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La situation devient dramatique. On en est désormais à compter sur des formes de solidarité entre les progressistes et les rénovateurs, face à une opération politicienne qui, exploitant les erreurs accumulées, mobilise l’opinion publique
Ceux qui contestent, discutent, proposent sont désormais accusés de faire le jeu de l’opposition, et leur avis est ignoré, considéré comme inamical. Comment a-t-on pu en arriver là ? Est-il encore possible de sauver la refondation ?
 
Rien n’est moins sûr. Pourtant elle est indispensable, sinon la destruction de l’école, bien engagée depuis de nombreuses années, et particulièrement entre 2007 et 1012, sera définitive. Elle laissera la place au système ultra libéral autoritaire, avec des écoles de riches et des écoles de pauvres, avec la disparition des écoles des quartiers les plus déshérités, avec le développement du « home schooling », avec une sélection exacerbée fondée sur la réussite individuelle, avec le renforcement de la société des gagnants qui savent que les perdants sont toujours les mêmes, avec la croissance de la compétition et de la violence. Pourtant l’opposition politique est elle-même divisée, et l’on trouve dans le principal parti d’opposition, une part non négligeable, que l’on a ignorée, encore attachée à une culture gaulliste par exemple, qui partage la volonté de transformation démocratique du système éducatif.
 
Il est vrai que le ministre peut parfaitement imposer la poursuite de sa politique. Il peut être comblé par les effets de cour qui font qu’il a toujours raison et parce qu’on ne lui montre que ce qui ne peut que le réjouir. Il peut être ravi de voir les recteurs, DASEN et inspecteurs lui faire une ovation… avant de continuer, avec un autoritarisme parfois décuplé, à mettre en place le règne de la défiance et de l’injonction, le pilotage par les résultats et les contrats d’objectifs qui n’ont pas de sens, ou nier la démocratie et la justice en sanctionnant à tour de bras, nonobstant la nécessité d’un climat de confiance pour refonder. A Avignon, la justice va bientôt devoir se prononcer sur la compétence des directeurs à gérer les bagarres de cour de récréation. A Toulouse et ailleurs, il ne fait pas bon de ne pas appliquer les ordres de MM Darcos et Chatel. La FCPE a dénoncé récemment les errements de trop nombreux DASEN et il n’est guère de blogs et de sites éducatifs qui ne regrettent la persistance de comportements aberrants et indiscutables de la hiérarchie intermédiaire.
 
Comme de nombreux « experts », pédagogues, sociologues, philosophes ; comme Philippe Meirieu, j’attire l’attention depuis toujours sur
  • La difficulté de refonder avec les mêmes finalités implicites, les mêmes programmes, les mêmes pratiques de management, le même climat de défiance, que celui qui sévissait sous un gouvernement ultra libéral
  • La difficulté de réduire la fatigue des élèves si l’on accepte l’ennui et le massacre par l’évaluation
  • La difficulté de prévoir des activités autres qu’occupationnelles ou d’exercices, en 45 minutes
  • La difficulté de mettre en place un projet éducatif local si les finalités et les objectifs généraux ne sont pas partagés et lisibles par tous
  • La difficulté de mobiliser les acteurs si les activités sont cloisonnées, juxtaposées, superposées dans des usines à cases administrativement contrôlées et validées, sans souci de la qualité et de la portée sociale.
  • La difficulté de concevoir et de réaliser un grand projet d’école et de société, s’il n’est pas conçu, dans la confiance, à la base plutôt qu’au sommet de la pyramide
 
Avec la campagne de l’opposition, avec la grogne qui monte de partout, avec un monde enseignant amer, sceptique, désabusé, en proie aux exigences paperassières et aux contrôles tatillons de leur hiérarchie, avec la souffrance, avec l’ennui, les réussites ponctuelles ne pourront pas cacher les réalités. Dans notre société de la communication, de l’apparence et de l’électoralisme à court terme, le débat, la liberté de penser et de le dire, sont des conditions de la réussite. La servilité et l’indifférence ne peuvent produire que des obstacles au progrès.
 
A Educavox, la parole est libre et le débat est recherché. Nous continuerons, prenant le risque de paraître contestataire, inamical, complice des opposants, considérant que nos contributions, nos alertes, mais aussi nos valorisations de l’innovation, nos informations sur les évolutions des sciences et des techniques, sont nécessaires à la réussite de la refondation.
 
L’éducation est synonyme de liberté. Et, comme l’écrivait Rosa Luxembourg, « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement »
 
Pierre Frackowiak
 
Photo Credit : //www.flickr.com/photos/12836528@N00/1112187615/" rel="external" style="margin: 0px; padding: 0px; border: 0px; color: rgb(51, 102, 255); text-decoration: none; font-weight: bold;">kevin dooley via Compfight cc
Dernière modification le jeudi, 13 novembre 2014
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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