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Comprendre pour créer, créer pour comprendre....mais encore ? : Youtube un exemple de pratique adolescente - Comme Google, comme Wikipédia, Youtube fait partie de ces sites incontournables sur le web et dans les pratiques de nos élèves. Toujours fidèle à la posture que développe Anne Cordier pour qu’ils construisent leur propre culture numérique et de l’information, je cherchais à proposer à mes élèves une séance autour de Youtube.

 

Chaque élève ou binôme a été très autonome dans la conception de ces vidéos. Nous avons fourni tablettes, applis… et vérifié les droits d’images et autorisations parentales. Nous n’étions là que pour répondre à leurs questions, les encourager. Au final, nos élèves se sont dépassés, nous ont surpris tout en développant des compétences en info-doc et en EMI (dans la matrice EMI : être auteur, assumer une présence numérique, partager des informations de manière responsable).

Pour approfondir la séance avec des plus grands (ou même nous en tant qu’enseignant(e)s), je vous recommande cette vidéo de Dany Caligula «Argent et publicité : les youtubers doivent-ils être critiqués ? » qui évoque nombre de questions :

le modèle économique et la publicité, la course à l’audience, le financement, le salaire, le rôle du compteur de vues, l’idéologie du succès, remise en cause du terme « youtubeur » et comment ces contraintes influencent la création et la créativité.

Au-delà des contenus, ce qui est intéressant avec Dany Caligula, c’est ce contraste entre ses pratiques sur la plate-forme et sa défense du libre. Il évoque le problème du financement de la création en France : économie du don, réforme du droit d’auteur, contribution créative.

Cette vidéo aussi de Magali Lesince, professeure documentaliste de l’académie de Limoges qui parle de booktubeurs et de son projet pédagogique : « Les nouveaux "influenceurs" des jeunes sont sur YouTube : Les booktubers, prescripteurs littéraires » et évoque toutes les compétences mises en œuvre dans un tel projet.

Les élèves avaient donc créé leur vidéo...avaient-ils pour autant compris ce qu'était Youtube et les enjeux des vidéos publiées ? Souhaitant aller plus loin encore, la séquence s’est terminée par un entretien filmé avec les élèves. Ces entretiens ont été révélateurs de leur engament dans ce projet : argumenter, affirmation (de soi), parler en "je", être force de proposition, présence active dans la séquence. Cette étape rejoint ce que dit Hervé le Crosnier « la meilleure façon de comprendre la culture numérique c'est d'en parler ». Nous sommes plusieurs à nous engager dans cette voie, comme Muriel Almayrac à travers des vidéos de ses élèves mais aussi des entretiens sur son blog.

Mon objectif est alors double :

  • Construire ou déconstruire des représentations (Maxime qui dit « utiliser Youtube » alors qu’il parle de « créer avec »), structurer leurs pratiques. Les faire verbaliser aussi ce qu’ils mettent derrière l’idée de « partager » (Maxime parle d'un "partage de connaissances"). Cet acte est souvent spontané chez les élèves mais ils ont du mal à définir les valeurs qu’ils y mettent derrière. Louise Merzeau dans un dossier d’Inter CDI consacré aux Communs souligne à quel point le partage de ses étudiants sur les plates-formes et réseaux sociaux relève plus d’un acte de communication sans aucune (ou peu) de conception des contraintes et des enclosures liées à ce partage.

 

  • Donner à voir les talents de nos élèves, non pas qu’ils soient meilleurs que d’autres mais donner à voir pour valoriser, partager. Cela passe par ces espaces en ligne mais aussi par des espaces temps dans nos CDI, à l’image des flash masterpieces que j’ai mis en place cette année : un moment éphémère, pour vivre autrement le lieu du CDI « en commun » et partager ses talents avec la communauté du collège. (J’en reparlerai peut être dans un autre billet)

 

Ce type de séquence, sur un temps long, nous permet, en tant que professeurs documentalistes, de pouvoir conjuguer deux facettes passionnantes de notre métier.

  • Celui de pouvoir observer des pratiques de nos élèves sur les temps où ils viennent en autonomie, de pouvoir dialoguer avec eux de ce qu’ils font quand ils sont « sur » le Web (je renvoie pour cela auquestionnaire sur ces pratiques numériques et médiatiques , questionnaire proposé avec le groupe TrAM de Toulouse). C’est une source de motivation pour eux que de parler de leur pratique, des outils qu’ils utilisent, des sites qu’ils visitent. Quel autre enseignant peut se targuer de pouvoir faire ça de façon aussi explicite ? En art peut-être, mais encore cela dépend énormément des contextes familiaux et culturels dans lesquels évoluent les élèves.

 

  • Celui de pourvoir les porter plus loin, de les sortir de leur zone de confort pour les amener à créer des « chefs-d’œuvre » (Ph. Meirieu). C’est à travers cela que nous développons leur créativité c'est-à-dire un dépassement de soi. La créativité ce n’est pas seulement l’aspect artistique d’une production. C’est aussi et surtout la capacité à proposer de nouvelles questions, à dépasser ses cadres de pensées habituels, à prendre position.

Dans sa thèse Gilles Sahut affirme qu’il ne suffit justement de créer pour comprendre.... de quoi questionner notre enseignement.

C’est peut être cette dernière étape (la verbalisation, la conceptualisation) qu’il manque trop souvent par manque de temps et qui permettrait pourtant que se développe la littératie des Communs, c'est-à-dire permettre le développement d’une conscience structurée et critique des Communs chez les élèves. Une conscience d’un lire et écrire dans une logique de savoirs partagés.

NB : cette séance est un prolongement de la séance « Notre environnement médiatique : information et divertissement » que nous avions publiée aux Editions Génération 5

Article publié sur le site : http://odysseedln.overblog.com/2016/06/youtube-jobtube.html

Dernière modification le dimanche, 24 juillet 2016

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