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Un foisonnement...Tout le web foisonne en effet d'analyses, d'expériences, de questionnements. De grandes écoles privées se créent, les start-up se multiplient et les mots du numérique qui  fleurissent, souvent imcompris par les non initiés,  Mooc, Design, Open Data, THD, Codage, Ubérisation, Hackaton, Blockchain...  indiquent les enjeux, les modes aussi et la fébrilité de tous les secteurs. Qu'en est-il de l'enseignement dans une société en pleine mutation technologique ?

Enseigner et apprendre avec des dispositifs numériques

Des outils numériques

  • Le rôle des smartphones et de Google

Georges Séror publie sur The conversation : Digital natives (3) : le monde au bout des doigts

« Actuellement ce sont les smartphones qui transportent les jeunes. La connaissance en poche est donc à portée de main et les idées sont à l’extérieur. Pourvu qu’elles soient téléchargées. Plus besoin d’esprit de réflexion pour réfléchir… il suffit de lancer haut et fort le slogan magique : « Tapez Google ». 90 % des moins de 15 ans ont un mobile en classe. Les enseignants doivent se battre pour les leur faire éteindre dès l’entrée en cours et pour les garder en poche ne serait-ce qu’une heure. Les digital natives sont depuis longtemps de véritables consommateurs de savoir et pensent que se forger une idée passe forcément par leur moteur de recherche favori. Une page blanche, et hop des infos. Mais pour ce qui est de garder en mémoire les données… c’est plus difficile ».

Une question d’usage et de mémoire : Les digital natives passent en moyennes une quinzaine d’heures par semaine sur Internet. Les jeunes générations possèdent une mémoire « haute définition » soit une mémoire implicite perceptuelle, comme le montre les travaux de recherche du professeur Philip Ko de l’Université Vanderbilt à Nashville, dans le Tennessee. Comment donc, imaginer le monde peuplé d’individus forgés par des années de jeux, de zapping et de choix des « savoirs à la carte » ?  https://theconversation.com/digital-natives-3-le-monde-au-bout-des-doigts-57458

  • L’apprentissage avec un téléphone portable

Denis Cristol montre comment, « au delà d'être des moyens de communication portable, rapidement mobilisable, facilitant une connexion et des liens sociaux continus ce qui en soi transforme les interactions, ces téléphones deviennent des moyens d'apprendre. Les fonctionnalités de baladeur, de radio, d'appareil photo, d'enregistreur sonore ou de caméra sont déjà des façons de capter le monde et peuvent former les sens à l'observation. A chaque fois qu'ils permettent de se lier à internet, ils offrent en plus un panel immense d'actions. »

http://www.educavox.fr/innovation/dispositifs/l-apprentissage-avec-un-telephone-portable

  • Un exemple : lire avec le numérique

Yann Houry dans cet article: Qu'est-ce que lire au XXIe siècle ? propose Tour d’horizon de l’état de la lecture numérique : «  le numérique permet un mode de lecture nouveau que ne permettait pas le papier ». « L’ancien et le nouveau se rejoignent et c’était bien là tout le sens de mon propos. Cependant, il me semble que l’activité de la lecture, avec le numérique, s’est complexifiée. Assurément, elle s’est au moins diversifiée. Mais ce qui amusant, c’est que cette complication s’est accompagnée d’une simplification de certains processus : l’accès à l’encyclopédie, aux dictionnaires, à l’annotation, à l’archivage, au partage… Il en a de la chance, l’homo numericus ! »

http://www.educavox.fr/innovation/didactique/qu-est-ce-que-lire-au-xxie-siecle

  • Un autre exemple : Enseigner avec des drones 

Les outils utilisés dans des projets prennent tout leur sens.

Ainsi, Julien Tixier, professeur d'EPS de l'EREA Stendhal de Bonneuil-sur-Marne, et ses élèves en classe de SEGPA proposent et répondent à des défis lancés sur Twitter en programmant drones et robots.

http://www.educavox.fr/innovation/pedagogie/tag/Drones

  • Twictées, twittclasses, cartographier avec OpenStreet map, publier, créer des webdocumentaires, des podcasts...autant de logiciels et dispositifs utilisés dans les écoles : quelques exemples:

http://www.educavox.fr/dossiers/decouvrir

Les outils numériques et les spécificités pédagogiques et didactiques

Evoquant les différents outils numériques et les pratiques collectives qui en découlent, Alain Jeannel évoque la situation paradoxale dans laquelle se trouve la pratique pédagogique  dans l’article :

La technologie numérique et des modalités d’enseignement

« Le travail de groupe devient  un objectif de la formation éducative. Dans les pratiques pédagogiques, il développe l’esprit de collaboration et le sens de l’altérité. Dans les didactiques, il met en perspective les énoncés des différentes approches scientifiques contenues dans des programmes soit en  reconnaissant les multiples chemins pour résoudre des situations problèmes dans une même discipline soit en développant les approches multi référentielles et plurielles sur un même objet d’étude.

Les expérimentations de travail collaboratif liées à ces directives se concrétisent par la conception d’un projet à réaliser à plusieurs et par le développement de l’autonomie des enseignés dans l’organisation collective de l’acquisition de connaissances. Dans le même sens, la décision réglementaire incite à la mise en place d’équipes au sein des personnels de l’Education Nationale.

Ces pratiques butent sur l’injonction paradoxale qui promeut la réussite individuelle, seule évaluée tant au niveau de la réussite scolaire qu’à celui de l’insertion professionnelle qui privilégie un management hiérarchique au dépend d’un management collaboratif ».

Elles mettent aussi en évidence les effets pervers de ces travaux réunissant autour d’une même tâche des élèves travaillant en groupe :

«  Trop souvent le travail de groupe recrée une situation connue de hiérarchisation des rôles et des répartitions inégales des taches, on en attend une efficacité pratique qui se mesure à la qualité et la quantité de la production. Une micro société s’instaure avec ses autoritaires et ses soumis, ses actifs et ses passifs, ses débrouillards et ses résignés.

Il s’agit de « mettre en scène le passage des différents types de situation lié à la fonctionnalité des outils  et de faire exister une continuité entre les pratiques d’enseignement dans les différents curricula : l’objectif serait de faire pratiquer au cours de la formation des enseignants ce qu’ils organiseront dans leur classe en fonction des outils disponibles et d’une finalité cognitive. Il s’agit bien là de rendre transmissible des expériences d’information médiatisée et de communication relationnelle qui sont en rapport avec la sociologie, l’anthropologie, la psychologie comportementale et la didactique propre à un domaine scientifique. » http://www.educavox.fr/formation/analyse/la-technologie-numerique-et-des-modalites-d-enseignement-2

Des dispositifs pédagogiques

Un nombre croissant d'enseignants découvrent, celle de pouvoir réellement agir aujourd'hui dans la classe pour rendre leur enseignement plus efficient.

  • La classe inversée

Dès mars 2013, Claude Tran, Michel Guillou, David Bouchillon présentaient interview, analyse et expériences sur Educavox.  Audrey Miller faisait part de l’expérience québécoise : http://www.educavox.fr/accueil/reportages/repondre-aux-reels-besoins-d-un-eleve-du-21e-siecle

Tous les enseignants qui se sont lancés dans cette démarche l'ont fait après une rencontre et une curiosité alimentée par les multiples expériences réalisées ici ou là et « racontées » sur le web.

« C'est une des raisons qui explique le nombre croissant d'enseignants qui s'essayent à la pratique pédagogique consistant à mettre en autonomie une partie de l'activité transmissive de l'enseignement en dehors de la classe, le plus souvent sous forme de capsules vidéos à voir à la maison, pour dédier plus de temps de classe à la mise en activité en groupe et à l'accompagnement individualisé des élèves. »

  • La formation

« L’espace de formation est une question à la fois très ancienne puisqu’il a fallu depuis longtemps imaginer les lieux de formation. C’est pourtant une question renouvelée avec le numérique. On peut traiter cette question par une pirouette, par une phrase toute faite du type « les espaces sont poreux ». C’est vrai, mais l’affirmation ne règle rien pour autant. Nous sommes à un instant des usages où les lieux de formation (c’est symptomatique nous employons le pluriel, moins le singulier) se transforment. Il nous incombe de proposer une réflexion prospective sur les espaces de formation ». Jean-Paul Moiraud : http://www.educavox.fr/accueil/debats/l-espace-de-formation-en-e-learning

Parmi les questions qui se posent en formation en termes de structures, d'organisation ou de programmes :

La construction d’un monde nouveau

  • Une culture, une civilisation

Milad Doueihi est titulaire de la chaire de recherche sur les cultures numériques à l’université Laval (Québec) « Comment créer un humanisme numérique qui aurait intégré les exigences de nouveaux supports que rien ne permet de fixer dans l’espace ni de stabiliser dans le temps ?  Malgré une forte composante technique, qu’il faut interroger et sans cesse surveiller car elle est l’agent d’une volonté économique, le numérique est devenu une « civilisation ». En effet, le numérique modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs.

Interview réalisée par Claude Tran lors des rencontres Eidos 2016 en Pyrénées Atlantiques : http://www.educavox.fr/accueil/interviews/historien-des-religions-milad-doueihi-est-titulaire-de-la-chaire-d-humanisme-numerique-a-l-universite-de-paris-sorbonne-paris-iv

Pour Milad DOUEIHI:

" le numérique peut être considéré comme un quatrième humanisme, car il modifie nos rapports avec l'héritage des trois premiers en introduisant de nouvelles perspectives politiques. L'humanisme numérique est le résultat d'une convergence inédite entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. Une convergence qui, au lieu de tout simplement renouer l'antique et l'actuel, redistribue les concepts, les catégories, et les objets, tout comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau.

 L'humanisme numérique est l'affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l'échelle mondiale. "

  • Un cadre institutionnel :

Appel à projets de 30 millions d’euros destiné à financer de nouvelles méthodes numériques au service de l’apprentissage et de la réduction de l’échec scolaire.

 Cet appel à projets, baptisé E-Fran (Formation, recherche et animation du numérique), doit accélérer la transition numérique dans les écoles et les collèges. Il s’adresse aux entreprises et aux établissements avec le concours, au niveau territorial, des rectorats et des collectivités. http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2015/10/06/plan-numerique-pour-lecole-30m-deuros-pour-financer-les-nouvelles-methodes-dapprentissage/

Inscrite dans la loi pour l’enseignement supérieur et la recherche du 22 juillet 2013, la stratégie nationale de l’enseignement supérieur (StraNES) définit les objectifs nationaux des 10 prochaines années et propose des moyens pour les atteindre. Ce rapport souligne l’importance du développement du numérique dans l’enseignement supérieur. Propositions pour une stratégie nationale de l'enseignement supérieur

  • L’implication des collectivités :

Le jeudi 7 avril, un colloque sur les relations usagers-service public à l’heure de l’e-administration réunissait la mission ECOTER, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et plusieurs intervenants issus de diverses institutions (SGMAP, collectivités, Villes Internet, Ville de Nîmes, CapDémat etc.), pour un échange de réflexions et d’expériences autour des changements induits par l’avènement de la société numérique.

« Accroître l’efficacité et l’utilité du service rendu à l’usager (élève, parent) par une offre substantielle de services utiles, avec une nécessaire médiation aussi bien auprès des élèves que des enseignants en difficulté, piloter en mode projet global un changement des processus, mais aussi des procédures, afin que chacun y trouve son bénéfice (usagers-élèves et agents-enseignants) : telles pourraient être les lignes de force d’un pilotage moderne du changement numérique dans l’éducation.

 C’est à ce point que les propos de Serge Tisseron prennent tout leur sens : " L’introduction des technologies numériques à l’école, ce n’est pas seulement faire les mêmes choses autrement, c’est une manière de repenser tout l’enseignement ".

Michel Perez : http://www.educavox.fr/accueil/reportages/administration-electronique-et-approche-usager-quels-sont-les-changements-qui-se-dessinent

  • Les propositions citoyennes

Une nouvelle démocratie ?

Joël de Rosnay : " Institutions et citoyens doivent co-créer "

À l’occasion du festival Les Rendez-vous du futur Joël de Rosnay veut également redonner le pouvoir aux citoyens et à la co-créativité.  « L’open data est intéressant car il donne la possibilité aux gens de traiter et d’échanger ces données, et aux citoyens d’apporter leur patte. Cette prise de conscience citoyenne est essentielle pour le changement démocratique auquel on assiste en ce moment, et la démocratie réelle qui se met en place. On vit actuellement une transition entre la démocratie représentative, à la base de nos sociétés depuis toujours, et la montée de la démocratie participative, qui est la vraie démocratie, on devrait supprimer le mot “participative” car elle doit obligatoirement l’être si on ne veut pas être contrôlé par d’autres. »

http://www.educavox.fr/toutes-les-breves/joel-de-rosnay-institutions-et-citoyens-doivent-co-creer

Et encore...

Voici quelques articles pour entrevoir le monde qui vient :

http://www.educavox.fr/accueil/debats/tag/Prospective

Et là... pour une réflexion (non exhaustive) sur le vivre ensemble :

http://www.educavox.fr/toutes-les-breves/tag/Vivre%20ensemble

Vous l'aurez compris...L'aventure ne fait que commencer...

Michelle Laurissergues

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Dernière modification le mercredi, 08 avril 2020
Laurissergues Michelle

Fondatrice et présidente d'honneur de l’An@é, co-fondatrice d'Educavox et responsable éditoriale.