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" L'environnement dans lequel nous vivons nous incite à réfléchir et à éviter les stéréotypes tout prêts. L'interrogation provoque le temps de la réflexion.  Pendant les jours qui viennent, chacun d'entre nous cherchera sa réponse pour le monde éducatif qui doit participer à bâtir une société du "vivre ensemble". Ces réponses individuelles garderont leur singularité et leur identité pour construire une réponse collective représentative du caractère multidimensionnel et multiréférentiel propre à la pensée complexe qui permet le vivre ensemble." Alain Jeannel

 

Par l'actualité, ce sont des questionnements qui nous saisissent. Sidération, effroi, quête de sens, recherche de nos responsabilités...L'individu peut-il être comptable de fautes collectives ? Le passé déterminera t-il toujours l'avenir ? Pourquoi l'homme depuis des siècles prend-il la religion en otage pour justifier ses actes ? Des Pourquoi nombreux et qui appellent mille ou aucune réponses ?

Par où commencer ? Comment décrire l’inexplicable ?

Jennifer Elbaz : " Vendredi 16 octobre, notre NOUS, nous tous, qui que nous sommes, de France métropolitaine, outre-mer, expatriée, de cœur ou d’adoption, avons été attaqués. Une partie de nous a été assassinée. Un bout de chacun.e de nous, qui que nous soyons, qui que nous ayons envie d’être, est mort en même temps que Samuel Paty, ce vendredi après une journée de cours."

Patrick Figeac : Un professeur a été décapité devant son collège. A travers cet acte odieux, ce sont deux symboles de la République qui sont bafoués : la laïcité et l'école. Jamais, 115 ans après la loi de 1905 relative à la séparation des Eglises et de l'Etat, nous n'aurions pensé en arriver à de telles exactions. Tuer au nom d'une croyance !!

Ne pas supporter une autre idée, un autre idéal que le sien !! Et c'est l'école qu'on assassine, une école qui sait que la connaissance réunit, une école qui fait la différence entre sphère privée et publique, une école qui émancipe dans le respect des différences.

https://educavox.fr/chroniques-de-figeac/c-est-un-professeur-qu-on-assassine

" La douleur est toujours présente, vivace et le chagrin s'en fond. Les mots nous manquent quand l'abject devient indescriptible et quand les questions s'accumulent : Qui, comment, pourquoi ? A quoi surtout ressemblera notre société après cette tragédie augmentée de la puissance du symbole. Nous peinons à aller plus loin, tétanisés par l'atrocité du crime et la stupidité du mobile. La loi du talion n'a pas sa place dans une société démocratique régie par l'Etat de droit."

https://www.educavox.fr/chroniques-de-figeac/contre-la-barbarie

Mais peut-on décemment se contenter d’offrir en partage, une fois de plus, du chagrin, de la pitié et de la colère ?

David Djaïz : " Déjà les réseaux sociaux se remplissent de sincères messages où l’indignation le dispute à l’émotion. Déjà fleurissent les badges « Je suis professeur d’histoire » ou les invocations aux fameuses « valeurs de la République ». Je dois dire que cette inflation verbale finirait par m’agacer complètement, si elle n’avait pas au moins le mérite de servir d’exutoire à des émotions collectives aussi violentes que sincères. Il n’empêche. Ce ne sont pas les « valeurs de la République » qui décourageront un jeune djihadiste tchétchène complètement fanatisé de passer à l’acte et de décapiter sa victime en pleine rue.

Quels cultivateurs avons-nous été ? 

Nous sommes face à une double crise, une crise nationale et une crise mondiale. Les deux sont enchevêtrées et nous devons résoudre les deux.

La crise nationale d’abord. Victor Hugo écrit quelque part dans Les Misérables : « Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs ».

https://www.educavox.fr/alaune/david-djaiz-quel-genre-de-cultivateurs-avons-nous-ete

Trois crises ont convaincu momentanément l’opinion publique que rien ne pourrait plus être comme avant : les attentats et les conflits avec les communautarismes, la pandémie, les catastrophes naturelles.

Pierre Frackowiak : " A chaque drame, on a unanimement clamé l’impérieuse exigence de changement. Et on a, quelques jours après, repris ses travaux comme s’il ne s’était rien passé. On reprend l’ouvrage en cours, on le corrige un peu, on le dépoussière, on le repeint. On pense que certains modèles sont universels, que l’on a raison.

On ne travaille que sur l’amélioration théorique du passé, ignorant les réalités du présent et sans concevoir une vision prospective à long terme, tenant compte des incertitudes, des incompréhensions, du complexe, comme l’avait si bien expliqué Edgar Morin dans « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur »[2], un livre de septembre 2000, qui a, lui aussi, été rapidement oublié, et dont l’exploitation 20 ans après serait bien fructueuse. Il est vrai que l’école n’a pas su se construire avec une vision prospective depuis l’après guerre 39/45, et qu’elle ne semble toujours pas prête à le faire. Elle n’a pas entendu Elsa Triolet affirmer « L’avenir n’est pas une amélioration du présent. C’est autre chose ». Il faudra bien qu’elle invente autre chose, si elle ne veut pas disparaître."

https://www.educavox.fr/accueil/debats/pour-l-ecole-du-futur-rien-ne-pourra-plus-etre-comme-avant

L’histoire de notre pays se mêle à notre histoire personnelle car nos droits actuels découlent des combats et des victoires citoyennes passés sur notre sol.

Jennifer Elbaz : "Notre combat à nous aujourd’hui est certainement déjà de permettre au plus grand nombre de comprendre cela. Ce n’est pas le hasard si « nous » est la somme de « je » et « tu ». Tous les « je » et « tu » réunis deviennent « nous ». Parfois, pour faire vivre le « nous » il faut renoncer à une partie du « je ». Et cela n’est pas une déception, car le « nous » est plus fort que le « je ». C’est notre contribution à l’Histoire de notre pays… et quelque part de l’humanité. "

https://www.educavox.fr/accueil/debats/toi-moi-nous-que-dit-on-a-nos-enfants

Des enjeux démocratiques sont liés à la gouvernance de l’Internet.

La gouvernance de l’Internet est un vrai sujet politique dont s’est emparé Internet Society France (https://www.isoc.fr/), administrateur de l’AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération) en organisant un Forum sur la Gouvernance de l’Internet le 27 octobre 2020 en visioconférence.

Michel Pérez nous propose de partager ces réflexions et débats. Extraits :

"L’Internet est aujourd’hui entré dans une ère de risques majeurs de fracturation entre nations, entre populations, entre réseaux.

Ce phénomène de polarisation, de fragmentation se traduit par une polarisation géopolitique et une polarisation de l’opinion. Si ces échelles semblent éloignées, elles sont pourtant en résonance directe, comme en témoigne la cristallisation du débat politique et sociétal autour de la 5G en France et dans le monde.

Plusieurs questions se posent alors au moment où la crise sanitaire montre avec une vive acuité le rôle central d’Internet dans la société, cette fragmentation est-elle inéluctable ? Quels risques fait-elle courir aux utilisateurs ? Et peut-on imaginer de nouvelles formes de gouvernance d’Internet qui, sans imposer le consensus au risque d’aseptiser cette dernière, permettent à chaque partie prenante d’être entendue et à Internet de progresser tout en conservant l’esprit de ses pionniers ? Quel serait l’Internet qui soit compatible avec les valeurs européennes ?

Avec la polarisation, l’Internet est devenu une machine à enfermer les individus dans leurs propres certitudes

Naenna Nwakanma rappelle que l’on vivait sur l’idéologie du « bien commun numérique » au début de l’Internet avec la volonté de bâtir un web accessible à tout le monde pour réaliser le potentiel des individus dans le respect de chacun. Or, on est en train d’ériger des frontières numériques, dans des pays ou dans des entreprises. On voit les réseaux mobiles s’ériger en seigneurs du numérique et les followers deviennent les héros. Des fossés se creusent entre urbain et rural, jeunes et seniors, hommes et femmes etc.

Comment faire en sorte que l’Internet soit un espace d’échanges éthique et respectueux des libertés individuelles ?

L’An@é accompagne depuis plusieurs années déjà cette réflexion et partage les inquiétudes exprimées par l’ensemble des intervenants. A plusieurs occasions, nous avons porté la réflexion sur ces risques de dévoiement, via l’Internet des valeurs qui fondent notre vie personnelle et sociale. Notre Forum « Numérique et Éthique » à Bordeaux et l’organisation au sein du collectif Educnum de l’événement « Citoyenneté numérique » à Poitiers en 2019, les tables rondes que nous animons au sein du salon Educatec-Educatice, n’ont pas d’autre but que de porter la réflexion, d’alerter, d’informer et de former nos concitoyens aux pratiques indispensables destinées à mieux vivre notre vie numérique dans le respect de valeurs qui sont les nôtres.

La gouvernance de l’Internet est donc à nos yeux un sujet majeur, car on ne peut laisser indéfiniment, sous couvert de liberté individuelle, les plateformes imposer par le contrôle de notre attention et par le design des outils proposés, ce qui s’apparente finalement à un enfermement dans des bulles de communication qui nous font perdre de vue l’ensemble d’une problématique pour nous orienter subrepticement et à notre insu vers des choix économiques, voire même politiques que nous ne ferions pas en pleine conscience.

Oui, la gouvernance de l’Internet est bien un sujet politique, car elle est un rempart qui doit garantir les libertés publiques, protéger notre vie privée, mais aussi nous prémunir contre les manipulations et toutes les formes d’atteinte à notre dignité. Polarisation et fragmentation de la société via des réseaux dits « sociaux » est le dernier paradoxe qui nous est imposé.

https://www.educavox.fr/alaune/gouverner-l-internet-a-l-ere-de-la-polarisation

Les Etats Généraux du Numérique en Education

Il y a en ce moment des rencontres à tous les niveaux et une synthèse nationale des remontées académiques ou des propositions en ligne sera communiquée début novembre à Poitiers.

L’accès au numérique pour tous est la condition indispensable pour une égalité républicaine dans l’accès à une éducation égale pour tous. Et cela doit être vrai quels que soient les territoires et les moyens économiques et/ou culturels dont les jeunes sont porteurs.

Un numérique responsable et souverain

Face à l’irruption de la marchandisation de l’éducation et à l’hégémonie des entreprises privées qui sont devenues plus puissantes que les États et incontrôlables, il est nécessaire de préserver l’École des menées commerciales et insidieuses qui menacent l’intégrité éthique de l’éducation nationale. Les données personnelles doivent être protégées, le élèves ne doivent pas être soumis, via les canaux utilisés pour les échanges numériques, à des sollicitations inappropriées : harcèlement, propagande commerciale, complotisme, radicalisation terroriste, pornographie ...

Aucune gouvernance ni anticipation ne peut être envisagée en faveur de l’éducation en France sans un abandon explicite des idéologies politiques et des logiques individualistes, carriéristes de personnes morales ou physiques qui orientent trop souvent les choix des acteurs.

L'An@é : Ce que la pandémie a révélé de notre système éducatif #EGNE - Les propositions

https://www.educavox.fr/accueil/debats/l-an-e-ce-que-la-pandemie-a-revele-de-notre-systeme-educatif-egne

Sandrine Cathelat : "Nous devons faire face à un avenir qui n’a jamais été aussi incertain. La révolution numérique est une des causes de cette incertitude : que va-t-elle dessiner comme monde demain ? Mais ce serait sans compter l’environnement détraqué, l’obscurantisme galopant, la défiance institutionnelle, les crises sanitaires et tout le reste. Nous devons aborder un avenir incertain et notre système éducatif, conçu il y a vingt ans de cela, ne nous y prépare pas, bien au contraire.

Alors même que nous devons faire preuve d’audace, d’esprit d’aventure, de créativité, nous nous constatons amputés des talents pluriels et singuliers qui nous permettraient d’inventer l’avenir. Quelle mutation doit opérer le monde de l’éducation pour nous permettre d’envisager et de construire l’avenir qui nous fait face " ?...

L’éducation est le reflet de notre société

Elle est paradoxale, morcelée, conflictuelle, inégale et livrée désormais aux soubresauts du monde économique, informationnel, culturel et environnemental.  Elle peut être aussi réactive, créative, structurée, éthique et citoyenne.

Être citoyen à l'ère de la mise en données numériques des sociétés, signifie réaliser un parcours allant des données aux informations, des informations au savoir, du savoir à la culture... Le rôle de l'école est de donner du sens, de prendre de la distance en travaillant sur la longue durée.

Les Etats Généraux du Numérique Educatif (https://educavox.fr/alaune/jean-marc-merriaux-une-grande-concertation-nationale-sur-la-place-du-numerique-a-l-ecole-dans-le-cadre-d-une-gouvernance-renouvelee) apporteront certainement des réponses et des propositions.

Les questions complexes ne se règlent pas uniquement avec le numérique chacun le sait. Ce sont de véritables mutations culturelles dont nous avons besoin. Un changement en tension avec les questions politiques, culturelles, économiques et éducatives. Les différences d'approche à l'échelle mondiale ne simplifie pas la donne !

https://www.educavox.fr/accueil/debats/le-numerique-a-complexifie-la-donne-et-n-apportera-pas-toutes-les-solutions

Alors, comment construire une réponse collective à nos approches individuelles ?

 

Qui donc prend un enfant par la main

Pour lui dire : « Viens,

Ecoute la nature aux vagues entretiens,

Entends sous chaque objet sourdre la parabole,

Sous l’être universel, vois l’éternel symbole » ? Victor Hugo, cité par Philippe Meirieu

(https://www.educavox.fr/accueil/debats/pour-l-ecole-du-futur-rien-ne-pourra-plus-etre-comme-avant)

Poursuivre, résister, porter les valeurs de la démocratie, " construire une réponse collective représentative du caractère multidimensionnel et multiréférentiel propre à la pensée complexe qui permet le vivre ensemble."...

Michelle Laurissergues

https://www.acteurs-ecoles.fr/2020/10/31/comment-construire-une-r%C3%A9ponse-collective-%C3%A0-nos-approches-individuelles/

Dernière modification le lundi, 02 novembre 2020
Laurissergues Michelle

Tout d’abord enseignante en école maternelle, directrice d’école, maitre formateur, directrice du centre Départemental de documentation pédagogique en Lot-et-Garonne (actuellement CANOPE),  responsable associative au niveau des écoles maternelles de 1973 à 1994, présidente nationale de l’An@é de 1996 à 2017 qui a créé le site Educavox dont je suis responsable éditoriale.

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