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Les épreuves écrites du baccalauréat sont maintenant terminées depuis une semaine et les candidats attendent le mardi 7 juillet pour connaître les résultats et éventuellement devoir passer les épreuves orales de rattrapage.
Ce sont en moyenne à six épreuves écrites qu'ont été invités les candidats pour cette deuxième" manche" d'un examen qui chaque année provoque dans le landernau de l'Education mais souvent bien au-delà dans toute la société des débats qui tournent souvent à la polémique et à l'affrontement verbal.

De nombreuses affirmations erronées sont parfois à l'origine de faux débats, sans parler de rumeurs dont l'usage des réseaux sociaux facilite la diffusion, ce d'autant plus que la vérification des sources n'est pas systématique.
Le Ministère de l'Education nationale dans uneconférence de presse a communiqué sur les particularités de cette session 2015 et nul doute qu'une répartition de ces épreuves sur six journées avec un week-end au milieu aura satisfait les candidats placés ainsi dans de meilleures conditions de travail.

Mais organiser nationalement un examen dans plus de 4000 centres et 85 pays étrangers pour près de 700 000 candidats – auxquels s'ajoutent le demi-million de candidats aux épreuves anticipées en classe de première- qui au même moment pour une série donnée passent la même épreuve avec un sujet identique, c'est évidemment une performance que l'on doit à toute une armée d'acteurs qui sont mobilisés avec un vrai souci de confidentialité, de sécurité ...

Organiser la correction des copies n'est pas moins complexe que mettre en place l'élaboration de près de 3000 sujets et la surveillance des épreuves ; il s'agit de manipuler et faire corriger quatre millions de copies par plus de 150000 professeurs mobilisés pendant quatre semaines auxquelles s'ajoutent les jurys de bac et les épreuves orales de rattrapage.

On comprend combien les cours du mois de juin sont à ce point perturbés pour les classes qui ne passent pas d'épreuves, car la mobilisation des salles d'examen oraux et écrits, celle des enseignants chargés de surveiller les épreuves puis de corriger les copies ne permettent pas d'assurer normalement ces cours.

Le coût d'une telle organisation estimé par le Ministère à 81.4€ par candidat soit près de 100 millions d'euros ne prend pas en compte le montant des trois semaines d'enseignement perdu en fin d'année. Le principal syndicat des personnes de direction, le SNPDEN, dans une étude publiée en 2013, s'il corrobore globalement le coût direct des épreuves finales, écrites et orales, pointe le milliard d'euros de coût indirect.

Même si plusieurs modalités de calcul peuvent modérer cette estimation, il est clair que l'organisation en fin d'année de cet examen " mythique " perturbe considérablement le fonctionnement des établissements pour un objectif tout à fait limité.

Pour l'immense majorité des reçus à ce diplôme , cette succession d'épreuves est d'autant moins nécessaire que les résultats qu'ils ont obtenus durant l'année scolaire voire tout le second cycle suffirait à valider leur admission en enseignement supérieur. Ce que d'ailleurs le dispositif APB confirme en les affectant bien avant les épreuves du baccalauréat au vu de leurs résultats de la classe de première et des deux premiers trimestres de terminale.

Que penser d'un examen auquel un bon élève de terminale et de première échouerait , hypothèse il est vrai peu probable? On penserait d'abord à l'accident, à un problème de santé ou psychologique passager, au « pas de chance » pour cet élève. Pourtant celui-ci , bien qu'affecté par APB, ne pourrait être admis dans l'enseignement supérieur.

Que penser à l'inverse d'un élève qui n'ayant que trop peu travaillé dans l'année réussirait à cet examen ? On pencherait davantage sur sa chance à tomber sur des sujets particulièrement étudiés ou sur l'hypothèse de capacités cachées ou inexploitées durant la scolarité.
Et il y a ceux qui , échouant à cet examen , et faute d'une admission à redoubler, disparaissent des radars de l'Education nationale en intégrant le flot des 120 à 150000 décrocheurs qui inévitablement se retrouveront dans les statistiques de Pôle Emploi

La nature de ce premier diplôme de l'Université qui lui ouvre les portes, ne constitue pourtant pas en soi un outil de sélection pour les différentes filières du supérieur. Ce sont bien les résultats obtenus au cours de la scolarité qui comptent pour cette orientation, que ce soit pour les CPGE, les IUT, les STS voire les Universités qui ont inventé les bi-licences pour filtrer les meilleurs élèves.
Si l'on fait un parallèle avec l'orientation en fin de collège , c'est encore le conseil de classe et le chef d'établissement qui décident du type d'études que pourra suivre l'élève . Et non les résultats au DNB !

Il n'est donc pas surprenant de voir des élèves sortant de Bac Technologique - voire Professionnel-, sans affectation en BTS ou IUT, pourtant créés à l'origine pour ces élèves, s'inscrire par défaut à l'Université, par exemple en UFR Langue Etrangère Appliquée, avec une probabilité de réussite quasi nulle !
Ou voir les UFR STAPS inscrire les étudiants, faute de place, par tirage au sort !

Le Baccalauréat n'est pas la seule cause des classes en pointillé au mois de juin. Les conseils de classe qui se sont tenus fin mai début juin ont d'une certaine façon désinvestis les élèves. L'absence organisée des enseignants conduit à un absentéisme des élèves et l'activité pédagogique se réduit considérablement. Au collège la classe se transforme souvent en garderie, en séances vidéo, en goûter....

Réformer le baccalauréat – comme d'ailleurs le DNB- et toute l'organisation de l'évaluation des élèves s'imposent donc véritablement.

A y regarder de plus près on constate malgré tout que les baccalauréats technologiques et professionnels, qui regroupent pratiquement un candidat sur deux se modernisent progressivement en intégrant du Contrôle en Cours de Formation qui évaluent en particulier des savoir-faire acquis tout au long de l'année.

Le baccalauréat général, sacré pour nombre de cadres ou d'enseignants – et donc de politiques- qui idéalisent un diplôme faisant partie de leur patrimoine personnel affectif et culturel, est d'autant plus difficile à faire évoluer. Il constitue pourtant un des écueils sur lequel bute toute évolution des modes d'évaluation et donc des pratiques pédagogiques au lycée.

Car c'est bien en intégrant dans la scolarité un processus continue d'évaluation et de validation des acquis que l'on pourra mieux construire une intégration réussie vers les formations supérieures .Le Parlement a fixé dans la loi du22 juillet 2013 l'objectif de 50% d'une classe d'âge diplômés du supérieur – ils sont aujourd'hui 43%-
Car c'est bien en donnant à l'apprenant les instruments de sa progression et aux parents des outils de compréhension que l'évaluation sera utile à la construction du parcours de chaque élève.

Il sera alors plus facile d'évaluer les nouvelles et nombreuses compétences acquises par les jeunes hors de l'Ecole encore trop peu évaluées et validées aujourd'hui, alors qu'elles sont souvent attendues sur le marché de l'emploi.
On pourrait par exemple s'interroger sur les compétences de ces candidats qui utilisent leur savoir faire remarquable en informatique pour tenter de contourner les failles du système d'examen ! Les hackeurs sont les bienvenus on le sait dans le monde professionnel de la cyber-sécurité !
L'Ecole 42 a su ouvrir leur ses portes .

Nul doute que le lycée et en particulier l'évaluation au lycée, est aujourd'hui au cœur de la réflexion au ministère de l'Education nationale avec pour objectif de faire mieux réussir tous les élèves .

Les médias font actuellement état d'un projet de décret soumis au Conseil supérieur de l'éducation qui s'il était validé serait appliqué à la rentrée 2016 et permettrait aux lycéens de conserver leurs meilleures notes au baccalauréat d'une année sur l'autre.

Et ainsi, d'éviter de repasser les matières dans lesquelles ils ont réussi lors du premier passage de l'examen. Conséquence d'une telle mesure, l'élève qui rate son bac et redouble verrait ainsi sa deuxième année de Terminale allégée. S'il a eu 15 sur 20 en maths par exemple, il conserverait cette note et ne repasserait pas l'épreuve lors de son deuxième passage à l'examen. Le baccalauréat s'obtiendrait alors comme un cursus universitaire, où on valide les modules indépendamment les uns des autres.

On peut alors imaginer un bac-3 constitué, comme pour le bac+3 d'unités de valeur – les ECTS mis en œuvre dans le processus de Bologne pour la réforme du LMD en Europe- indépendantes les unes des autres et dont la validation constituerait le baccalauréat.

Evaluation formative et sommative seraient mises en place tout au long de la scolarité et allègeraient considérablement une fin d'année scolaire aujourd'hui uniquement vécue par la sanction du baccalauréat.
Les enseignants engagés dans la mise en œuvre de l'Evaluation par Contrat de Confiance ont quelques longueurs d'avance dans la réflexion sur l'évaluation. Ils ont largement participé à la conférence nationale sur l'évaluation des élèves et contribué à la Consultation Nationale.
Le colloque annuel du MCLCM qui les réunit est un lieu de partage de leur expérience .

Florence ROBINE, directrice de la DGESCO, qui connait bien les travaux de ces groupes de praticiens est venue leur dire son soutien.

http://educavox.fr/accueil/debats/l-evaluation-positive-et-bienveillante-est-consubstantielle-de-la-pedagogie

Claude TRAN

Dernière modification le jeudi, 09 juillet 2015
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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