éducation, le vrai, sera (trop) progressif, petit bout par petit bout. Qu’il n’y aura pas de tabula rasa.

Peut-être que je me suis trompé… ou peut-être pas…

Il n’en fallait pas plus pour que l’ami Lionel y aille de ce questionnement pertinent :

C’est tout « simplement » du contrat entre l’école et la société…. vaste sujet. Pas certain que la crise soit le meilleur moment pour redéfinir cela. Par contre, oui, nous avons cru à un usage du numérique qui pourrait aider à apprendre, ce numérique n’a pas encore atteint sa maturité pour avoir de telles prétentions. Mais nous, spécialistes de la chose… que proposons-nous ? quelle évolution espère-t-on ? que nous manque-t-il en termes d’équipements, de formation, de maîtrise ? L’école d’après ce sera quoi ? un peu de présentiel, de distanciel, un outil nouveau… (Lionel Tordeux)

Voici donc ma réflexion dominicale à ce sujet :

On pourrait aborder différentes facettes des enjeux pour l’éducation une à une mais elles sont toutes reliées entre elles.

D’abord, la séquence chronologique de la suite des choses : ce qui se fait dans un court terme et ce qui se fera, disons, à l’automne. Ici je pense, en résumé, à la posture de base de tout enseignant cherchant à se ‘connecter’ (humainement et techniquement, demandez à madame Marie-Ève) à chacun de ses élèves (voir ci-dessous ce croquinote de Wendy Pillars, illustrant les propos de l’excellent Larry Ferlazzo).

Et SURTOUT, je pense à ce qui se passera au-delà de la période de crise et d’une réouverture des établissements scolaires.

Que proposer ? Quelques pistes :

Il importe de poursuivre la dimension affective et relationnelle qui est amplifiée dans différents milieux virtuels en ce moment.

Un modus vivendi qui lui, saura guider un (nouveau?) modus operandi. Tabula rasa, nouvel ordre, ground zero ? Pas certain. Pensons à de grands événements qui ont bouleversé le monde : 2e Guerre mondiale, bombe atomique, 11 septembre. Plusieurs facettes de vie se sont toutefois maintenus au-delà de ces tragédies; la post-pandémie ne sera pas nécessairement différente.

L’école risque elle aussi de revenir à ce qu’elle faisait avant, dans un paradigme pédagogique dominant peu ou pas modifié.

MAIS, on observe partout qu’un gros ‘quart-de-tour’ a lieu présentement pour une intégration encore plus judicieuse du numérique (le qualificatif est essentiel) suite à une démystification et sensibilisation de ces leviers numériques pour apprendre, sans compter le développement de nouvelles compétences pédagonumériques chez de nombreux enseignants dont certains qui étaient plutôt réfractaires pré-pandémie.  La mise en garde toutefois est de ne pas établir un modèle d’apprentissage en ligne (terme que je préfère à formation à distance) basé sur une réponse d’urgence, comme le décrit très bien ce texte d’Educause.

Selon les auteurs de cet article, voici 10 questions clés (adaptées ici pour le contexte des écoles primaires et secondaires de notre milieu) à se poser au sein de l’équipe-école face à la mise en œuvre d’une solution urgente d’accompagnement en ligne (ou EDU – enseignement à distance d’urgence) :

  1. Étant donné la nécessité (l’urgence EDU) de faire de l’accompagnement à distance, quelles ressources internes et externes sont nécessaires pour soutenir cette transition?
  2. Quels aspects du contexte (institutionnel, social, gouvernemental) affectent la faisabilité et l’efficacité de la transition?
  3. Comment les interactions de l’école avec les élèves, les familles, le personnel et les parties prenantes influent-elles sur la réactivité perçue au déploiement de l’EDU?
  4. L’infrastructure technologique permet-elle de répondre aux besoins de l’EDU?
  5. Le personnel de soutien de l’école a-t-elle une capacité suffisante pour répondre aux besoins de l’EDU?
  6. Le développement professionnel (formation continue) du personnel éducatif favorise-t-elle l’EDU?
  7. Comment pouvons-nous améliorer les dispositifs, mesures et outils pour une continuité pédagogique liée à des approches alternatives de l’enseignement et de l’apprentissage en mode EDU?
  8. Quels sont les plus grands défis des enseignants, des élèves, du personnel de soutien et des dirigeants face à une réponse en EDU?
  9. Comment pouvons-nous adapter nos processus pour répondre à de tels défis opérationnels à l’avenir?
  10. Comment les commentaires des apprenants, des enseignants, des parents et des équipes de soutien de l’école (ex. TI, CO, TES…) peuvent-ils éclairer les besoins de formation à distance à l’avenir?

Je me permets de faire trois rappels de base pour soutenir les interventions virtuelles présentes et à venir avec nos jeunes :

Rappel no.1 : Souvenez-vous qu’en ligne, tout est amplifié; ce qui est bien fait ET ce qui n’est pas bien fait.

Rappel no.2 : Faire l’école en ligne n’est pas une réplique de l’école physique. Elle a son propre modèle.

Rappel no.3 : Votre équipe de soutien TI fait partie de la solution.

La formation initiale et continue des enseignants, actualisées, sont d’une importance incontournable.

Cet article d’Andy Hargreaves capte mon attention. Hargreaves nomme cinq enjeux qui nous attendent : le soutien additionnel aux élèves plus vulnérables, la priorisation du mieux-être chez tous, la valorisation de la profession enseignante, la juste place de la formation professionnelle, l’optimisation (pas la maximisation) du numérique en enseignement.

C’est donc, à mon humble avis, un appel retentissant aux leaders en éducation (conseillers, directions, gestionnaires et gouverne) à faire preuve plus que jamais d’une belle audace créative, avec l’excellence (lire ici : savoir bien répondre aux ‘nouveaux’ enjeux mis en lumière par la crise) en filigrane. Imaginons, osons, déployons, mesurons, ajustons et osons encore. Plus concrètement, je prédis un bel essor pour l’hybridation de l’offre-école (mix présentiel et numérique, nouvelles stratégies pour un engagement affectif et cognitif dans des tâches pertinentes, le lien élève-enseignant, élève-élève et le lien école-famille en surbrillance. Bref, le M et le R de SAMR. Soyons astucieux et accompagnons nos équipes dans cette mutation professionnelle et sociétale, pour un passage d’un système d’éducation à un écosystème d’éducation.

« You can call me a dreamer, but I’m not the only one. » (John Lennon)

Je termine ce trop long billet avec cette superbe réflexion de l’auteur-jeunesse québécois Bryan Perro.

« Et si en 2021 nous commencions nos phrases par «j’ai le devoir» plutôt que par «j’ai le droit»? » (Bryan Perro)

Au final, il s’agit de l’essor de notre ressource naturelle la plus précieuse, nos enfants.

Et maintenant ? Qu’allons-nous faire ?

Bon courage à tous !

Jacques Cool

https://zecool.com/2020/04/19/et-maintenant-quallons-nous-faire/

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Dernière modification le lundi, 01 juin 2020
Cool Jacques

Jacques est natif du Nouveau-Brunswick où il a travaillé dans le système d’éducation publique pendant 30 ans, à diverses fonctions : enseignant, conseiller en évaluation, responsable de programmes d'études, gestionnaire elearning. Depuis 2015, il dirige le CADRE21 -https://www.cadre21.org/- organisme à but non-lucratif visant le développement professionnel en éducation -- situé à Montréal, Québec

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