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Savez-vous que l’'emploi qui fut fait du confetti en papier et du serpentin confina à une véritable épopée durant la période 1891-1914 des confettis et serpentins au Carnaval de Paris ? Rapportant la journée de la Mi-Carême à Paris, Le Petit Journal écrit que le 21 mars 1895 place de l'Opéra : « On ne songeait qu'à se lancer des confettis par poignées ; le sol en était jonché à ce point qu'on enfonçait dedans jusqu'aux chevilles. »( Wikipédia)

Durant la bataille de confettis, des nuages de poussières s'élèvent au-dessus des combattants.

La Préfecture de police de Paris cherche très tôt à circonscrire l'usage des confettis.

Après la Mi-Carême 1892, le Préfet de police de Paris en interdit la vente et la projection. Un débat a lieu au Conseil municipal de Paris à ce propos le 1er juin 1892. Dans son compte-rendu publié dans un supplément au Bulletin municipal officiel de la ville de Paris le lendemain, apparaissent les arguments avancés pour l'interdiction générale, assortis de la promesse d'autorisations exceptionnelles à venir au moment du Carnaval !

M. le Secrétaire général de la préfecture de Police s’exprime sur « une industrie intéressante ». Mais voilà,  à la Mi-Carême du poivre, de la poussière, du poil à gratter ont été mêlés aux confettis par certaines personnes ; des altercations et des scènes regrettables se sont produites.

Les municipalités ont adressé des rapports, en même temps que les commissaires de police et les officiers de paix, au préfet de Police pour protester contre les accidents que l'usage des confettis a occasionnés.

De plus les forains, à la place du Trône, par exemple, par une pétition revêtue de cinq cents signatures, se sont plaints du tort considérable que leurs faisaient les confettis, et de l'absence de public qui en résultait.

Il faut ajouter que, le soir, les confettis tombant sur les lampes à pétrole des boutiques menaçaient de déterminer des incendies.

En présence d'un mouvement auquel se sont associés le public, la presse, les municipalités, les forains, la préfecture a dû prendre le parti de les interdire d'une façon générale.

Cette narration que vous trouverez dans son intégralité dans wikipédia ici,  me semble illustrer parfaitement les comportements qui se développent pour chaque nouveauté aussi petite et à priori innocente soit-elle …

Ainsi aucune production n’est neutre. L’économie, les usages sociétaux, avec les usages déviants et les décrets qui s’en suivent, le politique donc, sont toujours au cœur de nos actions.

Ainsi les messages courts de nos réseaux, ces confettis numériques modernes doivent-ils être pris en considération !

 

Je cite ici - avec mes excuses pour cette réduction à ces extraits - Alain Jeannel,  qui a écrit une série d’articles sur ce sujet :

«  La masse d’informations auditives et visuelles correspondant à de multiples matières de l’expression forme une nébuleuse d’informations brèves. Le récepteur n’est pas dans une situation qui en permet la formalisation et cette « nébuleuse » laisse des traces mnésiques non exprimées.  

Si la réflexion sur les effets mnésiques et cognitifs des « confettis numériques » questionne les modes de transmission des connaissances, elle a un domaine plus étendu quand le constat suivant est fait.

Ces informations brèves sont tributaires d’une technologie qui impose son modèle par sa capacité à développer une « mondialisation » de rupture, soutenue par le choix d’un type d’économie. Cette conception de « la rupture » agit sur l’ensemble des systèmes écologiques de la terre. Elle occulte les multiples modes d’utilisations offertes aux femmes, aux hommes, aux communautés et aux Etats.

Dès son entrée dans la vie sociale, former une génération montante à pratiquer une réflexion sur une des manifestations quotidiennes de cette technologie, « le confetti numérique », et à en comprendre les effets mnésiques et cognitifs, n’est-ce pas un enjeu politique et anthropologique pour une transition citoyenne? »

Comment les « confettis numériques », peuvent-ils devenir des ressources pour l’éducation, la pédagogie et la didactique? »

Voici donc par l’éruption de ce confetti festif,  à nouveau questionné,  le numérique éducatif !

 

Si parfois le volume des échanges peut être si important que nous sommes plongés en « info-pollution », si parfois nous nous contentons de retweeter un article, ou si la lecture que nous faisons devient si rapide et superficielle qu’elle est inutile à tout apport cognitif, si parfois les « trolls » nos indisposent au point de nous rendre peu respectueux, si parfois nous choisissons nos « amis » ou nos «  twittos » exclusivement par rapport à nos opinions, oui les confettis méritent qu’on s’y attarde encore :  Pour retrouver le sens des relations, pour trouver les informations et les ressources qui aident à construire des apprentissages et du sens critique, pour savoir créer,  décider à bon escient et comprendre la société que nos choix engendrent.

Découvrir ou revoir le Carn@val numérique, c’est ici : une vingtaine d'articles avec analyses, échanges, créations, c’est le focus de cette quinzaine !

Dernière modification le lundi, 16 avril 2018
Laurissergues Michelle

Tout d’abord enseignante en école maternelle, directrice d’école, maitre formateur, directrice du centre Départemental de documentation pédagogique en Lot-et-Garonne (actuellement CANOPE),  responsable associative au niveau des écoles maternelles de 1973 à 1994, présidente nationale de l’An@é de 1996 à 2017 qui a créé le site Educavox dont je suis responsable éditoriale.

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