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Paradoxe en mouvement - Si la vitesse est définie par le résultat de la division de la distance par le temps ; internet a t’il une vitesse ? (Vx=dx/dt)


C’est la question paradoxale que je me pose depuis quelque temps. Elle semble anodine mais je vais tenter de montrer que sous les aspects un peu chaotique de l’énoncé de départ, cela nous permet une interrogation plus large. Nous essaierons d’interroger une des perceptions que l’on se fait de ce système aujourd’hui ubiquitaire.

De tout temps, les physiciens ont eu du mal à modéliser la vitesse.
Cette entité conjugue deux dimensions aux unités incompatibles. Dès le départ, ils n’ont pas aimé. Je crois que c’était prémonitoire de la situation actuelle. La vitesse définit mal ce qui se passe sur le net.
Nous entendons que le monde va de plus en plus vite parce que les techniques de communication accélèrent les prises de décisions, les actions, les opinions. Les avis sont confrontés en temps réels, les controverses déclenchées en un temps record, les bêtises divulguées encore plus rapidement. Cette technologie comme aimait à le rappeler Jacques Ellul : « La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, ni neutre, elle est ».

Internet accélèrerait tout et partout.
Je pense véritablement que c’est le contraire. Cette accélération n’est vraie que si les utilisateurs s’emparent du système comme le système veut bien qu’ils s’en emparent.
Ce qui reste constant dans la relation numérique entre deux individus c’est le temps qu’ils partagent. Mon temps peut d’ailleurs être infini. Je peux prendre tout le temps que je souhaite pour visionner, lire et relire, regarder, observer l’artefact considéré. Donc notre formule de la vitesse est toujours valable puisqu’elle le temps ne tend pas vers 0.
Par contre ce qui étrange, c’est la capacité que le numérique offre à l’annulation de la distance. Je peux échanger, correspondre, agir, divulguer, enseigner, bref faire une quantité d’actions de l’autre côté de la planète ou dans mon laboratoire. Il y a assurément un affranchissement des distances.

Donc, si la distance tant vers 0, Le résultat de la formule de la vitesse est proche de 0.
Certains esprits chagrins feront une analyse différente de la mienne. Elle n’en sera pas moins ni plus cohérente. Elle est faite tout d’abord pour cela. Mais elle est faite aussi pour montrer que le monde numérique accélère ce que l’on veut bien accélérer. Nous ne sommes en aucun cas obligés de répondre de façon instantanée, ni de solliciter immédiatement l’ « autre ».
Les réseaux sont faits pour mettre en relation, donc permettre de tendre vers l’annulation des distances en aucune façon, ils nous obligent à accélérer notre processus d’analyse et notre capacité de discernement.

Internet met la vitesse en interrogation, pour moi elle permet de la stopper.
Dernière modification le jeudi, 27 novembre 2014
Brunel Stephane

Maître de Conférences des Universités à l’ Université de Bordeaux.

Spécialiste de la Gestion des connaissances, des usages numériques et de l’ingénierie pédagogique.

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