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La crise sanitaire bouscule le secteur de la formation. Ce matin, 26 mars 2020, un collègue et moi-même avons animé une séance de visio-conférence de 30mn avec un groupe d’étudiants d’une formation tourisme. Objectif : faire en sorte que leur formation continue alors qu’ils sont « confinés », comme tout le monde depuis une semaine.

Cette visio-conférence nous a servi à lancer les apprentissages de la journée.

L’organisme de formation nous a demandé il y a huit jours si nous étions en mesure de continuer tout de suite à assurer nos cours par Internet, puisque le confinement fermait le centre de formation. Nous avons proposé de nous appuyer sur une plateforme Moodle prête à l’emploi, celle que nous utilisons, même en mode présentiel.

Je me réjouis sincèrement de voir que tout le monde, élus, ministres, responsables de centre de formation, … s’intéressent ces temps-ci de très près à la mise en oeuvre CONCRETE de solutions numériques pour enseigner. Il est essentiel pour eux que les  cours et les formations se poursuivent en temps de confinement.

La crise sanitaire rend flagrant l’intérêt de ce qui était souvent considéré comme une lubie de prof geek.

Pour les enseignants et les étudiants/élèves, il est surtout essentiel que les apprentissages continuent efficacement, même à distance … 

Pédagogie de la formation à distance

Une visio-conférence de 30 minutes est très gratifiante, on peut la montrer à la télé, mais elle n’est que la partie émergée de la pyramide : les apprentissages reposent sur une préparation assez lourde, sur une approche cohérente et un outil pédagogiquement conçu (nous n’utilisons pas Moodle par hasard).

Le numérique, ou plus précisément « les environnements numériques d’apprentissages » sont une solution merveilleuse pour faciliter les apprentissages à distance, parce que nous avons la chance d’avoir aujourd’hui des accès Internet relativement confortables presque partout.

Enseigner en ligne impose cependant des préparations assez différentes de celles d’un enseignement en face à face. On est conduit à adapter sa pratique pédagogique à l’environnement numérique ; il a des avantages et des inconvénients.

Je suis adepte de la pédagogie « socio-constructiviste », qui pour faire très simple, considère :

  1. qu’on apprend en « faisant », en trouvant des solutions dans des « situations d’apprentissage », pas en écoutant un prof,
  2. qui considère de plus qu’on apprend mieux en « faisant » à plusieurs : en résolvant les problèmes en mode collaboratif.
  3. Qu’ainsi on apprend la vie, pas seulement des connaissances.

Quand on dit cela, on est tout près de Freinet, de Montessori, etc. … ce n’est pas par hasard que des instituteurs réalisent un travail pédagogique magnifique depuis de nombreuses années.

Si on garde cette approche en tête, on identifie la pauvreté d’un enseignement qui ne serait construit que sur les conférences de mandarins devant des amphis surchargés, quelle que soit leur expertise, et comprend mieux la richesse et l’efficacité de la classe inversée, du modèle de « l’apprentissage » en alternance, etc. … 

Apprendre à distance : oui mais pas tout seul !

Enseigner en ligne ne veut absolument pas dire que les étudiants à distance sont seuls pour apprendre. Ils maîtrisent aujourd’hui des outils de partage en ligne que nous n’imaginions pas il y a 15 ans. Nous savons que ces outils existent, … eux les maîtrisent !

A nous, enseignants de prendre cela en compte et de concevoir les séances d’apprentissage à distance de façon à ce que les étudiants/élèves aient à résoudre des situations d’apprentissage, … et autant que possible, à plusieurs.

Cela impose souvent de répartir ce qui durait 3 heures sur 3 jours, en « morcelé », pour que les étudiants puissent s’organiser en collaboratif. Avantages : les apprentissages « maturent » mieux, et cela laisse aux apprenants du temps pour travailler autre chose en parallèle. 

Un exemple très simple : les étudiants ont besoin de comprendre ce qu’est un contrat de travail.

Solution 1 :

  1. Une visio-conférence de 15mn permet de lancer les travaux.
  2. Un document ressource de 8 pages sur le sujet est mis à leur disposition par Internet.
  3. Un Quizz à correction automatique permet de vérifier qu’ils ont assimilé les notions essentielles.  
  4. Une visio-conférence permet de faire la synthèse et de rebondir sur la suite des apprentissages.

Solution 2 :

  1. Une visio-conférence de 15mn permet de lancer les travaux.
  2. Les étudiants sont répartis en sous-groupes de 3 (fonction de Moodle),
  3. La consigne de travail leur demande de chercher des infos sur le web pour réaliser en sous groupe une synthèse de 500 mots maxi sur ce qu’est un contrat de travail. A eux de s’organiser pour collaborer (GoogleDoc, Framapad, un wiki dans Moodle, etc.)
  4. Le délai de dépôt de la synthèse de chaque groupe sur la plateforme Moodle est de 2 jours, même si le temps de travail estimé est de 3 heures.
  5. L’enseignant commente les travaux déposés pour donner son avis.
  6. Il partage les travaux à l’ensemble du groupe en leur demandant leur avis sur un forum dédié à cela (Moodle).
  7. Les participants traitent une évaluation individuelle (formative) qui leur demande de vérifier 2 contrats très simples (modifiés par moi auparavant) et de repérer deux éléments qui ne devraient absolument pas s’y trouver et deux éléments essentiels qui y manquent.
  8. Si cela est utile, ils répondent à un quizz d’évaluation des connaissances à correction automatique.
  9. Une visio-conférence permet de faire la synthèse et de rebondir sur la suite des apprentissages.

La solution 1 nécessite 4 heures de préparation, quizz compris.

La solution 2 suppose 8 heures de préparation, mais elle sera bien plus efficiente. Les étudiants auront cherché les informations par eux même, ils auront été conduits à sélectionner les infos vraiment utiles pour contribuer une synthèse, ils auront amélioré leurs compétences en analyse synthèse rédaction, ils se seront enrichis les uns les autres en confrontant leurs avis, ils auront accru leur capacité  travailler en équipe (très recherché par les entreprises), ils auront produit une ressource utile (estime), et … les formateurs auront vraisemblablement des supports utilisables en stock pour la session suivante.

Quatre heures de préparation en plus pour l’enseignant, mais tant de bénéfices en plus pour les étudiants ! 

Intérêt pédagogique des visio-conférences

Dans ces deux solutions, les visio-conférences sont en fait presque secondaires.

Elles ne remplacent pas une séance de formation en face à face. Ce sont des supports pour lancer ou clore une séance de travail.

L’intérêt principal, à mon sens, c’est que le non-verbal s’exprime, que l’humain est perceptible, que le groupe en formation ressent les émotions,  ce qui est utile pour les apprentissages collaboratifs.

Pour info :

  • Vous pouvez disposer gratuitement d’une plateforme Moodle performante pour 50 étudiants avec Moodlecloud
  • Visio-conférences avec Jitsi : rien de plus simple avec ce tutoriel

Allez, … à vos claviers, et vive la pédagogie !   

Dernière modification le jeudi, 02 avril 2020
Le Page Gilles

Après des études assez courtes et quelques années dans l’industrie, j’ai d’abord dirigé des hôtels clubs à l’étranger pendant une douzaine d’année, puis formé des adultes au sein de l’AFPA durant une vingtaine d’année. 
Ce parcours professionnel et de nouvelles études m’ont apporté des compétences très variées et complémentaires dans le tourisme, la formation professionnelle et les usages du numérique. 
J’assure maintenant des interventions de type formation/action/conseil sur les thèmes suivants : utilisation du web social, formation à distance (blended learning), apprentissage collaboratif, animation d’un espace public numérique, gestion et communication d’une offre touristiques.

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