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Le manuel scolaire numérique fait partie des ressources utilisables dans le système scolaire. Principalement employé dans le secondaire, on le retrouve également dans les classes élémentaires. Riche en ressources numériques et fonctions annexes, il est également personnalisable. Quels en sont les bénéfices et les limites ? Existe-il des effets positifs sur l’organisation des cours et sur la gestion en classe liés à l’utilisation de ce type de ressources ? Par Claire Nikitopoulos *

Cette contribution vise à apporter quelques premiers éléments de réponse à ces questions.

Le manuel scolaire numérique est la version numérique, voire interactive, du manuel scolaire papier. Il peut être défini comme « un manuel dématérialisé que l’on utilise avec un ordinateur. Il est vu sur écran ou projeté en classe avec un vidéoprojecteur. En plus des textes et images que l’on trouve dans le manuel papier, le manuel numérique peut proposer des documents sonores, des animations ou des vidéos » (eduscol).

Complétons les matériels de diffusion cités dans cette définition avec le tableau numérique interactif (TNI) et la tablette tactile. S’il est une version augmentée du manuel scolaire traditionnel, enrichie en ressources numériques et personnalisable, quels en sont les bénéfices et les limites ? Existe-il des effets positifs de la personnalisation du manuel sur l’organisation des cours et sur la gestion de classe ?

Différentes versions de manuels numériques


Utilisé dans les enseignements primaire et secondaire, le manuel numérique est disponible en plusieurs versions : numérisée, simple, enrichie et personnalisable.

  • La version numérisée dispose de fonctionnalités simples d’affichage et de navigation.
  • Le manuel numérique en version simplifiée propose l’intégralité du manuel à projeter, des outils pour animer le cours (crayon, surligneur, flèche, annotations…), des outils de visualisation (zooms, caches, spots…), de navigation et de sauvegarde des modifications.
  • Le manuel enrichi dispose, en plus des fonctionnalités courantes (comme la vidéo-projection, des outils de visualisation, la sauvegarde des modifications), de ressources additionnelles (vidéos, animations, sons, cartes interactives, exercices interactifs…) ou d’un comparateur de documents.
  • La version personnalisable dispose des fonctionnalités courantes, des fonctionnalités enrichies (avec des ressources additionnelles, un comparateur de documents, une fonction micro…) et du transfert des données (transfert des annotations, liens internet, notes…) vers un autre ordinateur ou sur clé USB. La plus-value repose ici sur la personnalisation du manuel par l’utilisateur. Des outils sont en effet à disposition de l’enseignant pour créer son propre cours, intégrer des documents personnels ou encore agencer à sa manière différents éléments (textes, images…).

Bien plus qu’un simple fichier numérisé, les pages du manuel numérique se feuillètent à l’aide d’un support multimédia : en fonction de l’offre choisie, enseignants et élèves peuvent travailler sur tablette, ordinateur, vidéoprojecteur ou TNI.


Les manuels numériques offrent des ressources variées allant de l’illustration statique à l’exercice interactif. A ce titre, l’étude de Nikitopoulos (2013), Université de Bordeaux, a eu pour objectif de comprendre les usages des enseignants avec les manuels scolaires numériques et de découvrir les activités proposées dans les différentes matières enseignées à l’école élémentaire.

A cette fin, une enquête en ligne (69 répondants) et 8 entretiens avec des enseignants de primaire ont été mis en place. Les résultats indiquent les matières où le manuel numérique est le plus utilisé, les méthodes d’apprentissages convoquées, les fréquences d’utilisation, les ressources utilisées ou encore le matériel employé pour la diffusion.

L’étude a ainsi montré que les enseignants interrogés utilisent avant tout les illustrations sans interactivité (100 %), les exercices interactifs (79 %) et, dans une moindre mesure, les vidéos (46 %) et les illustrations interactives (43 %). Ces résultats viennent confirmer les déclarations d’enseignants qui, selon le rapport de l’Inspection générale, se disent attirés par les ressources multimédias interactives et « affirment leur volonté de construire leurs cours en utilisant, selon les besoins de l’entraînement des élèves, des ressources granulaires qui peuvent être disposées de manière graduelle pour des explications, des démonstrations ou des activités : animations, exerciseurs interactifs, vidéos… » (IGEN 2012, p. 48).

Cependant peu d’enseignants (3 %), parmi ceux interrogés, personnalisent leur manuel numérique en y ajoutant leurs propres ressources (illustrations, vidéo, audio…).

Les nombreuses ressources du manuel numérique complètent la version papier du manuel. Elles sont susceptibles de favoriser de nouvelles activités en classe. Pourtant, l’acquisition du manuel numérique dans les établissements du primaire est encore rare et, de ce fait, quelques matières seulement (en particulier, mathématiques et français) sont privilégiées.

 

Quelles activités en classe avec les manuels numériques ?


Toujours d’après l’étude de Nikitopoulos (2013), les manuels numériques de mathématiques (37 %) et de français (32 %) sont les plus utilisés par les enseignants du primaire. Les participants à l’étude enseignent majoritairement en CM2 (soit 40 %) et en CP (soit 30 %). L’origine des participants est intéressante dans la mesure où il y a un impact sur le choix de la matière du manuel numérique. Les enseignants ayant un manuel numérique de mathématiques enseignent majoritairement en CM2. Pour les manuels numériques de français, il s’agit avant tout d’enseignants de CP dont l’objectif est l’apprentissage de la lecture, ici avec le numérique.


De manière générale, le manuel scolaire numérique est disponible en local par le biais d’un support de lecture physique (CD, DVD ou clé USB), accessible en ligne sur une plateforme de diffusion (CNS, KNE, portail WizWiz, Lelivrescolaire, Sésamath…) ou directement via l’espace numérique de travail (ENT) de l’établissement.

Les enseignants peuvent diffuser le manuel numérique en classe (vidéoprojecteur ou TNI), mais aussi proposer des activités en groupes ou individuelles (tablettes, ordinateurs). Cependant, comme le souligne un rapport du ministère de l’Education nationale (MEN, Évaluation de la première année de l’expérimentation « Manuels numériques via l’ENT », 2011, p. 18), le manuel numérique est principalement utilisé en diffusion collective. Ce rapport pointe également le taux d’utilisation quasi nul des manuels numériques par les élèves en dehors des établissements scolaires.


L’étude de Nikitopoulos (2013) citée plus haut montre que les enseignants interrogés utilisent des ressources (vidéo, exercices interactifs, cartes interactives…) et outils indisponibles dans les manuels papiers. Pour exemple, ils indiquent qu’en mathématiques les élèves effectuent individuellement du calcul sur des exerciseurs ou des exercices de géométrie grâce aux outils intégrés au manuel (règle, équerre, compas…). En français, les enseignants se servent des outils de visualisation (caches, spots, zooms,…) et de la trousse (crayon, feutre, surligneur,…) du manuel numérique pour l’apprentissage de la lecture, le classement des noms et la réalisation d’exercices.

Deux enseignantes soulignent que le manuel numérique aide à préparer les élèves fragiles à la découverte du texte, lors des séances de soutien. En histoire-géographie et histoire des arts, les enseignants utilisent le manuel numérique en classe entière pour le travail sur documents (illustrations, textes…), proposent des activités de découverte, de consultation de vidéos, des illustrations et cartes (simples et interactives). En sciences expérimentales et technologie, les enseignants travaillent uniquement en collectif. Les activités recensées sont, par exemple, consulter des ressources, cacher des éléments pour les faire découvrir, replacer virtuellement le mot sur l’image qui convient, comparer des éléments.


Les activités pédagogiques déclarées relèvent avant tout de l’observation, de la comparaison, de la découverte, de l’entraînement et du dialogue en classe. Ces situations pédagogiques sont comparables à celles décrites dans le cadre de l’étude de TNS-SOFRES (2014) qui confirme qu’au primaire les activités d’observation et de découverte (74 %) et l’entraînement collectif (70 %) sont les plus réalisées. Cette étude montre également la part importante de la remédiation (45 %) à l’aide d’un manuel numérique.

Bénéfices du manuel scolaire numérique

Alléger le poids du cartable

L’un des premiers enjeux du manuel numérique est l’allégement du poids du cartable, volonté ministérielle affirmée dès 2008. L’évaluation de l’expérimentation « Manuels numériques via l’ENT » (MEN, 2011) montre des résultats mitigés concernant cet objectif. Les résultats sont effectivement très variables d’un établissement à un autre, en fonction de l’enseignant, des consignes données et des préférences des élèves. Il faut également prendre en compte que les manuels ne constituent qu’une partie du poids du cartable et s’ajoutent aux cahiers, classeurs et fournitures de l’élève.
Par ailleurs, le fait de travailler en classe sur la version numérique du manuel évite les oublis du manuel à la maison. Ceci réduit également les pertes et dégradation des manuels.

Des ressources multimédias

La grande richesse du manuel numérique réside avant tout dans les ressources multimédias qu’il offre. Véritables atouts du manuel numérique, ces ressources sont légalement disponibles pour les usages pédagogiques. Le manuel numérique combine ainsi différents médias (illustrations, vidéos, animations, audio…) sur un même support. Une étude de chercheurs australiens menée par Hee Jeong Jasmine Lee (Lee et al., 2013), comportant une revue de littérature et des entretiens, a eu pour objectif d’identifier l’acceptabilité du manuel numérique chez les enseignants et les élèves de l’enseignement obligatoire ainsi que les éventuels motifs de rejet.

A ce titre, 180 élèves et 20 personnels d’encadrement ont participé à l’étude. De manière générale, les défis liés à l’utilisation de manuels numériques sont relatifs aux prix pratiqués, à l’homogénéisation des formats de contenus, à la maintenance, à la qualité et à la précision des contenus, aux risques liés à la santé et à la fatigue visuelle en particulier, à la lisibilité et aux questions de droits (propriété intellectuelle). Des technologies comme le tactile et l’informatique en nuage (cloud computing) sont identifiées comme de potentielles solutions à ces questions. L’état de l’art présenté fait effectivement remonter que les ressources multimédias captent l’attention des élèves et améliorent l’expérience de la lecture. Cependant, l’analyse des entretiens menés dans le cadre de l’étude montrent les inquiétudes des apprenants sur la fatigue visuelle lors d’une lecture prolongée sur un écran numérique.

La différenciation pédagogique

Le manuel numérique peut également faciliter l’apprentissage des élèves en situation de handicap. Dans leur livre blanc, Marcia Mardis, enseignante (School of Library and Information Studies, Université de l’Etat de Floride) et ses collaborateurs (Mardis et al., 2010) explorent tous les types de manuels numériques et pèsent les avantages et les inconvénients de chaque format dans les écoles. Selon les auteurs, la flexibilité du manuel numérique et le multimédia dont il est enrichi fournissent un soutien pour les élèves ayant des besoins d’apprentissage spécifiques. Ils ajoutent que les élèves déficients visuels ou incapables physiquement de tenir un livre ou d’en tourner les pages ont plus d’aisance à utiliser et à lire un manuel numérique. Le manuel numérique permet également de maintenir la concentration des élèves ayant des difficultés d’attention.

La gestion de la classe

Dans son étude exploratoire consacrée aux utilisations du manuel scolaire en version électronique par des enseignants en collège et lycée, potentiellement utilisateurs d’une version électronique de manuels scolaires à disposition dans l’établissement, Emmanuelle Voulgre, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Paris Descartes, a eu pour objectif d’identifier les avantages techniques et pédagogiques de ce support mais aussi d’aborder les besoins en termes de fonctionnalités (Voulgre, 2012).

Pour cela, une enquête destinée à des enseignants du secondaire a permis d’avoir un retour d’usages de 20 utilisateurs. Parmi les répondants, 19 exerçaient en collège et 1 en lycée (4 en histoire-géographie, 1 en sciences physiques, 1 en espagnol et 14 en mathématiques).

Du côté enseignant, des effets positifs du manuel numérique sur l’organisation des cours et sur la gestion en classe sont ainsi à mentionner. Avec la version personnalisable, l’enseignant peut intégrer ses propres ressources, créer de nouvelles pages, concevoir sa propre mise en page et modifier certains textes. L’organisation du temps en classe est ainsi facilitée dans la mesure où l’enseignant prépare l’ensemble de son cours et place les ressources nécessaires dans son manuel numérique. Voulgre (2012) souligne ainsi un gain de temps lors des passages d’un document à un autre et une facilité pour les faire apparaître et disparaître.

Limites


Cependant, aux bénéfices du manuel numérique s’ajoutent des limites techniques et financières à prendre en compte. Des difficultés sont rencontrées pour l’aménagement des salles de classe et plus particulièrement pour une visualisation en classe entière (MEN, 2011). De même, les enseignants ne sont pas suffisamment équipés en matériel (tablettes, ordinateurs,…) pour proposer des activités individuelles aux élèves (MEN, 2011). Voulgre (2012) identifie également des problèmes d’installation sur le réseau de l’établissement, une impossibilité de télécharger à nouveau le manuel après une panne, des difficultés avec les mises à jour des applications ou encore un temps important pour l’installation.
L’une des plus grandes limites aux usages du manuel numérique est le financement de cette ressource, en particulier pour les écoles primaires. La situation budgétaire de nombreuses communes ne permet pas l’obtention d’une version numérique pour chaque enfant. Par défaut, c’est la diffusion collective du manuel numérique qui est alors privilégiée.

Conclusion


Bien plus qu’une simple numérisation de la version papier, le manuel numérique dispose d’outils et de ressources qui enrichissent les cours. Les enseignants se servent majoritairement des illustrations simples (sans interactivité), mais également des exercices interactifs, des vidéos et des illustrations interactives. Peu le personnalisent avec leurs ressources. Pourtant, la personnalisation des pages et du contenu du manuel peut avoir des effets positifs sur l’organisation des cours et sur la gestion en classe. L’organisation d’activités pédagogiques (collectives, en groupes ou individuelles) diffère en fonction de la matière enseignée et du matériel à disposition. Ainsi, les tablettes sont favorisées pour le travail individuel des élèves, particulièrement en mathématiques, et le tableau interactif se prête plus facilement à la diffusion collective du manuel et de ses ressources dans les autres matières.

Recommandations :

  • Préférer les manuels numériques sur clés USB ou sur DVD pour éviter des temps de chargement aléatoires liés à la connexion à internet.
  • Personnaliser le manuel numérique avec ses propres ressources pour mieux organiser son cours et gagner du temps en classe.
  • En mathématiques, favoriser l’usage individuel du manuel numérique pour que les élèves puissent réaliser directement les exercices sur ordinateur ou sur tablette.
  • La diffusion collective du manuel numérique sur TNI ou sur vidéoprojecteur est recommandée pour favoriser les échanges en classe.

 

* Claire Nikitopoulos - Doctorante en sciences de l’information et de la communication* - Laboratoire MICA - Université Bordeaux Montaigne

Date de publication : 20/04/2016 sur le site de l'Agence des Asages : http://www.cndp.fr/agence-usages-tice/que-dit-la-recherche/les-usages-du-manuel-numerique-dans-les-ecoles-elementaires-97.htm

Références bibliographiques :
IGAENR–IGEN (2010) Le manuel scolaire à l'heure du numérique. Une « nouvelle donne » de la politique des ressources pour l’enseignement, Paris, MENESR, n° 2010-087.
IGEN (2012) Suivi de la mise en œuvre du plan de développement des usages du numérique à l’école, Paris, MENESR, n° 2012-082.
Lee H.J.J., Messom C. et Yau K.-L.A. (2013), ‘Can Electronic Textbooks Be Part of K-12 Education? Challenges, Technological Solutions and Open Issues’, The Turkish Online Journal of Educational Technology, 12(1), p. 32-44.
Mardis M., Everhart N., Smith D., Newsum J. et Baker S. (2010), From Paper to Pixel : Digital Textbooks and Florida Schools, The Florida State University PALM Center.
MEN (2011) Évaluation de la première année de l’expérimentation « Manuels numériques via l’ENT ».
MEN (2011) Évaluation de la deuxième année de l’expérimentation « Manuels numériques via l’ENT »
Nikitopoulos C. (2013), Les Usages du manuel scolaire numérique dans les écoles primaires françaises, Colloque international éTIC – Les TICE à l’école primaire, Université de Limoges, 3 et 4 octobre, 2013.
TNS Sofres/Savoir Livre (2014), Les Usages des manuels numériques en 2014. Principales évolutions depuis 2011.
Voulgre E. (2012), « Utilisations du manuel scolaire en version électronique par des enseignants en collège et lycée », STICEF, vol. 19.
Dernière modification le mardi, 26 avril 2016
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