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Jean-Louis Durpaire, Inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire : Eurydice vient de publier Digital school at school in Europe. Cette étude compare les approches de 43 pays européens en matière d’éducation numérique.

L’étude est riche et dense, organisée en 4 domaines essentiels : curriculum, gouvernance, formation des enseignants, évaluation.

En préambule, il faut observer que cette étude est une photographie à un temps t (l’année scolaire 2018-2019). Elle ne prend donc pas en compte les changements effectués au fil du temps. Un pays comme la France a - faut-il le rappeler - considérablement évolué depuis l’introduction de l’informatique au lycée (il y a 50 ans) et à tous les niveaux (Informatique pour tous en 1985) : informatique comme discipline, informatique comme outil de formation transversale, formation aux outils (recherche, traitement de texte, tableur…)… En outre, le moment de cette étude était en coïncidence, pour la France,  avec le début de la stratégie « Le numérique au service de l'École de la confiance ».

Nous nous limiterons ici à en retenir trois enseignements parmi bien d’autres possibles en renvoyant le lecteur intéressé au texte en ligne (uniquement en anglais).

« Digital education » : de quoi parle-t-on ?

Le premier enseignement se rapporte à la définition de l’expression « éducation numérique ».

L’enquête interroge les systèmes éducatifs pour savoir s’ils ont adopté  la définition donnée par la Commission européenne en 2006 : « La compétence numérique implique l'usage sûr et critique des technologies de la société de l'information (TSI) au travail, dans les loisirs et dans la communication. La condition préalable est la maîtrise des TIC: l'utilisation de l'ordinateur pour obtenir, évaluer, stocker, produire, présenter et échanger des informations, et pour communiquer et participer via l'internet à des réseaux de collaboration. »

La réponse est  qu’environ la moitié des pays a adopté la définition européenne de « digital éducation » alors que 11 autres ont leur propre définition et que 8 dont la France se réfèrent à la fois à leur propre définition et à la définition européenne de 2006.

Pour la France ajoutons ce commentaire qu’en effet la définition de 2006 avait nécessité des adaptations, notamment pour faire une place importante à l’éducation aux médias et à l’information et dépasser l’approche techniciste de 2006. La France a clairement anticipé la définition européenne donnée en 2018:

« La compétence numérique suppose l’usage sûr, critique et responsable des technologies numériques pour apprendre, travailler et participer à la société. Elle comprend l’éducation à l’information et au numérique, la communication et la collaboration, l’éducation aux médias, la création de contenus numériques (y compris la programmation), la sécurité (y compris le bien-être numérique et les compétences liées à la cybersécurité), les questions liées à la propriété intellec­tuelle, la résolution de problèmes ainsi que l’esprit critique. » 

Stratégies pédagogiques : la grande diversité

Le deuxième enseignement porte sur les démarches d’intégration du numérique dans les enseignements.

Le numérique est-il une question obligatoire, optionnelle, facultative ? Transversale ou disciplinaire ? La position des pays est-elle la même au primaire, au collège, au lycée ? En primaire, plus de la moitié des pays introduisent la compétence numérique en sujet transversal ; un quart des pays comme un sujet obligatoire et spécifique ; un quart environ comme un sujet intégré aux disciplines.  Au collège, le nombre de pays qui considèrent l’éducation numérique comme un sujet obligatoire et spécifique croît pour atteindre la moitié des pays. Au lycée, la transversalité diminue encore au profit de l’offre d’enseignements optionnels.

Des enseignements peu évalués

Le troisième enseignement se rapporte à l’évaluation des compétences acquises en matière de numérique. 

Seulement la moitié des pays évaluent les compétences. Deux pays seulement (Norvège et Autriche) évaluent à tous les niveaux. Des spécifications nationales sont fournies aux enseignants dans à peine un tiers des pays ; seulement cinq appliquent les critères à tous les niveaux scolaires. A noter que ces critères ne sont pas nécessairement normatifs et que les enseignants disposent de beaucoup d'autonomie quant à la manière et au moment de les utiliser.

Jean-Louis Durpaire

L’étude Eurydice. Publiée le 12 septembre 2019

https://eacea.ec.europa.eu/national-policies/eurydice/content/digital-education-school-europe_en

Dernière modification le vendredi, 08 novembre 2019
An@é

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