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Le numérique a d’ores et déjà tellement envahi notre monde qu’il est illusoire de l’en extraire pour lui appliquer un traitement spécifique. Et pourtant la tentation est grande en cette période pré-électorale (ou déjà électorale) de formuler des « propositions pour le numérique » et certains candidats se sont pliés à l’exercice. Mais est-ce bien judicieux ?

Au delà de la touche moderniste (façon french Tech) que cela peut apporter, de l’entre soi valorisant (celui des novateurs, des « startupers »…) dans lequel cela permet de se mouvoir, l’efficacité de la démarche reste à démontrer. On parle volontiers d’écosystème numérique, il s’agit donc d’avoir une vision systémique des questions de notre société et alors, bien sûr, le numérique est une composante des systèmes à analyser mais ce n’est jamais la seule.

Il en est ainsi des questions d’éducation, d’économie, d’aménagement du territoire, de santé, de protection sociale, de réduction des inégalités…le numérique apparaît dans ces domaines comme un levier fort d’une évolution possible vers un mieux souhaité et souhaitable, mais l’isoler conduit, souvent involontairement, à imaginer que des avancées sur le numérique vont résoudre, de manière un peu magique, les problèmes d’apprentissage, de développement, de soins, de précarité, d’inégalités…

« Développer les starts-up  françaises du numérique »*c’est important mais il convient de développer toutes les entreprises innovantes de ce pays. « Promouvoir l’éducation au numérique tout au long de la vie » c’est un objectif louable mais il convient de promouvoir l’éducation tout au long de la vie dans tous les domaines du savoir et de la culture. « Réduire la fracture numérique », c’est une nécessité mais il convient de réduire toutes les fractures de notre société. « Former les enseignants à l’utilisation du numérique à l’école » cela va de soi mais il convient d’améliorer toute la formation initiale et continue des enseignants…Il est aisé de multiplier les exemples.

On peut rétorquer que certains sujets de préoccupation semblent purement numériques : l’installation du haut débit sur tout le territoire, le stockage et la protection des données (data), l’intelligence artificielle…Il s’agit là encore d’une illusion. De la même manière que cela ne vient à l’idée de personne de dissocier la création  de voies de communication (canaux, voies de chemin de fer puis routes et autoroutes) de l’organisation des moyens de production et de la vie des gens lors de la révolution industrielle et à sa suite, il est difficile de dissocier les « tuyaux du web » des bouleversements actuels de la vie économique et sociale du pays et du monde. Quant à l’intelligence artificielle, elle n’est plus désormais cantonnée aux laboratoires de recherche avec la question philosophique de sa supériorité éventuelle par rapport à l’intelligence humaine…elle a envahi  les usines avec ses robots et commence à le faire pour notre quotidien avec domotique et voitures.

C’est donc une réflexion globale qu’il faut avoir sur toutes ces questions et elle doit aboutir à une vision d’un monde, inévitablement numérique, compatible avec l’épanouissement d’un mieux vivre dans une société plus juste, plus responsable, plus participative, plus citoyenne et plus apaisée que chacun appelle de ses vœux.

*les propositions entre guillemets figurent dans des listes déjà élaborées par des candidats ou à leur destination.

Dernière modification le vendredi, 10 novembre 2017
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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