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Nous sommes tous marqués, positivement ou négativement, par la scolarité que nous avons suivie. Elle fait partie de notre vie et représente la quasi totalité de notre quotidien du premier quart de notre vie. J’ai voulu, a posteriori, revenir sur mes années d’école, pas toujours brillantes, souvent moyennes, mais qui ont fait de moi la personne que je suis.

PETITE SECTION 

Je suis née en début d’année. Je peux donc commencer la maternelle à 2 ans et demi ou à 3 ans et demi. On choisit de me faire rentrer avec quelques mois d’avance.

Ma mère me dépose à l’école pour la première fois. C’est difficile pour elle car je détestais déjà la crèche. La séparation est déchirante. Je pleure chaque matin pendant des semaines.

Je me souviens que je stresse… et que je m’en veux de ne pas réussir à écrire correctement mon prénom. On m’explique que je ne cesse de faire le « n » à l’envers.

MOYENNE SECTION

On dessine. On dessine souvent.

Je remarque que ma voisine dessine le ciel de son paysage en faisant un trait bleu (d’environ 2cm de largeur) en haut de sa feuille. Je lui explique que le ciel doit descendre jusqu’au niveau du sol, sur l’horizon. Elle ne me croit pas. Je lui dis pourtant de regarder par la fenêtre. J’ai peur de perdre ma crédibilité et sa sympathie. Je n’insiste pas.

Le gros sujet de l’année qui fait le buzz c’est : la couleur préférée.

« C’est quoi ta couleur préférée ? »

J’ai remarqué que de nombreuses filles préfèrent le rose. Moi non car je suis convaincue que la meilleure couleur c’est le jaune. Et je décide de le prouver. Je sors mes crayons de couleur et les étale sur la table. Ils sont encore rangés dans l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel. J’explique que cet ordre de classement des couleurs est tellement harmonieux que si l’on retire n’importe quelle couleur du lot, l’esthétique n’est pas perturbée. Je mélange ensuite arbitrairement les crayons et je montre en retirant tour à tour une couleur que cela ne choque pas l’oeil. Puis, j’arrive au jaune… Je le retire du lot : l’ensemble devient « moche ». Mes camarades en attestent. J’explique que c’est parce que j’ai retiré la couleur qui apporte la lumière à l’ensemble… que le jaune est la couleur qui rend les choses belles et lumineuses. C’est la couleur du soleil.

GRANDE SECTION

La maîtresse me terrifie. Elle a une voix stridente et n’arrête pas de crier. Je prends énormément sur moi pour resister à ce stress qui parcourt mon corps de la tête au pieds… et qui a fait de mon coeur un tambour.

Je reste traumatisée par un exercice dans lequel il faut colorier en rouge je ne sais quoi chaque fois que l’on rencontre tel cas, en vert dans tous les autres cas. Je n’y arrive pas. La maîtresse crie par dessus mon épaule. Je me fige.

Ma mère est convoquée à mon école où on lui explique que je ne parle pas et ne joue pas avec les autres enfants, que je passe mes récréations assise par terre dans un coin, à sucer mon pouce et à faire tourner incessamment la même mèche de cheveux avec les doigts. On lui suggère de me faire voir par un psy, juste « pour vérifier »…

CP

Je me rappelle trouver l’apprentissage de la lecture particulièrement difficile. Je m’entends encore dire à ma grand-mère qui me garde tous les mercredis après-midis : « Je n’y arriverai jamais » et penser dans mon fort intérieur : « Tant pis, je serai de ceux qui ne savent pas lire… »

Je reste souvent le soir à l’école « en étude » car mes parents travaillent beaucoup et tard. La surveillante me prend individuellement pour m’entrainer à la lecture. Je bloque littéralement sur des mots dont j’ignore totallement le moyen et la façon de les prononcer… J’essaie d’inventer, d’improviser, mais je sais bien que je suis incapable de duper le monde sur cela.

En classe, la journée, je n’ai du CP qu’un unique souvenir : la maîtresse nous interroge à l’oral sur l’usage alternatif du « c » ou du « s » dans des cas qu’elle nous énonce et donne la parole à qui lève la main en premier. J’ai parfaitement compris la règle. Je reste silencieuse pendant cet exercice. Mais je suis heureuse de ne constater aucune hésitation ni erreur de ma part à l’écoute des réponses de mes camarades et des remarques de la maîtresse à chacun des cas qu’elle lance. J’ai tout juste. Je prends confiance, alors je décide de répondre à la prochaine question, pour laquelle il s’agit de répondre « s ». La maîtresse me donne la parole et je commence à parler : « c’est… » // Je suis stoppée net : je veux dire « c’est « s » ! », la maitresse entend « c ». Elle me répond « faux ! » et donne la parole à quelqu’un d’autre. Je reste muette et bête…, n’ayant pas le courage de terminer ma phrase ni de justifier que j’ai voulu faire une phrase sur un exercice qui n’attendait qu’une lettre comme réponse.

Je raconte une classe par jour. La suite sur Edutopies

Dernière modification le mardi, 31 mars 2015
Castor Laurène

J'ai créé le site Edutopies (laurenecastor.com) pour partager mes idées et expériences sur le design, la créativité, le numérique et l’éducation du futur… Publier ce que j’apprends m’aide à réfléchir sur les moyens de voir l’éducation autrement. Je suis également co-fondateur de New World University (letsinventthefuture.com), un projet ouvert et collaboratif qui se construit au fur et à mesure avec les contributions d'une communauté qui s'intéresse à l'éducation du futur.

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